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CHAPITRE 6 : L’invitation au gala

Autor: L'encre
last update Fecha de publicación: 2026-04-21 07:44:53

Après avoir vidé la bibliothèque de ses livres de droit – trois bouquins jaunis, poussiéreux, que j’entassai dans le carton avec plus de violence que nécessaire – je me dirigeai vers la salle de bain.

J’avais besoin de me laver les mains. La poussière des livres collait à mes paumes, une pellicule grise qui me dégoûtait. Mais surtout, j’avais besoin de me voir. Pour la première fois depuis des mois, j’avais envie de regarder ce que j’étais devenue.

Je n’avais pas enlevé la serviette qui cachait le grand miroir de l’entrée. Non. C’était encore trop tôt pour celui-là. Mais le miroir de la salle de bain, le petit, celui au-dessus du lavabo, je l’avais laissé visible. Par lâcheté ou par défi, je ne savais pas.

Je me plantai devant.

L’ampoule du plafonnier éclairait la pièce d’une lumière crue, impitoyable. Aucun angle ne pouvait adoucir ce que j’allais voir.

Je ne me reconnus pas.

Mes cheveux blonds, autrefois brillants et soyeux, pendaient gras et ternes sur mes épaules. Ils n’avaient pas vu un shampooing depuis cinq jours, pas vu un coiffeur depuis un an. Ils étaient plats, sans vie, comme le reste de moi. Mes racines avaient repoussé, plus sombres, et la démarcation était nette – une ligne de partage entre la femme que j’avais été et celle que j’étais devenue.

Mon visage était bouffi. Les nuits de pleurs et d’insomnies avaient creusé des cernes profonds sous mes yeux, des vallées violettes que même le maquillage ne pourrait plus camoufler. Ma peau était terne, parsemée de petits boutons que je n’avais pas eus depuis l’adolescence. Le stress, la malbouffe, l’absence de soins.

Mon corps. Je baissai les yeux vers mon pyjama gris. Le tissu était tendu sur mon ventre, sur mes hanches. Huit kilos. Ils étaient là, visibles, impossibles à nier. Mes cuisses s’étaient épaissies, mes bras aussi. La Léa Bennett d’avant – celle qui courait trois fois par semaine, qui faisait attention à ce qu’elle mangeait, qui prenait soin d’elle – avait disparu. Il ne restait qu’une épave.

Je posai mes mains sur le rebord du lavabo et je me penchai vers le miroir.

– Qui es-tu ? murmurai-je à mon reflet.

Mes yeux – mes yeux étaient les seules choses que je reconnaissais encore. Le même vert pâle, bordé de gris. Mais même eux avaient changé. Ils avaient perdu leur éclat. Ils étaient ternes, comme éteints de l’intérieur. Il n’y avait plus de lumière derrière eux.

– Arrête ça, dis-je plus fort. Arrête de te laisser crever.

Mon reflet ne répondit pas. Évidemment. Il me regardait avec la même expression vide que j’affichais.

Je me souvins soudain de la Léa d’avant. Celle qui riait aux éclats, qui dansait dans sa cuisine en préparant le dîner, qui croyait que la vie lui réservait des belles choses. Où était-elle ? Était-elle encore là, quelque part sous cette couche de graisse et de chagrin ?

Je ne savais pas. Je ne savais plus rien.

Je détournai le regard. Je ne pouvais plus supporter mon reflet. Je me lavai les mains en vitesse, sans me regarder, et je quittai la salle de bain.

Mais l’image de cette femme – cette étrangère qui me regardait – resta gravée dans ma rétine. Elle ne me lâcherait pas de si tôt.

Je ne sais pas ce qui me poussa à ouvrir ce placard.

C’était le placard de la chambre, celui du fond, où je rangeais les affaires dont je ne voulais plus. Les cadeaux de mariage que je n’avais jamais renvoyés. Le cadre photo de Thomas et moi, retourné contre le mur. Et cette boîte à chaussures.

Je l’avais oubliée. Enfin, je croyais l’avoir oubliée. Mais en rangeant les livres de droit – en cherchant un endroit où poser le carton – mes doigts avaient frôlé le carton poussiéreux.

Je le sortis.

Il était léger. Un peu froissé. Je l’ouvris, les doigts hésitants.

L’enveloppe était encore là, blanche, épaisse, au papier de qualité. Pas un mot sur la façade, juste mon nom et mon adresse écrits à la main d’une calligraphie élégante.

Je l’avais reçue six mois plus tôt. Six mois après l’humiliation. Une enveloppe sans expéditeur apparent, glissée dans ma boîte aux lettres un matin gris de décembre. Je l’avais ouverte avec méfiance, puis j’avais lu les mots gravés en lettres d’or.

« Le Domaine Kensington a l’honneur d’inviter Madame Léa Bennett au Gala annuel de charité. Tenue de soirée exigée. Sur invitation personnelle. »

Le Domaine Kensington. La crème de la crème de la société. Tous les riches, tous les puissants, tous ceux qui avaient regardé Léa avec commisération après le scandale. Et parmi eux, Thomas. Parce que Thomas, l’avocat minable qui m’avait quittée, avait réussi à se faire inviter grâce à son nouveau beau-père.

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