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CHAPITRE 8 : Recherche sur Internet

Auteur: L'encre
last update Date de publication: 2026-04-21 14:01:46

Puis je restai là, assise dans mon pyjama taché de café, à regarder l’écran comme si je venais de signer un pacte avec le diable.

Un pacte pour lequel je n’étais pas prête.

Mais je m’en fichais. Plus rien n’avait d’importance. Je venais de prendre une décision. Pour la première fois depuis un an, j’avais un projet. Un but. Une direction.

Je ne savais pas où cela me mènerait. Mais au moins, je n’étais plus immobile.

Thomas, pensai-je en serrant les poings. Tu vas voir ce que tu as perdu.

L’écran de l’ordinateur brillait dans la pénombre du salon.

Les rideaux étaient toujours tirés. La lumière du jour ne rentrait pas, mais il était tard maintenant – ou tôt, je ne savais plus. Les heures se confondaient depuis un an. J’avais allumé une petite lampe sur la table basse, juste assez pour voir le clavier.

Mes doigts flottaient au-dessus des touches, hésitants.

J’avais pris une douche. La première depuis trois jours. L’eau chaude avait brûlé ma peau fatiguée, mais je m’en fichais. Je voulais effacer la sensation de poussière et de chagrin. Je voulais me sentir propre pour ce que j’allais faire. Pas digne – rien ne me rendrait digne – mais moins sale.

Les mots que j’allais taper me dégoûtaient déjà.

Je les tapai quand même.

« Gigolo haut de gamme. »

Le curseur cligna deux fois, comme pour me laisser une chance de revenir en arrière. Je n’en pris pas. J’appuyai sur « Entrée ».

Les résultats défilèrent. Des dizaines de sites aux noms évocateurs, certains vulgaires, d’autres prétentieux. « Boys de luxe », « Cavaliers d’un soir », « Hommes à louer ». Les bandeaux publicitaires étaient criards, roses fluo ou noirs brillants, avec des photos d’hommes torse nu, les abdos saillants, le regard vide.

Je sentis mon estomac se nouer.

Ce n’était pas ce que je voulais. Pas des bodybuilders au sourire faux, pas des poses avantageuses dans des sous-vêtements moulants. Je voulais un homme élégant, discret, capable de tenir une conversation, de porter un costume sans le déformer, de danser sans marcher sur mes pieds.

Je voulais un acteur. Un menteur professionnel. Un prestataire.

Le dégoût me souleva le cœur. Était-ce vraiment à ça que j’en étais réduite ? À payer un homme pour qu’il fasse semblant de m’aimer, pour que mon ex morde la poussière ?

– Oui, murmurai-je. C’est à ça.

Je continuai à défiler.

Certains sites proposaient des « formules découverte » à l’heure. D’autres des « nuits de rêve » à prix fixes. Les témoignages de clientes – des femmes comme moi, supposais-je – parlaient de « messieurs charmants », de « discrétion absolue », de « moments inoubliables ». Je les lus avec un mélange de fascination et de honte.

« Grâce à Prestige Boys, j’ai passé la meilleure soirée de ma vie. Personne n’a deviné. »

« Mon cavalier était parfait. Il a fait tourner toutes les têtes. Mon ex en pleure encore. »

Mon ex en pleure encore.

Cette phrase-là, elle me parla. C’était exactement ce que je voulais. Faire pleurer Thomas. Lui faire regretter. Lui faire payer.

Je cliquai sur le site suivant. Puis un autre. Puis un autre.

Chaque page me laissait un goût plus amer dans la bouche. Certains hommes posaient en maillot de bain, d’autres en costume trois-pièces. Tous souriaient du même sourire professionnel, celui qui ne touche jamais les yeux.

Je m’arrêtai soudain.

Un site se distinguait des autres. Pas de photos vulgaires. Pas de flashs roses. Juste du noir et de l’or, une police élégante, et ce nom : « Prestige Échapées – Pour celles qui méritent le meilleur. »

Je le trouvai plus dégoûtant que les autres, d’une certaine façon. Parce qu’il était plus sophistiqué, plus cher, plus exclusif. Il ne se cachait pas derrière des images racoleuses. Il assumait. Il disait : « Oui, vous allez payer très cher pour un mensonge, et vous allez nous remercier. »

Je le détestai. Mais je cliquai.

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