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last update تاريخ النشر: 2026-08-09 01:49:26

# Chapitre 4

Liyane garda la tête baissée, comme si elle cherchait encore à échapper à la trace de son regard.

Elle se dirigea vers son sac médical d’un pas mesuré.

Son cœur battait encore trop vite, mais sa voix retrouva le calme précis du médecin qui ne fait aucune différence entre un patient et un ennemi.

— Évitez absolument de mouiller les points de suture. Désinfectez la plaie une fois par jour et portez des vêtements amples pour éviter tout frottement.

Elle posa quelques petites boîtes sur la table.

Puis, sans relever les yeux :

— Ces comprimés se prennent par voie orale. Et voici le désinfectant.

La réponse vint de derrière elle, brève et froide :

— D’accord.

Liyane ne se retourna pas.

Elle ne vit de lui qu’une silhouette silencieuse, toujours aussi difficile à déchiffrer.

Elle n’avait plus rien à ajouter.

Elle referma son sac et quitta la pièce.

---

Il était presque onze heures lorsqu’elle prit un taxi pour retourner à l’hôpital.

À la cafétéria, elle avala rapidement quelque chose.

Elle n’en sentit presque pas le goût.

Son esprit était ailleurs.

Tout ce qui l’entourait semblait lointain, comme si elle avançait encore dans le brouillard de cette matinée étrange.

À peine revenue dans sa clinique, elle fut immédiatement convoquée dans le bureau du directeur.

Lorsqu’elle entra, elle remarqua son expression tendue.

Il semblait chercher ses mots.

Finalement, il inspira profondément.

— J’ai décidé d’autoriser Tina à suivre la formation dans la deuxième région militaire.

Liyane resta immobile.

Une seconde passa.

Puis sa voix sortit, étouffée par l’incompréhension :

— Mais… vous n’aviez pas déjà accepté que j’y participe ?

Le directeur baissa les yeux.

Son expression ressemblait à celle d’un homme qui savait qu’il n’avait aucune bonne réponse à donner.

— Vous savez que le groupe Al-Nour nous a offert nos équipements médicaux les plus récents.

Il hésita.

— Monsieur Jacob Jibril m’a demandé de donner cette place à Tina. Je n’ai pas vraiment le choix.

Le nom la frappa de plein fouet.

Jacob Jibril.

Son mari.

Un homme que personne dans sa famille n’avait jamais rencontré.

Elle-même ne le connaissait qu’à travers quelques photographies dans les magazines et des apparitions à la télévision.

Et maintenant…

Son nom était associé à Tina.

Une pointe d’amertume lui traversa la poitrine.

Elle garda pourtant le visage impassible.

— Alors… c’est comme ça que les choses vont se passer ?

Le directeur hocha lentement la tête.

— Oui.

Puis, comme pour adoucir le coup :

— Mais ne vous inquiétez pas. Nous connaissons votre valeur professionnelle. Votre position ici ne changera pas.

Liyane baissa les yeux.

Elle sentit la déception se nouer dans sa gorge.

— Je comprends.

Au fond d’elle, elle connaissait déjà la réalité.

Être l’épouse que son père avait imposée à Jacob ne lui donnait aucun pouvoir.

Son nom n’avait aucune importance pour lui.

Et ses protestations ne changeraient rien à une décision prise sans elle.

Elle inspira lentement.

Lorsqu’elle releva la tête, son visage était redevenu calme.

— J’ai deux opérations prévues cet après-midi. Je vais me préparer.

Le directeur poussa un soupir.

Il semblait vouloir s’excuser encore, mais il savait que ses excuses ne changeraient rien.

— Bien sûr. Allez-y.

Liyane quitta le bureau du directeur.

Derrière elle, les murs restèrent silencieux, témoins d’un conflit qu’elle refusait de montrer.

Mais en elle, quelque chose venait de changer.

Une nouvelle bataille commençait.

Et personne ne le savait.

---

Après avoir consacré le peu d’énergie qui lui restait à deux opérations chirurgicales consécutives, Liyane sortit enfin du bloc.

Ses jambes semblaient peser une tonne.

Elle n’aspirait plus qu’à une chose : quelques minutes de silence.

Elle se lava les mains avec des gestes presque mécaniques, retira sa tenue bleue, puis s’affaissa sur une chaise dans un coin de la salle.

Elle ferma les yeux.

À peine quelques secondes plus tard, la porte s’ouvrit.

Un parfum trop travaillé entra avant même que Tina n’apparaisse.

Elle avançait avec un sourire parfaitement maîtrisé, moitié chaleureux, moitié calculé.

— Docteure Liyane… Ça vous dirait de dîner avec moi ce soir ?

Liyane ouvrit lentement les yeux.

Elle la regarda quelques secondes avant de secouer doucement la tête.

— Désolée. J’ai quelque chose d’urgent à régler.

Sa réponse tomba entre elles comme une vitre invisible.

Claire.

Polie.

Impossible à franchir.

Depuis leurs années d’université, leur relation n’avait jamais dépassé une simple camaraderie professionnelle.

Tina aimait attirer les regards et transformer chaque couloir en scène.

Liyane, elle, préférait ses livres, ses dossiers médicaux et le silence du bloc opératoire.

Deux femmes.

Deux mondes.

Tina resta immobile un instant.

Puis elle reprit :

— D’accord… En réalité, je suis venue vous dire quelque chose.

Liyane se leva lentement.

Elle accrocha sa blouse dans son casier sans même se retourner.

— Je vous écoute.

Elle avait du mal à dissimuler son malaise depuis qu’elle avait entendu certaines rumeurs.

Des murmures concernant Tina.

Et Jacob.

Quelque chose semblait les relier.

Tina hésita avant de prendre une expression contrite.

— Vous avez peut-être entendu parler de ce qui s’est passé… Je suis désolée. Je ne savais pas que le président prendrait une telle décision.

Liyane la coupa immédiatement.

— Ce n’est rien.

Tina baissa les yeux.

Pendant quelques secondes, elle sembla embarrassée.

Puis une lueur passa dans son regard.

— Il y a autre chose…

Elle releva les yeux.

— Vous pourriez éviter de dire à qui que ce soit que je n’étais pas à l’hôpital hier soir ? Je ne veux pas avoir de problèmes avant le début de ma formation.

La demande était étrange.

Mais Liyane avait depuis longtemps cessé de s’étonner du comportement de Tina.

Elle répondit simplement :

— Bien sûr. Je ne dirai rien.

Dans cet hôpital où les urgences bouleversaient les plannings sans prévenir, remplacer un médecin au dernier moment n’avait rien d’exceptionnel.

Les gardes changeaient.

Les médecins se remplaçaient.

La nuit continuait.

Pourtant, alors qu’elle refermait son casier, Liyane sentit une inquiétude lui serrer doucement la poitrine.

Quelque chose, dans cette histoire, ne collait pas.

Et derrière cette demande apparemment anodine, elle avait la sensation qu’une vérité bien plus dangereuse attendait encore de sortir de l’ombre.

À l’extérieur de l’hôpital, la nuit avait déjà enveloppé la ville.

Des nuages gris traversaient le ciel, laissant parfois les étoiles apparaître entre leurs voiles. Les lampadaires dessinaient de longues traînées de lumière sur l’asphalte encore humide.

Une luxueuse voiture tout-terrain s’arrêta près du trottoir.

Sa carrosserie reflétait les lumières de la rue comme une surface d’acier poli.

À l’arrière, Jacob était assis, appuyé contre le dossier.

Son visage restait impassible.

Mais son esprit, lui, ne cessait de revenir à la même image.

La jeune médecin.

Ses gestes précis.

Ses mains sûres lorsqu’elle avait refermé ses blessures.

Et surtout, ce calme étrange qui ne l’avait pas quittée une seule seconde.

Il ne savait presque rien d’elle.

Pourtant, son visage refusait de disparaître de sa mémoire.

Zachary se pencha légèrement vers l’avant, avec ce sourire satisfait qu’il arborait chaque fois qu’il parlait de ses collègues.

— Alors ? Tu ne trouves pas que ma jeune collègue s’est remarquablement débrouillée ?

Jacob ne répondit pas.

Son regard resta fixé sur la route.

Comme s’il essayait de reconstituer, morceau par morceau, les traits de la femme qu’il n’avait pas eu le temps d’observer correctement.

Le silence fut soudain rompu par Adam depuis le siège avant.

Il désigna quelque chose du doigt.

— C’est Tina.

Jacob baissa la vitre.

L’air froid de la nuit s’engouffra dans l’habitacle, chargé d’une légère odeur de jasmin mêlée à celle de la route humide.

Une jeune femme avançait vers eux.

Ses cheveux brillaient sous les lampadaires.

Un sourire assuré flottait sur ses lèvres.

Zachary haussa les sourcils.

— Tina ?

Adam tourna la tête vers lui.

— Tu la connais ?

— Elle est plus jeune que moi. Nous étions à l’université ensemble.

À cet instant, les yeux de Jacob changèrent.

Une lueur brève traversa son regard.

Les pièces du puzzle commençaient à s’emboîter.

La femme qui l’avait aidé la nuit précédente était médecin.

La même journée, une autre médecin était venue soigner ses blessures.

Et maintenant, Tina avançait vers sa voiture.

Mais quelque chose n’allait pas.

Jacob avait cru reconnaître en elle la femme qui l’avait sauvé.

Était-il possible qu’il ait confondu son visage dans la pénombre ?

Les noms.

Les silhouettes.

Les voix.

La douleur.

Tout se mélangeait encore dans sa mémoire.

Adam observa son maître avec un sourire à peine dissimulé.

— Et si Cupidon nous avait devancés ?

Zachary fronça aussitôt les sourcils.

— De quoi tu parles ?

Adam se tourna vers Jacob.

— Monsieur Jacob…

Il n’eut pas le temps de terminer.

Tina venait d’arriver devant la voiture.

Elle s’arrêta près de la portière, son sourire s’élargissant tandis que son regard se posait sur l’homme assis à l’arrière.

Jacob la fixa en silence.

Une seconde.

Puis une autre.

Et dans ce bref échange de regards, une erreur venait peut-être de devenir une vérité.

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