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CHAPITRE 6 : LA SIGNATURE

Penulis: Eternel
last update Tanggal publikasi: 2026-09-06 00:18:01

Chiara

La signature a lieu trois jours plus tard, dans un bureau de notaire du huitième arrondissement, exigence de Ryan, pour la confidentialité, a-t-il dit. Le cabinet est feutré, tout en boiseries sombres et en moquette épaisse qui avale les sons. Le notaire, un homme âgé aux lunettes rondes, lit le contrat à voix haute, clause par clause, avec cette neutralité professionnelle qui rend chaque mot plus solennel.

Quinze mille euros par mois. Six mois. Représentation mondaine. Clause de non-intimité, intégrée à l'article quatre, conformément à la demande de Mademoiselle. Clause de confidentialité réciproque. Pénalité réduite, réversible. Préavis de deux semaines.

Assise à la longue table de chêne, j'écoute ma propre vie se transformer en jargon juridique. C'est surréaliste. J'ai étudié des centaines de contrats en amphi ; je n'aurais jamais imaginé que le premier que je signerais en vrai porterait sur moi-même.

Ryan est à ma gauche, dans un costume bleu nuit. Il n'a pas dit un mot depuis notre arrivée. Ses traits sont fermés, indéchiffrables. Il signe le premier, d'un geste sec et élégant, sans hésitation. Le notaire fait pivoter le document vers moi.

— À vous, mademoiselle.

Le stylo pèse une tonne. Ma signature est ma date de naissance, mon nom, mon identité, et je suis en train de l'apposer au bas d'un document qui dit, en substance, que ma présence s'achète. J'appuie la pointe sur le papier. C-h-i-a-r-a. D-e L-u-c-a. Chaque lettre me coûte.

Et puis c'est fait.

En signant, j'ai l'impression de vendre une part de moi-même, pas mon corps, non, quelque chose de plus diffus : ma liberté d'être invisible. À partir d'aujourd'hui, j'appartiens en partie à un monde qui n'est pas le mien. Une larme perle au coin de mon œil, trahison pure et simple de toutes mes promesses. Je l'essuie furtivement du dos de la main, en baissant la tête vers le document, en prétendant relire.

Trop tard. Je sens son regard sur moi. Quand je relève les yeux, Ryan me fixe, et pendant une seconde, une seule, son regard s'adoucit. L'acier fond. Il y a autre chose là-dessous, quelque chose qui ressemble presque à de la compréhension, ou de la honte. Puis le masque retombe, glacial, et il se lève.

— La première apparition aura lieu samedi, dit-il en boutonnant sa veste. Un gala à l'Opéra. Ma styliste vous contactera demain pour la tenue. La voiture passera à dix-neuf heures.

— Je...

— Bonne journée, mademoiselle De Luca.

Il sort. Le notaire range ses papiers. Et moi je reste assise, le stylo encore entre les doigts, à contempler les deux signatures côte à côte sur le papier : la sienne, nette et arrogante ; la mienne, fine et tremblée. Deux mondes réunis par un paraphe.

Cette nuit-là, le premier virement arrive sur mon compte. Je transfère immédiatement les neuf cents euros à la clinique. Protocole Ferreira : confirmé. Maman commencera le traitement lundi.

Au moins, la larme du contrat aura servi à quelque chose.

Chiara

Samedi, dix-sept heures. La styliste de Ryan débarque chez moi avec deux assistantes et une malle entière de robes. Zoé, fascinée malgré elle, sert du café en fusillant les chaussures à quatre chiffres du regard.

La robe choisie est en soie bordeaux, longue, fendue sur la jambe, le dos dénudé. Quand je l'enfile et que la styliste fait tomber mes cheveux en vagues souples, maquille mes yeux d'un fumé charbonneux et glisse des boucles d'oreilles en diamant à mes lobes, des prêts, précise-t-elle, assurés, je m'approche du miroir.

Et je ne me reconnais pas.

La fille dans la glace n'a plus de cernes, plus de tablier, plus de fatigue. Elle est magnifique. Étrangère. Une héritière, une princesse, une imposture élégante. Zoé s'arrête net dans l'embrasure de la porte, le souffle coupé.

— Chiara. Wow.

— Ce n'est pas moi, murmuré-je.

— Ce soir, si. Alors assume. Et rentre-moi cette robe en un seul morceau.

La voiture me dépose devant l'Opéra à vingt heures. Escalier de marbre, lustres, parfums à mille euros le flacon, les photographes qui crépitent à l'entrée. Ryan m'attend en bas des marches, en smoking, et quand je descends de voiture, je vois exactement l'instant où il me découvre : son corps se fige, son regard remonte de mes chaussures à mon visage, lentement, et quelque chose vacille dans son masque de glace. Frappé. Le mot me vient à l'esprit et me fait rougir.

— Vous êtes..., commence-t-il.

— En retard ?

— ...ponctuelle, termine-t-il, mais ses yeux disent tout autre chose.

Il me tend son bras. Je pose ma main dessus, premier contact public, mon cœur tambourine, et nous montons les marches ensemble. Les flashs crépitent. Je souris comme la styliste me l'a appris, menton légèrement incliné, épaules ouvertes. À l'intérieur, on nous présente : des noms, des titres, des compliments sur la ravissante compagne de Monsieur Ashford. Je joue. Étonnamment, je sais jouer. Des années à servir des riches m'ont appris leur langue.

Puis l'orchestre attaque une valse, et Ryan se tourne vers moi.

— On nous regarde, dit-il simplement.

Il m'entraîne sur la piste. Sa main se pose sur mon dos nu, et c'est un choc électrique. Un courant pur, de sa paume à ma colonne vertébrale. Je retiens un hoquet. Il guide parfaitement, je suis sans réfléchir, et soudain nous tournons au milieu des lustres, nos corps si proches que je sens la chaleur de lui à travers la soie. Son souffle effleure ma tempe. Ma main dans la sienne tremble, et il la serre un peu plus fort.

— Respirez, murmure-t-il contre mon oreille.

— Je respire.

— Mal.

Je ris malgré moi, un vrai rire, bref, surpris, et je lève les yeux vers lui. Il me regarde. Pas comme un contrat, pas comme un achat. Comme une femme. La valse tourne, les lustres tournent, ma tête tourne. Je me sens vivante, dangereusement, délicieusement vivante, et terrifiée, les deux à la fois, si intimement mêlées que je ne saurais pas dire où l'une finit et où l'autre commence.

Quand la musique s'arrête, nous restons immobiles une seconde de trop. Puis il recule, et le masque de glace est de retour, et je me demande si j'ai rêvé la chaleur de sa main sur ma peau.

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