Se connecterDE LA PORCHERIE AU TRÔNE Altagracia a dit oui à l'insémination volontaire sans savoir que Thiago Lobo Président de Valdezia était aussi l'Alpha Suprême de tous les loups-garous de la planète et elle voulait juste l'argent pour sauver sa grand-mère. Le jour de l'accouchement le docteur Vargas s'évanouit en voyant ce qui sort de son ventre car ce sont trois chiots vivants et noirs comme l'encre. Altagracia panique elle les cache et elle ment au Président en se faisant passer pour une arnaqueuse. Condamnée à deux ans de servitude elle nettoie le palais à genoux le jour et la nuit elle descend à la porcherie présidentielle où elle allaite ses trois petits loups derrière les truies qui grognent dans la paille souillée. Leur père ignore tout et il dort dans des draps de soie pendant que ses héritiers grandissent dans la fange. Zuleika son assistante est folle amoureuse de lui depuis vingt ans et elle épie elle fouille elle flaire le secret d'Altagracia prête à tout pour éliminer sa rivale avant que Thiago ne tombe vraiment amoureux. Altagracia est prise au piège entre ses trois chiots qui grondent en bas un homme qui la désire sans comprendre pourquoi en haut et une louve qui veut sa peau à côté. Un jour les petits sortiront de la boue et tout explosera.
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L'eau est tiède maintenant et je la verse doucement sur le dos de Mamá avec une petite casserole émaillée qui a perdu son manche il y a trois ans déjà mais je ne l'ai pas jetée parce qu'elle appartenait à ma mère la vraie Teresa et que dans cette maison chaque objet cassé est une relique et que je n'ai pas les moyens d'acheter des reliques neuves.
Le savon glisse sur la peau parcheminée de Mamá cette peau creusée de rides profondes comme le lit d'une rivière asséchée que personne ne viendra plus irriguer et je frotte doucement toujours doucement parce que sa colonne vertébrale saille sous l'épiderme fragile et que j'ai peur de la briser si j'appuie trop fort et que si je la brise il n'y aura plus personne pour me dire que la soupe est trop salée même si ce n'est pas mon nom qu'elle prononce en le disant.
Je sais que je suis belle et cette beauté ne me sert à rien et elle ne paie pas les factures et elle n'efface pas la maladie qui dévore le cerveau de Mamá comme un ver silencieux dans une pomme trop mûre.
Mes cheveux sont noirs et ondulés et ils tombent en cascade sur mes épaules quand je les détache le soir dans l'intimité de ma chambre et ils sentent le savon bon marché et la fumée de la ville et quelque chose d'autre de plus ancien que je ne sais pas nommer et je les attache toujours en un chignon serré parce que je n'ai pas le temps de m'en occuper et parce que les hommes les regardent trop dans la rue et que leurs regards sont des mains qui salissent tout ce qu'elles touchent.
Ma peau est mate et chaude héritage d'une grand-mère aux origines mêlées d'Afrique et d'Espagne et d'indigène et elle brille légèrement sous la lumière même quand je suis fatiguée même quand je n'ai pas dormi même quand je pleure et cette lumière intérieure ne s'éteint jamais et c'est peut-être la seule chose que Mamá m'a transmise qui ne peut pas être reprise par la maladie ou par la misère.
Mes yeux sont noirs et très grands et les gens disent qu'ils ressemblent à ceux de ma mère Teresa cette femme que je n'ai presque pas connue et dont je ne me souviens que par les photos jaunies que Mamá gardait dans une boîte à chaussures sous son lit et qu'ils ont une façon de regarder qui donne l'impression qu'ils comprennent tout même ce qu'on ne dit pas et c'est vrai que je comprends beaucoup de choses que je préférerais ignorer.
Ma bouche est pleine et naturellement rouge et je ne mets jamais de rouge à lèvres mais les hommes la fixent quand même et le patron du boui-boui où je travaille m'a dit une fois que j'avais une bouche à faire damner un saint et j'ai ri pour ne pas le gifler et j'ai senti le goût du sang dans ma bouche à force de me mordre la langue pour ne pas répondre.
Mon corps est mince mais pas maigre et il a des courbes que je cache sous des vêtements trop grands parce que je ne veux pas qu'on les voie et parce que je ne veux pas qu'on me désire pour ça seulement pour ça et parce que chaque regard posé sur mon corps est une petite mort que je meurs en silence.
Je suis belle et cette beauté est une malédiction parce qu'elle attire les regards et les mains et les propositions obscènes et qu'elle ne paie pas les factures de la clinique et qu'elle ne rend pas Mamá capable de se souvenir de mon vrai prénom.
— Teresa ma fille tu as mis trop de sel dans la soupe.
La voix de Mamá est un filet d'eau trouble qui s'écoule de sa bouche édentée et je ne corrige plus j'ai arrêté de corriger il y a deux ans quand j'ai compris que chaque rectification la plongeait dans une confusion plus profonde et qu'elle passait ensuite des heures à pleurer en demandant pardon pour des fautes qu'elle n'avait pas commises et que ses larmes creusaient des sillons dans la farine des souvenirs qu'elle essayait de reconstituer sans y parvenir.
— Oui Mamá c'est moi Teresa et la prochaine fois je ferai attention je te le promets.
Je mens et ce mensonge est une couverture tiède que je pose sur ses épaules pour qu'elle n'ait pas froid dans le grand vide blanc où sa mémoire s'est dissoute et je me demande parfois si c'est un péché de mentir pour réconforter quelqu'un qui ne sait même plus ce qu'est la vérité.
Sur la table de la cuisine les factures s'empilent comme des feuilles mortes et je les regarde chaque matin en buvant un café amer et chaque soir en rentrant du travail les mains rougies par l'eau de vaisselle et le dos courbaturé d'avoir porté des plateaux trop lourds pour des pourboires trop légers.
La clinique spécialisée réclame quatre-vingt-sept mille valdeziens et le chiffre danse devant mes yeux chaque fois que je ferme les paupières comme une petite flamme qui refuse de s'éteindre et qui consume tout l'oxygène de mes poumons.
Dernier avertissement avant suspension des soins dans soixante-douze heures.
Je n'ai plus rien à vendre et j'ai déjà vendu le poste de radio de mon grand-père et mes boucles d'oreilles de première communion et mon téléphone portable remplacé par un vieux modèle à clapet qui ne sert qu'à recevoir les appels de la clinique pour me rappeler que je suis en train d'échouer.
Je travaille comme serveuse dans un boui-boui du centre-ville où la graisse suinte des murs et où les clients sont des hommes seuls qui mangent vite et qui regardent mes hanches quand je passe entre les tables et le patron un gros homme au souffle court qui sent l'ail et la sueur a pris l'habitude de frôler mes fesses quand je lui tends les additions et je serre les dents et je souris et je pense à Mamá et je ne dis rien parce que si je dis quelque chose je perds mon travail et si je perds mon travail Mamá meurt.
Mais je n'abandonnerai pas. Jamais.Je me redresse, essuie mes larmes du revers de la main, respire profondément. La peur est encore là, tapie dans mon ventre, mais je la domine. Je la repousse. Je la transforme en carburant pour ma haine.Velasco a gagné cette bataille, mais pas la guerre. La guerre continue, et je la gagnerai, quoi qu'il m'en coûte. Même si je dois brûler le Palais tout entier. Même si je dois tuer Thiago lui-même.Personne ne se met en travers du chemin de Zuleika Del Pilar sans en subir les conséquences. Personne.VelascoJe raccompagne Zuleika jusqu'à ses appartements, sans un mot. Elle marche devant moi, titubante, les épaules secouées de tremblements, le souffle court et saccadé. Elle ne proteste pas, ne menace pas, ne négocie pas. Elle tremble, silencieuse, terrifiée. La magie ancienne que j'ai utilisée contre elle laisse des traces profondes, des cicatrices dans l'esprit, des terreurs nocturnes qui la hantero
La voix de Velasco est calme, posée, presque douce. Mais sous cette douceur apparente, je perçois une menace terrible, une colère ancienne, une puissance qui me glace le sang. Cette voix résonne dans le silence de la glacière comme un glas, comme une sentence, comme un couperet.Je me retourne, le cœur glacé, le sang figé dans mes veines. Le vieux magicien se tient derrière moi, sa cape grise flottant autour de lui comme un linceul, son visage ridé éclairé par une lueur violette qui émane de ses propres yeux. Ses yeux, justement — ils ne sont plus gris et las comme d'habitude. Ils sont violets, brillants, surnaturels, et ils me transpercent jusqu'à l'âme.— Je... je..., balbutié-je, incapable de former une phrase cohérente.— Vous n'avez rien à faire ici. Remontez immédiatement.Sa voix est touj
ZuleikaCette fois, j'y vais moi-même.Je n'ai plus confiance en personne. Ordoñez a fui comme un lâche, mes espions ne trouvent rien, et Velasco protège la garce mieux qu'une mère ne protège ses petits. Si je veux que le travail soit bien fait, si je veux être certaine que ces bâtards disparaissent de la surface de la terre, je dois le faire de mes propres mains. Avec mes propres doigts. Avec mon propre couteau.La nuit est noire, sans lune, parfaite pour les crimes. Un épais manteau de nuages cache les étoiles, et le vent s'est tu, comme si la nature elle-même retenait son souffle en attendant l'irréparable. Le Palais est silencieux, plongé dans un sommeil de plomb. Les gardes sont à leurs postes, bien sûr, mais leurs sens de loup ne me détecteront pas. Je connais leurs rondes par cœur, leurs horaires, leurs faiblesses. J'ai passé trente ans dans ce Palais, trente ans à observer, à mémoriser, à attendre. Chaque recoin, chaque ombre, chaque latte qui grince est gravé dans ma mémoire.
ZuleikaVelasco est allé voir Thiago. Je l'ai vu sortir du bureau présidentiel, le visage grave mais paisible, les épaules droites, le pas mesuré. Il n'avait pas l'air d'un homme qui vient d'être renvoyé, puni, brisé. Il avait l'air d'un homme qui a accompli son devoir, qui a dit ce qu'il avait à dire, qui est en paix avec sa conscience.Et cela me terrifie.Qu'a-t-il dit ? Qu'a-t-il révélé ? Thiago sait-il, maintenant ? Sait-il que ses enfants sont vivants, cachés dans la glacière, allaités chaque nuit par leur traînée de mère ? Sait-il que je les cherche, que je les veux, que je suis prête à tout pour les détruire ? Sait-il que j'ai versé de la belladone dans le lait, que j'ai engagé Ordoñez, que je suis descendue moi-même dans la glacière avec une fiole de poison ?Je ne sais pas. Et cette incertitude me rend folle.Je tourne en rond dans mes appartements depuis des heures, incapable de m'arrêter, incapable de m'asseoir, incapable de penser à autre chose. Mes doigts sont crispés su
Velasco Je descends à la glacière. La décision n'a pas été facile à prendre. Je suis le Gardien des Secrets du Palais, le dernier des grands magiciens de Valdezia, le conseiller occulte de la famille Lobo depuis trois générations. Mon rôle est d'observer, de protéger, d'intervenir uniquement qua
La magie qui coule dans leurs veines, la magie héritée de leur père, la magie des loups. Elle se manifeste de plus en plus souvent maintenant, par à-coups, par surprises. Parfois, ils se transforment. Quelques secondes, jamais plus, comme si la métamorphose était trop difficile à tenir, comme si l
Cette odeur de lait qui la suit partout, qui imprègne ses vêtements, qui flotte dans les couloirs qu'elle nettoie. Ces absences nocturnes que mes gardes m'ont signalées, ces descentes dans les sous-sols, ces errances dans les caves. Ces trois petits couinements que j'ai cru entendre l'autre nuit,
Et je l'entends. D'abord, un silence. Un silence lourd, épais, chargé de tous les possibles. Le silence qui suit un coup de tonnerre, quand on attend l'orage. Puis un hurlement. Un hurlement de rage pure, de fureur animale, de frustrati
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