MasukClara Thompson débarqua à New York un mardi matin avec deux valises, un sac à dos qui semblait peser autant qu’elle, et cette énergie particulière des gens qui ont pris une décision difficile et qui en sont soulagés plutôt qu’inquiets. Elle traversa le hall de l’aéroport d’un pas rapide, ses cheveux bruns relevés en queue de cheval, une veste en jean sur un pull trop épais pour la saison.Je l’attendais devant le bâtiment de Dumbo avec deux cafés. Le vent d’octobre faisait voleter les papiers sur le trottoir. Elle me vit depuis le bout de la rue et agita la main avec l’enthousiasme de quelqu’un qui n’avait pas dormi dans l’avion mais ne le montrait pas. Ses valises roulaient derrière elle en cahotant sur les pavés.— Tu aurais pu prendre un taxi depuis l’aéroport, dis-je en la voyant arriver chargée comme une mule.— Je voulais voir le quartier, dit-elle en soufflant un peu. Et puis j’avais besoin de marcher. Seize heures d’avion, c’est long.Elle posa ses valises sur le trottoir, les
Ce qui l’inquiétait, ces derniers temps, c’était la fixation d’Alexandre sur Elsa. Cette façon qu’il avait de regarder les articles la concernant, de surveiller sa procédure juridique, de s’irriter chaque fois qu’on mentionnait son nom. Ce n’était pas le comportement d’un homme qui était passé à autre chose. C’était celui d’un homme qui n’avait pas fini de tourner la page, ou qui regrettait de l’avoir tournée.Charlotte s’approcha d’elle avec un sourire lisse, une coupe de champagne à la main.— Au fait, Viviane, j’ai entendu dire que la femme d’Alexandre était de retour. Tu dois avoir plus d’informations que nous, non ?Les quatre femmes la regardèrent. Il y avait dans leurs yeux ce quelque chose de légèrement cruel et parfaitement dissimulé qui caractérisait ce genre de curiosité. Elles voulaient des confidences, des ragots, un peu de chair fraîche à se mettre sous la dent.Viviane sourit avec naturel. Elle avait appris à sourire dans ces moments-là, à ne jamais laisser paraître la
Le salon de l’hôtel particulier de Charlotte Mercer, sur la Soixante-Douzième Rue Est, était exactement le genre d’endroit que Viviane Hatler avait appris à habiter comme si elle y avait toujours été. Des canapés en velours bleu nuit, des fleurs fraîches changées deux fois par semaine, un éclairage soigneusement étudié pour que tout le monde ait l’air d’avoir dormi huit heures. Des bougies parfumées brûlaient sur la cheminée en marbre, et un piano à queue trônait dans l’angle, plus décoratif que musical. Charlotte et ses amies Priya, Delphine, et Natasha étaient le type de femmes qui fréquentaient les bonnes adresses, connaissaient les bonnes personnes et savaient exactement quoi dire et quand le dire pour faire le plus d’effet.Viviane les connaissait depuis deux ans. Elle savait exactement pourquoi elles l’invitaient.Pas pour elle. Pour ce qu’elle représentait. Pour la proximité avec Alexandre Duval, son argent, ses cercles, ses événements. Viviane n’était pas naïve elle ne l’ava
— Elle a gagné en notoriété. Et il faut le reconnaître quand elle était à tes côtés, elle était un atout. Les galas qu’elle organisait étaient parmi les plus réussis que l’académie ait jamais eus. Les mécènes l’appréciaient. Les relations qu’elle entretenait pour toi étaient…— Tu rigoles. Alexandre se leva à demi, puis se rassit. Il passa une main dans ses cheveux, un geste nerveux qu’il n’arrivait pas à contrôler. Tu rigoles, maman. Je me débrouille très bien sans elle. Ça fait des mois que notre relation est au point mort, qu’on ne se parle plus, qu’on ne se voit plus. Je ne vois pas de quoi tu parles.— Alors quoi ? Tu vas accepter le divorce ?— Non. Sa voix était plate, presque lasse. Je ne vais pas divorcer.Marguerite le regarda avec cette expression de quelqu’un qui ne comprend pas entièrement mais qui commence à comprendre quelque chose d’autre. Elle posa sa main sur son bras, un geste rare chez elle.— Mon fils. Il va bien falloir que tu te décides. Soit tu te réconcilies
La maison de sa mère se trouvait dans le quartier d'Upper East Side où les Duval avaient toujours habité, dans un immeuble en pierre calcaire dont le portier connaissait le prénom de chaque résident et la préférence de chacun en matière de température du hall. Alexandre avait grandi dans cet appartement. Il y avait ses repères, ses habitudes, la façon dont la lumière entrait par les fenêtres du salon à certaines heures de l’après-midi, la cuisine qui sentait toujours le citron, le bruit des pas de sa mère sur le parquet ciré. Il y avait aussi sa mère, et ça, c’était une autre affaire.Marguerite Duval l’attendait dans le salon avec du thé déjà servi . Elle avait soixante-huit ans et portait ses années avec la rigueur d’une femme qui n’avait jamais permis à quoi que ce soit de l’abattre vraiment, pas même la mort de son mari, pas même les erreurs de ses enfants. Ses cheveux blonds platine étaient impeccablement coiffés, son collier de perles reposait sur son chemisier de soie, et ses m
Je sus qu’Alexandre était au courant de ma présence à New York le troisième jour.Je n’en fus pas surprise. Il avait des gens qui le tenaient informé. Des gens dans les milieux que je fréquentais le monde musical, les cercles de Béatrice, peut-être même des contacts dans le domaine juridique. Le genre de réseau qu’on construit quand on a de l’argent et du temps. À New York, tout se sait, tout se paie, tout se trahit si l’on n’y prend pas garde. Et Alexandre, depuis toujours, savait acheter l’information.Ce fut Maître Fontaine qui m’informa, lors de notre rendez-vous au cabinet. Nous étions dans son bureau aux murs blancs, une lumière clinique tombait des néons. Elle venait de recevoir une notification. Alexandre venait de déposer une demande d’ajournement de l’audience de la semaine suivante, arguant d’un agenda surchargé.— C’est une manœuvre de retardement classique, dit-elle en posant ses lunettes sur le bureau. Mais le fait qu’il l’ait déposée le lendemain de votre arrivée à New







