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Refus

Author: Anatory
last update publish date: 2026-04-04 02:49:09

Le premier refus arriva le lendemain matin, à neuf heures vingt-trois. Un e-mail poli de la Kensington Music Academy qui me remerciait de mon intérêt pour le poste d'assistante pédagogique et m'informait que le profil recherché nécessitait une expérience récente dans l'enseignement musical au Royaume-Uni. Je n'avais pas d'expérience récente dans l'enseignement musical au Royaume-Uni. Je n'avais pas d'expérience récente dans grand-chose, à vrai dire, mis à part l'organisation de galas pour des m
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    Le déjeuner se déroula en plein air, près de l'étang. Une grande nappe blanche, des plats de saison, des rires et des discussions. Elsa était assise entre Marcus et la mère de Julien, une femme rieuse qui lui raconta des anecdotes sur la jeunesse de Marcus.— Il était timide, dit-elle. Très timide. Il rougissait dès qu'une fille le regardait.— Ce n'est plus le cas, dit Elsa.— Non, effectivement. Il a changé.Marcus sourit, gêné.— C'était il y a longtemps.— Pas si longtemps, dit Julien en s'approchant avec un verre de vin. Tu te souviens de la fois où tu es tombé dans la rivière devant tout le monde ?— Non.— Si. Tu avais seize ans, tu voulais impressionner une fille…— Julien.— Elle s'appelait Sophie. Tu avais fait un plongeon, mais tu avais mal calculé.Marcus posa sa fourchette.— Ça suffit.— Pourquoi ? C'est drôle.— Non. C'est du passé.Julien leva les mains, souriant.— D'accord, d'accord. Je ne dirai plus rien. On va parler des iris, tiens.Elsa regarda Marcus. Il avait l

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    — Julien, dit Marcus en souriant. Laisse-moi te présenter Elsa.— Elsa, répéta Julien en la détaillant. C'est un prénom magnifique. Je suis le cousin. Le plus beau. Le plus drôle. Le plus...— Le plus modeste, coupa Marcus.— Exactement.Julien lui prit la main, la porta à ses lèvres. Un geste un peu trop théâtral, un peu trop appuyé.— Enchanté, dit-il.— Enchantée, répondit Elsa, amusée.Marcus observa la scène. Ses yeux s'étaient plissés. Pas d'inquiétude, mais une certaine vigilance.— Julien, dit-il d'une voix neutre. Tu devrais aller aider à mettre la table.— J'arrive, j'arrive. Mais je voulais juste dire à Elsa que si elle s'ennuie, je suis là. Pour une promenade, une visite, une conversation...— Elle est avec moi, coupa Marcus.— Je sais. Mais ce n'est pas interdit de parler à d'autres, si ?Julien éclata de rire, s'éloigna en faisant un clin d'œil à Elsa.Marcus se tourna vers elle.— C'est un peu trop charmant, non ?— Il est sympa, dit Elsa.— Trop sympa.— Tu es jaloux ?

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    La valise était ouverte sur le lit, à moitié vide, à moitié pleine. Elsa la regardait sans la voir. Ses doigts jouaient machinalement avec un col de chemise, ses yeux fixant le vide, sa tête ailleurs.Elle n'arrivait pas à se décider.Pas sur les vêtements elle avait déjà choisi trois robes, deux pulls, un manteau élégant. Sur le reste. Sur ce week-end. Sur ce qu'il représentait.Marcus l'avait appelée la veille pour lui donner les derniers détails : "Ma mère a invité toute la famille élargie. Mes deux sœurs, leurs maris, leurs enfants, mes cousins, mes tantes, mes oncles, les amis proches de la famille… Environ cent personnes, comme je t'avais dit." Elsa avait ri, mais le rire s'était figé dans sa gorge. Cent personnes. Une armée. Une meute. Tous les regards braqués sur elle, sur la nouvelle petite amie de Marcus, sur celle qui n'était pas encore divorcée, sur celle qui arrivait avec son passé comme un boulet.Elle se regarda dans le miroir. Sa robe était simple, élégante, pas trop

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    La voiture longea une allée bordée d’arbres centenaires avant de s’arrêter devant une imposante demeure de pierre claire. La maison de Marguerite Duval, sa « deuxième résidence » comme elle aimait l’appeler, était un véritable manoir. Des fenêtres à meneaux, des volets peints en bleu nuit, une porte massive en chêne sculpté. On se serait cru dans un film d’époque, ou dans un musée. Viviane dut faire un effort pour ne pas serrer les mâchoires.— Détends-toi, murmura Alexandre en coupant le moteur. Souris. Et laisse-moi parler.— Je sais faire, répondit-elle d’une voix neutre.Ils descendirent. L’air était frais, chargé de l’odeur des hortensias qui bordaient la façade. Une domestique vêtue de noir leur ouvrit, les précéda dans un grand hall aux murs tapissés de tableaux anciens. Des portraits de famille, sans doute. Des Duval de génération en génération, tous fiers, tous raides, tous méprisants.Marguerite les attendait dans le salon. Elle était assise dans un fauteuil près de la chemi

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    La lumière du matin filtrait à travers les rideaux, douce et diffuse, comme une caresse. Le silence de l’appartement n’était troublé que par le souffle régulier de Marcus, endormi à côté d’elle. Elsa tourna la tête sur l’oreiller. Elle aimait le regarder dormir. Ses traits étaient détendus, presque enfantins, et ses cheveux bruns formaient un désordre charmant sur l’oreiller.Elle ne se lassait pas de ces matins-là. De ces instants volés au temps, où rien n’existait en dehors de cette chambre, de ces draps, de cette chaleur à deux. Le monde pouvait bien s’effondrer dehors, les scandales, les menaces, les doutes… ici, avec lui, elle était en sécurité.Marcus remua. Ses paupières battirent. Un sourire apparut sur ses lèvres avant même qu’il ait ouvert les yeux.— Tu me regardes dormir, murmura-t-il d’une voix ensommeillée.— C’est mon droit, répondit Elsa en souriant.— Tu abuses de tes droits.— Je n’ai que ça.Il ouvrit les yeux, posa sa main sur sa hanche, l’attira contre lui. Leurs

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    La salle d’attente du City Opera avait ces chaises inconfortables que tous les lieux d’audition semblent commander dans le même catalogue. Des chaises beige, alignées contre le mur, avec des accoudoirs en métal froid qui vous rentrent dans les côtes au bout de dix minutes. Des portes closes de l’au

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