LOGIN« Je vais très bien, maintenant. Je passe mes journées à soigner des gens et je suis entourée d'amis qui partagent les mêmes valeurs que moi. Je n'ai plus à choisir ce que je mange en fonction des goûts de quelqu'un d'autre, ni à subir ses sautes d'humeur.Charles, je ne t'aime plus. »À ces mots, Charles a semblé perdre le peu de forces qui lui restait. Ses épaules se sont affaissées et il s'est laissé retomber sur sa chaise.Le visage baigné de larmes, il a murmuré, s'accrochant encore à un espoir impossible.« C'est pas grave, c'est pas grave, Juliette.Je t'attendrai. Si un jour tu veux revenir, je serai toujours là. »Je n'avais plus envie d'entendre ses promesses ni ses regrets. Sans ajouter un mot, je me suis levée et j'ai quitté le café.À partir de ce jour-là, Charles est resté près du camp.Il avait loué un petit logement dans les environs et venait m'attendre tous les jours à l'entrée.Il m'apportait le petit-déjeuner, des bouteilles d'eau et m'aidait à transporter le matér
Clac !Inès lui a raccroché au nez.Charles est resté le téléphone à la main. Après la volée de reproches qu'il venait d'essuyer, il n'avait même plus la force de se mettre en colère. Tout ce qu'il voulait, c'était me retrouver, me voir. Me dire qu'il regrettait, qu'il avait compris ses torts.Au cours de ma deuxième année en Afrique, j'étais devenue l'un des piliers de l'équipe médicale.Un après-midi, un visiteur indésirable s'est présenté au camp.Charles se tenait devant la tente.Il avait une mine affreuse. Une barbe de plusieurs jours lui mangeait le visage, son regard était éteint et sa peau avait bruni sous le soleil. Il ne restait presque rien de l'architecte plein d'assurance que j'avais connu.Je n'ai pas été surprise de le voir.Inès m'avait prévenue. Il lui avait fallu une année entière pour découvrir où j'étais.Mes collègues ont senti que quelque chose n'allait pas. Ils se sont rapprochés, le regardant avec méfiance.D'un geste de la main, je leur ai fait signe que tout
De son côté, Charles a rappelé, refusant d'abandonner.Mais cette fois, au lieu de la tonalité, il n'a entendu que la voix mécanique du message automatique. Il a soudain compris.Il s'est effondré sur le canapé, le visage enfoui dans les mains, et a éclaté en sanglots.Au camp, les journées étaient bien remplies.Je partageais mon temps entre les opérations et les tournées de consultations dans les villages alentour.Le soir, j'étais tellement épuisée que je m'endormais dès que ma tête touchait l'oreiller. Je n'avais même plus le temps de ressasser le passé.J'avais la chance d'être entourée de collègues formidables, venus des quatre coins du monde et animés par la même envie d'aider les autres.Personne ne connaissait mon histoire. Personne ne me parlait de Charles ni de Violette.Je pouvais enfin redevenir moi-même.Juliette Duval, chirurgienne, là pour sauver des vies. Et plus seulement la femme de Charles.Tous les deux jours, Inès m'appelait en visio pour me raconter les derniers
Le silence régnait dans la cabine pendant ce vol de nuit.Dans un demi-sommeil, j'ai rêvé des dernières paroles que ma meilleure amie, Inès Roux, m'avait adressées ce jour-là.« Ce n'est pas juste à cause de ce dîner que tu veux partir. C'est à cause de tous ces repas où ça s'est passé de la même façon.Juliette, arrête de t'oublier pour lui. »Ce soir-là, j'avais tout de même pris une photo du magnifique coucher de soleil.Mais cette fois, je ne l'avais pas envoyée à Charles. Je n'avais pas essayé de partager avec lui ces petits riens qui semblaient tant l'agacer.Je l'avais simplement gardée dans la galerie de mon téléphone.J'étais certaine qu'un jour, je trouverais quelqu'un qui aurait envie d'écouter mes petites histoires et de regarder le soleil se coucher à mes côtés.Quand l'avion a atterri à Nairobi, il était quatre heures du matin, heure locale.J'étais tellement épuisée que je tenais à peine les yeux ouverts. Je suis directement montée dans le véhicule de l'équipe médicale p
« Mais Juliette, tu voulais parler à Charles, non ? Pars pas si vite ! »Charles a fini par perdre patience lui aussi. Il a tapoté la table du bout des doigts.« Bon, tu voulais me dire quoi, au juste ? Accouche ! Vio et moi, on a une soirée avec d'anciens camarades de promo ce soir. »J'ai esquissé un sourire qui n'avait rien de joyeux.« Pour ce qui nous concerne tous les deux, on en parlera quand tu auras vraiment du temps à me consacrer. Je peux partir, maintenant ? »Charles est resté sans voix.Il a entrouvert la bouche, comme pour se justifier, mais aucun mot n'est sorti.Après quelques secondes de silence, il a repris, avec une pointe de culpabilité dans la voix. « Bon, rentre à la maison, alors. Après la soirée, je passerai t'acheter tes choux à la mangue et à la vanille préférés. On prendra le temps de discuter tranquillement. »J'ai fait un vague geste de la main en guise d'au revoir et me suis écartée pour éviter la main qu'il tendait vers moi.Derrière moi, il a lancé :«
Comme si je n'étais qu'une femme de ménage à leur disposition.En regardant tous ces sacs éparpillés à mes pieds, j'ai senti ma poitrine se serrer.J'avais la gorge tellement nouée que j'avais du mal à respirer.C'est alors que mon téléphone a vibré.Un message venait d'arriver sur le groupe de discussion de l'hôpital.Il s'agissait d'un appel à volontaires pour une mission médicale humanitaire à l'étranger.Je suis restée les yeux rivés sur l'annonce. Mon cœur s'est mis à battre un peu plus vite.Et si c'était justement l'occasion qu'il me fallait ?Partir loin d'ici, loin de Charles. Prendre enfin le temps de me reconstruire, sans lui.J'ai pris une profonde inspiration pour retrouver mon calme, puis j'ai envoyé ma candidature.Après avoir envoyé ma candidature, je me suis changée, puis je suis passée à l'hôpital pour remettre mon dossier.Une fois toutes les démarches terminées, j'ai ouvert WhatsApp.Dans notre conversation, mon dernier message était toujours resté sans réponse.«







