LOGINJanvier arriva, gris et glacé, et avec lui revint le poids du secret. Lorenz était rentré de Gstaad depuis une semaine, mais je ne l'avais vu que deux fois — deux nuits volées, rapides, presque furtives, où il était arrivé tard et reparti tôt, le visage marqué par la fatigue et par quelque chose d'autre qu'il ne m'expliquait pas. Quelque chose s'était passé en Suisse, pendant ces dix jours dans le chalet des Kovac, mais il n'en parlait pas, et je ne posais pas de questions. La valise du secret pesait déjà assez lourd comme cela. Le 15 janvier au matin, je reçus un appel sur le téléphone prépayé. Pas un texto codé — un appel. Cela ne lui ressemblait pas. Il ne m'appelait jamais directement, sauf en cas d'urgence absolue. Je décrochai immédiatement. — Clara. Sa voix était tendue, métallique. La voix des mauvais jours, celle qu'il prenait quand une crise éclatait et qu'il fallait gérer l'incendie
Décembre arriva, et avec lui les premiers froids.Paris s'était paré de ses habits de fête. Les Champs-Élysées scintillaient de guirlandes blanches, les vitrines des grands magasins rivalisaient de créativité, et les marrons chauds embaumaient les trottoirs. Mais dans l'appartement de la rue du Faubourg-Saint-Honoré, le cœur n'était pas à la célébration.Noël approchait, et je savais que je le passerais seule.Lorenz m'avait prévenue plusieurs semaines à l'avance, un soir où nous étions allongés dans mon lit, moites et repus. « Les Kovac m'ont convoqué à Gstaad, avait-il dit d'une voix pleine de rancune. Le patriarche, Viktor, exige que je passe les fêtes avec sa fille. Officiellement, c'est pour sauver les apparences. Officieusement, c'est pour me rappeler que je suis leur prisonnier. »Gstaad. Le chalet familial des Kovac, niché dans les Alpes suisses, où les milliardaires d'Europe de l'Est allaient skier en décembre et comploter en ja
Il était presque 18 heures quand nous émergeâmes de la chambre.Le soleil déclinait sur la cour pavée, teintant les murs de l'immeuble d'une lumière dorée qui annonçait le soir. L'érable solitaire bruissait doucement dans la brise d'avril. Les pivoines, sur la table basse, avaient perdu un pétale qui gisait maintenant sur le parquet, minuscule voile blanc.Nous avions refait l'amour deux fois. Une deuxième fois, plus lente, plus savante, où il avait pris le temps d'explorer chaque recoin de mon corps avec ses doigts, avec sa langue, avec des mots murmurés qui me faisaient rougir. Puis une troisième, contre le mur de la chambre, debout, mes jambes nouées autour de ses reins, nos souffles courts et nos rires étouffés quand un volet avait claqué dans la cour et que nous avions sursauté comme deux adolescents pris en faute.Maintenant, j'étais assise sur le canapé en lin grège, enveloppée dans un plaid, une tasse de thé fumant entre les mains. Lorenz
Quinze jours s'étaient écoulés depuis ma sortie de la clinique.Quinze jours de convalescence, de visites médicales, de séances de kinésithérapie pour ma nuque endolorie. Quinze jours pendant lesquels j'avais dû rester cloîtrée dans l'appartement de la rue du Faubourg-Saint-Honoré, à tourner en rond comme un lion en cage, à lire et relire L'Étranger sans parvenir à me concentrer sur les phrases. Anton et Igor se relayaient devant ma porte, fidèles et silencieux. Martine m'envoyait des dossiers par coursier. Le monde de la Tour Van Elden continuait de tourner sans moi.Et Lorenz ? Lorenz m'envoyait des messages. Des textos codés, envoyés d'un numéro inconnu, que j'étais seule à pouvoir lire.« Comment va votre nuque ce matin ? »« Pensez à faire vos exercices de kiné. »« Le ficus de votre nouveau bureau se porte bien. Il attend votre retour. »Des banalités, des riens, des prétextes. Et toujours, à la fin de chaque mess
La lumière me réveilla.Une lumière pâle, laiteuse, qui filtrait à travers les stores de la clinique et dessinait des raies blanches sur le mur d'en face. L'aube venait de se lever sur Neuilly, timide et silencieuse, et le monde reprenait lentement ses droits après la nuit étrange que je venais de vivre.Je n'ouvris pas les yeux tout de suite. Je voulais rester encore un peu dans cet entre-deux, dans ce refuge cotonneux où le sommeil et la veille se confondaient, où la réalité n'avait pas encore repris son empire. Je sentais contre ma joue une chaleur ferme et régulière, un tissu froissé qui sentait le santal et le tabac froid. Mon bras reposait sur quelque chose qui montait et descendait au rythme d'une respiration lente et profonde.Puis la mémoire revint.Le baiser. Les mots murmurés dans la pénombre. La main qui caressait mes cheveux. La promesse qu'il ne partirait pas.J'ouvris les yeux.Lorenz dormait.Sa
Le silence qui suivit fut différent de tous les autres.Ce n'était pas le silence complice des nuits blanches à la Tour Van Elden, ni le silence tendu de la berline après le gala, ni le silence vide de l'avion qui nous ramenait de New York. C'était un silence habité, vibrant, chargé de tout ce que nous venions de nous dire et de tout ce que nous n'avions pas encore osé nous dire. Un silence qui n'était plus une barrière entre nous, mais un espace partagé.Nos mains étaient toujours entrelacées sur le drap blanc. La sienne, large et noueuse, la mienne, plus fine, pâle sous la lumière des écrans médicaux. Je sentais la chaleur de ses doigts contre ma paume, la pulpe de son pouce qui caressait machinalement le dos de ma main. Un geste simple, presque distrait, mais qui disait plus que tous les discours.— Vous avez froid ? demanda-t-il.— Un peu.Il se leva, traversa la chambre, et revint avec une couverture supplémentaire qu'il av







