ANMELDENPDV d'EliosUne heure plus tard, la lumière tamisée de mon salon dessinait sur les murs des reflets d'ombre et d'attente. Autour de moi, ceux qui comptaient vraiment. Léa, assise près de moi, la main dans la mienne, sa peau tiède apaisant la tension dans mes veines comme seule la présence de quelqu'un qu'on aime sait le faire. Tante Liana, droite dans le fauteuil mais visiblement fatiguée, avec dans les yeux cette détermination obstinée qui ne fléchissait pas. Et sur l'écran, Mathis et Théo, connectés en visio depuis un café discret, leurs visages légèrement pixélisés mais leur attention entière.Nos visages étaient graves. Nos voix, basses. On savait que chaque mot comptait.Je pris une inspiration lente avant de parler.— « Mikael sait. Il a deviné. Et aujourd'hui, il a tenté de faire peur à Léa. Peut-être même à tante Liana l'autre soir. »Un frisson traversa Léa. Je resserrai doucement mes doigts autour des siens.— « Il faut agir. Et vite. »Mathis hocha la tête, les yeux durs.—
PDV d'EliosJe relus le message trois fois, le cœur cognant contre ma cage thoracique comme s'il cherchait à sortir.Je l'appelai immédiatement.— « Allô ? » fit sa voix, basse et précipitée, celle de quelqu'un qui parle en surveillant ce qui l'entoure.— « Léa, qu'est-ce qui se passe ? Où tu es ? »— « Au bureau. Mais je peux pas parler longtemps. Je crois que j'ai trouvé un document. Une preuve que quelque chose a été modifié, ou ajouté après la mort de ton père. »— « Tu en es sûre ? »— « C'était dans un ancien dossier, mal rangé. Une note sur un testament complémentaire, datée de deux semaines après son décès. Ce n'est pas normal, Elios. Et depuis ce matin, les regards ont changé. Je me sens surveillée. »Je sentis la colère monter, froide et précise, comme une lame qu'on affûte.— « Sors de là. Trouve un prétexte, fais semblant d'être malade. Je viens te chercher s'il le faut. »— « Non. Je veux pas attirer l'attention. »— « Alors quitte les archives. Reste dans les parties com
PDV de LéaAssise sur son lit, Léa relisait les échanges avec Elios. Ses doigts couraient sur l'écran lentement, s'attardant sur chaque mot comme on s'attarde sur une carte avant de s'aventurer en terrain inconnu.Elle tremblait. Pas de peur. Mais d'urgence. De lucidité soudaine, celle qui arrive sans prévenir et qui ne laisse plus le choix de faire semblant.Elle devait choisir. Rester à distance prudente, continuer de regarder de loin, se protéger derrière la vitre de sa propre histoire. Ou entrer pleinement dans celle d'Elios, avec toutes ses conséquences, avec toute sa complexité.Elle ouvrit une note vocale. Hésita une seconde. Puis appuya sur enregistrer.« Elios, si je peux t'aider à faire éclater la vérité, je le ferai. Jusqu'au bout. Parce que ce combat, c'est aussi le mien maintenant. Et peut-être qu'en t'aidant à retrouver ton héritage, je retrouverai aussi une part de moi. »Elle appuya sur envoyer avant de pouvoir changer d'avis.Puis s'allongea, les yeux ouverts sur le p
PDV d'EliosLe matin s'était levé plus gris que les autres.Une brume fine s'étendait sur les vitres de mon appartement, comme si le monde hésitait encore à révéler la suite de ce qu'il avait commencé. Je me levai lentement, chaque muscle encore tendu par la journée de la veille, par le poids de ce que j'avais trouvé, de ce que j'avais lu, de ce que j'avais pleuré sans honte dans ce bureau d'archivage qui sentait le papier froid et les années accumulées.Mon père. Ses mots. Ce carnet.Et cette promesse qu'il m'avait laissée sans savoir s'il aurait le temps de me la transmettre autrement.Je m'assis au bord de mon lit, le carnet ouvert sur les genoux. Les mots y dansaient encore, aussi clairs qu'un cri dans la nuit, aussi doux qu'une main tendue.« Si jamais je ne suis plus là, que Elios sache que je voulais le protéger. »Ma gorge se serra. Je fermai le carnet doucement, comme on ferme quelque chose de sacré, et le rangeai dans mon sac avec tous les autres documents récupérés.Tante L
PDV d'EliosLe soleil était à peine levé lorsque je passai la porte de chez moi. Une nuit blanche, ou presque. Pas par insomnie. Par agitation intérieure, cette fièvre sourde qui empêche le corps de trouver le repos quand la tête n'a pas encore fini de tourner.Le message de Léa de la veille vibrait encore dans ma poitrine comme une mélodie douce qu'on ne cherche pas à faire taire. Ses mots, ses encouragements, ses promesses en pointillés. Elle ne disait pas « je t'aime », mais tout en elle le murmurait. Et ce murmure suffisait, étrangement, à apaiser mes tempêtes les plus profondes.Mais ce matin, je devais redevenir un autre Elios. Moins rêveur, plus lucide. Ranger la douceur de la nuit dans une poche et faire face à ce qui m'attendait.Je retrouvai ma tante à huit heures tapantes devant la maison familiale. Elle m'attendait sur le pas de la porte, un carnet serré dans les mains, un regard tendu que je ne lui connaissais pas tout à fait.— « Il est venu. Hier soir. Mikael. » dit-ell
PDV de LianaLa maison était silencieuse.Trop silencieuse. Depuis le départ d'Adam et des enfants en vacances, ce silence-là avait pris une texture particulière, pas celui du repos, pas celui de la paix, mais celui d'une femme seule avec ses pensées et ses dossiers, dans une maison trop grande pour une seule conscience.Cela faisait trois jours que j'avais ressorti les classeurs poussiéreux de l'armoire du fond. Trois jours à replonger dans les papiers jaunis, les lettres manuscrites de Simon, les bilans comptables de sa société, les copies d'un testament rédigé bien avant que Mikael ne devienne omniprésent dans sa vie, avant qu'il ne s'installe dans ses angles morts avec la patience tranquille d'un prédateur qui sait attendre.Je n'avais presque pas dormi. Mon visage, sans miroir pour me le confirmer, me paraissait plus creusé qu'à l'habitude, les tempes douloureuses, les épaules tendues comme une corde sur le point de rompre. Chaque matin, je me levais plus lasse, et pourtant plus







