Se connecterPDV de LéaJe suis arrivée tôt, sans prévenir.Le ciel était encore pâle, la lumière timide, hésitante. Je ne sais pas vraiment pourquoi j'étais venue si tôt. Peut-être parce que je n'avais pas réussi à me rendormir. Peut-être parce qu'il y avait en moi cette inquiétude douce, celle qu'on ressent quand on a besoin de s'assurer que l'autre va bien.Quand il a ouvert la porte, j'ai su.Quelque chose avait changé.Elios n'avait pas ce regard perdu d'hier soir. Il semblait plus ancré, plus calme. Son visage, même encore fatigué, portait une expression différente, comme s'il s'était passé quelque chose pendant la nuit, quelque chose de silencieux, mais profond.— « Tu es venue tôt. » a-t-il murmuré, la voix encore un peu rauque.— « Je n'arrivais pas à rester chez moi. » ai-je répondu simplement.Il a souri.Ce sourire-là, je ne l'avais pas vu depuis longtemps. Pas celui des photos, ni celui d'avant l'accident. Celui d'aujourd'hui, un peu fragile, mais vrai.Il m'a proposé du thé. Le même
Chapitre 64PDV de LéaJe venais de quitter la maison d'Elios.La nuit m'avait accueillie avec un souffle tiède, presque bienveillant, comme si elle savait que j'en avais besoin.La route était silencieuse. Je conduisais lentement, sans vraiment penser à la direction. Seulement à lui.Chaque image de ce soir me revenait : son sourire encore un peu hésitant, la manière dont il m'avait remerciée sans trop savoir pourquoi, ce regard à la fois doux et vide, comme s'il cherchait à me reconnaître à travers le brouillard.C'est ça, le plus dur.Le voir là, vivant, debout, et pourtant si loin.J'avais cru que le temps, la patience, la tendresse suffiraient. Mais la mémoire, elle, n'obéit à personne. Elle a ses caprices, ses silences, ses refus. Et moi, au milieu, je me battais contre un fantôme : celui de tout ce qu'on avait été.En arrivant chez moi, j'ai laissé tomber mon sac sur le canapé. J'ai fermé les yeux, un instant. Le silence m'a enveloppée, lourd, presque étouffant. Là, sans sa pré
PDV d'EliosLa nuit était tombée depuis longtemps.La maison baignait dans un silence presque vivant, un silence qui respirait, qui écoutait. Seuls le tic régulier de l'horloge au mur et le souffle discret du vent contre les volets rappelaient que le monde continuait, quelque part, à tourner.Moi, je restais là, immobile, les yeux ouverts sur une obscurité familière, incapable de dormir.J'étais resté sur le canapé, le dos enfoncé dans le tissu tiède, la tête perdue entre mille pensées qui refusaient de s'éteindre. La lumière tamisée du salon dessinait des ombres longues, presque mouvantes, sur les murs. Elles semblaient chuchoter des choses que je ne comprenais pas tout à fait, des bribes de souvenirs, des visages, des éclats de rires qui s'échappaient avant même que je puisse les saisir.Depuis qu'elle était partie, quelque chose en moi s'était déplacé, subtilement, comme un battement manquant. Ce n'était ni un vide, ni une douleur. C'était autre chose : une présence absente, un éch
PDV d'EliosLe soir s'était posé sur la maison comme un voile calme, presque tendre, enveloppant chaque mur, chaque meuble, d'une lumière tiède et d'une paix fragile.Après cette journée passée à l'entreprise, puis au parc, entre les regards curieux des collègues, les échanges polis et les rires forcés, je sentais dans mes bras cette fatigue douce des heures pleines, celles où l'on donne plus que l'on ne reçoit.Mais au fond, malgré la lassitude, il y avait quelque chose d'apaisant dans le retour ici. Ce lieu n'avait rien d'un simple abri : c'était un refuge. Une respiration. Une chaleur familière, même si ma mémoire, obstinée, refusait encore de s'y attacher.À peine la porte franchie, Léa prit les devants.— « Repose-toi un peu, je vais préparer le dîner. » dit-elle d'une voix douce, presque maternelle.Il y avait dans sa façon de parler cette attention discrète qui ne cherchait pas à s'imposer, mais qui veillait silencieusement. Je voulus insister, lui dire que je pouvais aider. Ma
PDV d'EliosLes jours passent, pareils à des vagues qui viennent mourir sur le rivage de mon silence.Je me sens bien, physiquement du moins. Les cicatrices ont disparu, les douleurs se sont tues. Mais dans ma tête, tout demeure flou, un grand espace blanc où les souvenirs refusent obstinément de se dessiner.Léa dit que c'est un bon signe, que le corps se rétablit d'abord, et que l'esprit suivra.J'essaie de la croire.Chaque matin, je me réveille avant elle. Je la regarde dormir, la joue enfouie dans le drap, les cils posés comme une ombre sur sa peau. Parfois je me dis que si ma mémoire ne revient jamais, je pourrais au moins réapprendre à aimer à partir d'elle, ici, maintenant.Mais il reste toujours cette question suspendue dans mon esprit : Qui étais-je vraiment ?Ce matin-là, Léa est entrée dans ma chambre avec une énergie inhabituelle. Elle portait une chemise claire et un sourire qui trahissait une excitation discrète.— « Habille-toi bien, Elios. On sort. »— « Où ça ? »— «
PDV d'EliosJe me réveille chaque matin dans une maison que l'on me dit être la mienne, avec souvent un visage près de moi que tout le monde affirme que j'aimais. Et pourtant, rien ne me revient. Rien.Pas une image. Pas un souvenir.Juste cette sensation confuse, un écho d'émotion sans forme, comme un rêve qu'on essaie de retenir dans les doigts au réveil.La première fois que j'ai vu Léa, après l'opération, elle pleurait. Je ne savais pas pourquoi. J'avais l'impression de la connaître, quelque part, sans savoir d'où. Comme si sa voix faisait vibrer un fil invisible à l'intérieur de moi, mais un fil cassé.Elle m'a souri, malgré la fatigue, et elle a dit doucement :— « Tu es là, c'est tout ce qui compte. »Je n'ai rien su répondre.Je la regardais comme un étranger regarde la mer pour la première fois : avec fascination et peur mêlées.Elle s'occupait de moi sans relâche. Elle m'aidait à marcher, à manger, à rire. Elle parlait de « nous » comme si ce mot devait suffire à me guérir.







