LOGINElle se leva et pointa la porte, désignant fermement la sortie à cette dame qu'elle appelait « maman », plus par habitude sociale que par affection réelle. Éléonore n'avait plus aucun sentiment affectif pour eux depuis longtemps. Ces sentiments s'étaient érodés année après année, absence après absence. Elle avait souffert de leur manque pendant son enfance, pleuré dans son oreiller en se demandant pourquoi elle n'était pas assez bien pour qu'ils restent, et elle en souffrait encore maintenant, même si elle s'était construite une carapace. C'était difficile, déchirant même, de se dire qu'elle ne l'avait jamais vraiment aimée. Elle avait toujours été plus concentrée sur sa carrière, sur les flashs des paparazzis, sur les avant-premières de ses films, que sur sa fille unique qui grandissait seule dans un hôtel particulier vide.
Elle la regarda, indignée, la bouche ouverte comme un poisson hors de l'eau, visiblement choquée qu'elle ose lui parler ainsi. Puis, dans un mouvement théâtral digne d'une scène de série, elle tourna les talons et s'en alla, faisant claquer ses Louboutin sur le parquet en bois précieux. Chaque pas résonnait comme un reproche supplémentaire. La porte claqua violemment derrière elle, faisant trembler le cadre photo sur la commode, et Éléonore ne put s'empêcher de soupirer profondément, un soupir qui venait du plus profond de sa poitrine, avant de finalement se diriger vers la salle de bain attenante à sa chambre. Éléonore n'était pas particulièrement une femme volage ou coureuse. Elle avait simplement... des aventures. Il lui arrivait d'avoir des coups d'un soir, rien de sérieux, jamais rien de sérieux parce que s'attacher signifiait souffrir et elle avait déjà donné. Elle faisait toujours attention à utiliser une protection, méticuleuse sur ce point. Mais cette nuit-là, elle avait fait une bêtise monumentale. L'alcool, l'euphorie, le moment... et le préservatif qui s'était déchiré sans qu'ils ne s'en aperçoivent tout de suite. Le résultat de cette négligence se trouvait maintenant bien au chaud dans son ventre, grandissant chaque jour un peu plus. Elle soupira en entrant dans la salle de bain tout en marbre italien et actionna l'eau de la douche à l'italienne. L'eau se mit à couler, d'abord froide puis progressivement chaude, glissant le long de son corps dans une cascade apaisante qui lui procura d'agréables frissons. Un soupir de plénitude sortit d'entre ses lèvres entrouvertes. Elle adorait cette sensation, la chaleur de l'eau sur sa peau, la vapeur qui envahissait progressivement la pièce, créant un cocon protecteur où le reste du monde n'existait plus. Après une bonne vingtaine de minutes, oui Éléonore était définitivement quelqu'un qui passait plus de temps que n'importe qui sous la douche, c'était un moment sacré où elle pouvait être seule avec ses pensées, sans que personne ne la dérange, sans jugement, sans attentes. Elle enroula une serviette moelleuse autour d'elle, l'eau dégoulinant encore de ses cheveux bruns sur ses épaules pâles, et sortit de la salle de bain dans un nuage de vapeur parfumée. Elle se rendit dans son dressing walk-in, une pièce entière dédiée à sa garde-robe qui aurait fait pâlir d'envie n'importe quelle fashionista. Elle en sortit un haut blanc Saint Laurent et un jean skinny Dior, tous deux signés de grands créateurs dont les étiquettes dépassaient probablement le salaire mensuel moyen. Elle attrapa également un sous-vêtement frais et sortit du dressing. Elle se vêtit avec des gestes mécaniques, automatiques, puis s'installa lourdement sur son lit king size. Ses yeux se perdirent dans le vide, fixant un point invisible sur le mur blanc immaculé face à elle. Malgré l'effort surhumain qu'elle déployait pour banaliser cette histoire, pour faire comme si de rien n'était, pour continuer sa vie normalement, la réalité revenait toujours plus dure, plus puissante, comme une vague qui s'écrasait contre une digue. Elle la frappait de plein fouet, lui faisant comprendre avec une clarté brutale que tout cela était réel. Terriblement, incontestablement réel. Elle était bel et bien enceinte. Ce n'était pas un cauchemar dont elle allait se réveiller. C'était la réalité, crue et inévitable. Ce n'était pas facile pour elle d'assimiler cette vérité qui bouleversait tout ce qu'elle avait construit. C'était effrayant, terrifiant même. Elle s'était toujours gérée seule, dans une solitude qu'elle avait fini par maîtriser, par apprivoiser. Elle n'avait jamais dépendu de personne, ne s'était jamais souciée des conséquences à long terme de ses actes. Et maintenant, dans quelques mois seulement, peut-être six ou sept, tout ceci serait encore plus réel qu'aujourd'hui. Un petit être humain dépendrait entièrement d'elle. Elle, Dubois Éléonore, qui ne savait même pas prendre soin d'elle-même correctement. Elle qui avait grandi sans modèle parental valable. Elle qui passait ses nuits dans des clubs et ses journées à cuver. Comment pourrait-elle être mère quand elle n'avait jamais vraiment eu de mère elle-même ? Et pourtant, elle devrait assumer tout ça. Seule, probablement. Avec la tête haute, comme elle l'avait toujours fait, parce qu'elle n'avait jamais connu autre chose que de se relever seule. Après la nuit magique que lui avait fait passer ce jeune homme mystérieux, Julien, et c'était honnêtement l'une des plus belles et des plus magiques qu'elle ait jamais passées dans sa vie pourtant remplie d'expériences, elle aurait voulu recommencer. Revivre ces quelques heures où elle s'était sentie vivante, vraiment vivante, pas juste existante. Où quelqu'un l'avait regardée comme si elle était précieuse, pas pour son argent mais pour elle-même. Ils avaient ri ensemble, parlé de tout et de rien, et la connexion avait été... électrique. Différente. Mais idiote comme elle était, emportée par le moment, l'idée de lui demander son numéro lui avait complètement échappé dans la précipitation du matin. Elle s'était réveillée seule, avec juste le souvenir d'un sourire et d'une voix grave qui murmurait des mots doux à son oreille. Et maintenant, elle n'avait aucun moyen de le contacter. Aucun moyen de lui dire qu'elle portait son enfant. Qu'une partie de cette nuit magique grandissait en elle. Éléonore passa une main tremblante sur son ventre encore plat, mais où elle savait qu'une vie minuscule se développait. Une vie qu'elle avait créée avec un inconnu dont elle ne connaissait même pas le nom de famille. Un rire amer lui échappa. Quelle ironie. Elle qui pouvait tout acheter, absolument tout, ne pouvait pas acheter un moyen de retrouver cet homme. L'argent, pour une fois, était parfaitement inutile. °•~━━✥❖✥━━~•°Fractures et Tempêtes°•~━━✥❖✥━━~•°Des mois s'étaient enchaînés successivement, chacun apportant ses propres transformations silencieuses. Éléonore était entrée dans son deuxième trimestre de grossesse, et son petit ventre, longtemps à peine perceptible, avait enfin pris une forme tangible, réelle, qui réjouissait tout le monde – elle la première, même si elle ne l'admettrait pas facilement à voix haute.Les choses entre Antoine et Thomas s'étaient améliorées pour le mieux, ce qui avait soulagé une tension palpable dans l'appartement de Julien. Thomas s'était trouvé incapable de maintenir cette distance qu'il s'était lui-même imposée, son cœur refusant obstinément de coopérer avec sa raison. Il avait fait ce qu'il fallait en cessant d'ignorer les messages, en répondant d'abord brièvement, puis de plus en plus, jusqu'à ce que la brèche se referme suffisamment pour les laisser avancer.Catherine était heureuse de s'être rapprochée un peu de sa fill
Thomas suivit le doigt. Ses yeux tombèrent exactement sur Éléonore au moment précis où cette dernière retirait ses lunettes, révélant pleinement son visage. Le cerveau de Thomas fit une pause complète. Ce n'était pas possible. Vraiment pas possible. Il cligna des yeux, une fois, deux fois. Regarda Maxime avec des yeux écarquillés comme si son ami venait de lui révéler l'existence de la vie extraterrestre. Regarda à nouveau l'invitée. Éléonore Dubois. Éléonore Dubois. Assise dans leur canapé défraîchi, en chaussettes d'intérieur. « Je... hum. » Les mots lui avaient littéralement échappé des lèvres avant qu'il ne puisse les retenir, tellement la surprise le dépassait. « Est-ce vraiment ce que je crois voir, grand frère ? » Maxime acquiesça simplement avec ce sourire tranquille de quelqu'un qui connaissait la réponse depuis longtemps. Éléonore, de son côté, ne comprenait visiblement
°•~━━✥❖✥━━~•° Encore une semaine entière s'était écoulée, lente et chargée d'une tension silencieuse que les murs de l'appartement semblaient avoir absorbée. Julien avait bien vu, observé avec inquiétude croissante que quelque chose n'allait vraiment pas avec Thomas depuis sa sortie catastrophique chez les parents d'Antoine. Il portait cette tristesse-là différemment des autres – pas bruyamment, pas avec des explosions de colère comme avant, mais silencieusement. Les épaules légèrement voûtées. Les réponses courtes. Le regard qui se perdait dans le vide entre deux bouchées. Il n'avait voulu rien lui dire directement, et il ne pouvait que le comprendre parfaitement. C'était une douleur qui lui appartenait, un problème qui concernait Thomas et Antoine en premier lieu. Ce qu'il pouvait faire en tant que grand frère – la seule chose vraiment utile qu'il pouvait faire – était de lui redonner le sourire. Pas de résoudre, pas de conseiller, juste d'être là et de créer autour de lui une atm
Un jeune homme assez grand, impressionnant même – facilement un mètre quatre-vingt-cinq – apparut dans l'embrasure. Il avait des fossettes profondes similaires à celles d'Antoine et des lunettes à monture noire qui lui donnaient un air intellectuel.« Oh, Antoine ? » S'exclama-t-il avec surprise évidente. « Que fais-tu ici ? Je ne savais pas que tu venais ce week-end. Tu aurais dû prévenir ! »Thomas déduisit logiquement que cela devait être son frère aîné, Nathan. Antoine lui avait effectivement beaucoup, énormément parlé de celui-ci au fil des mois, aussi souvent et affectueusement qu'il lui parlait de son propre frère Julien. Leurs frères respectifs semblaient être des sujets de conversation récurrents.« Je suis là principalement pour vous présenter... » commença Antoine.« Oh, Thomas, c'est ça ? » Le devança abruptement Nathan avec un grand sourire chaleureux, coupant involontairement Antoine par la même occasion. « Antoine m'a vraiment beaucoup, beaucoup parlé de toi ces dernier
Rencontre et Rejet°•~━━✥❖✥━━~•°Le temps était particulièrement agréable en cette belle après-midi de printemps. Le soleil avait déjà atteint son point culminant dans le ciel d'un bleu azur parfait, sans le moindre nuage pour en ternir l'éclat. Ses rayons dorés et chauds caressaient doucement la peau, créant cette sensation merveilleuse de bien-être absolu qui ne venait qu'avec les premières vraies journées ensoleillées de la saison.Thomas souriait niaisement, béatement même, en regardant avec tendresse leurs doigts étroitement entrelacés qui se balançaient doucement entre eux au rythme de leurs pas synchronisés. Le simple contact de la main d'Antoine dans la sienne suffisait à faire battre son cœur plus vite, à créer ce tourbillon de papillons dans son ventre.Ils faisaient tranquillement le chemin jusqu'à chez les parents du brun, ayant pris consciencieusement deux bus différents pour se rendre jusqu'ici, dans ce quartier résidentiel calme de la banlieue de Séoul qu'il ne connaiss
Une bonne trentaine de minutes s'écoula paisiblement, le drama à la télévision continuant sans qu'ils ne le regardent vraiment, discutant de choses et d'autres. Puis ils entendirent finalement la sonnette retentir joyeusement dans tout l'habitacle du petit appartement.« Grand frère ! » Cria Thomas depuis sa chambre où il s'était visiblement réfugié. « La porte ! Quelqu'un peut aller ouvrir ? »Maxime lança un regard significatif et complice à son ami qui haussa simplement les épaules avec un sourire entendu. Julien se leva avec souplesse et s'en alla ouvrir au nouveau visiteur attendu.« Hey, Antoine ! » S'exclama chaleureusement Julien après avoir ouvert la porte d'entrée, découvrant le jeune homme. « Comment tu vas ? Ça faisait longtemps ! »« Salut, Julien, » répondit poliment Antoine avec son sourire caractéristique en forme de rectangle qui plissait adorablement ses yeux. « Je vais très bien, merci beaucoup de demander. Et toi ? »« Très bien aussi, » sourit Julien. « Vas-y, ren







