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L'argent possédait un pouvoir absolu, celui de plier les autres à sa volonté. D'un simple claquement de doigts, le monde s'agenouillait à ses pieds, docile et servile. Éléonore tirait avantage de cet argent et du pouvoir qu'il conférait pour s'approprier tout ce que son cœur désirait, sans limite, sans remords. Elle ne jurait plus que par l'argent. Cet argent que ses parents lui envoyaient par virements automatiques pour compenser leurs absences chroniques, ces sommes astronomiques qui atterrissaient sur son compte comme des pansements sur une plaie béante qui ne cicatrisait jamais. Cet argent était devenu sa seule compagnie, son unique confident dans un appartement de luxe désespérément vide. Oui, Éléonore était devenue l'exact opposé de ce qu'elle avait rêvé d'être enfant. L'arrogance et l'égocentrisme la caractérisaient parfaitement désormais, comme une robe taillée sur mesure qu'elle portait avec une aisance presque naturelle. Elle était le centre de l'attention et cela lui plaisait, même si elle savait pertinemment, au fond d'elle, que ce n'était que pour son argent. Pour les bouteilles hors de prix qu'elle commandait sans même regarder l'addition. Pour les fêtes qu'elle finançait. Pour le prestige que conférait sa simple présence. Éléonore s'était forgée une réputation de fêtarde invétérée. Elle ne manquait jamais une soirée, toutes les boîtes de nuit du 8ᵉ arrondissement de Paris la connaissaient maintenant par son prénom. Les videurs la saluaient d'un hochement de tête respectueux, les barmans préparaient son cocktail préféré dès qu'ils l'apercevaient. Elle dépensait pratiquement dix mille euros par soirée, parfois plus quand l'ivresse la rendait généreuse, et de ces soirées, Éléonore en avait accumulé tant qu'elle ne pouvait même plus les compter. Elles se fondaient toutes dans un brouillard alcoolisé de musique assourdissante, de corps collés et de lendemains difficiles. C'était devenu son quotidien. Sa normalité tordue. ┗━━━━ • ✿ • ━━━━┛ Endormie confortablement dans ses draps de soie italienne à plus de vingt mille euros, les stores encore hermétiquement fermés bloquant toute lumière extérieure, le jour s'était levé depuis plusieurs heures déjà. Le soleil de midi tapait probablement sur les immeubles haussmanniens, mais dans cette chambre, c'était encore la nuit. Depuis plusieurs semaines, la jeune femme pratiquait une activité à laquelle elle avait pris goût, un rituel nouveau qui bouleversait son emploi du temps habituel. N'étant pas une grande adepte du sommeil auparavant, elle vivait la nuit comme un vampire mondain et profitait du jour pour se reposer de ses excès. Mais là, la donne avait radicalement changé. Elle ne pouvait plus sortir aussi souvent qu'elle le voulait, son corps lui imposant des limites qu'elle n'avait jamais connues. Ce n'était pas vraiment un souci pour elle, en tout cas c'est ce qu'elle essayait de se convaincre. Les seuls qui ne comprenaient pas étaient ses soi-disant amis, de toute façon ils n'étaient là que pour gratter un peu d'argent, des parasites qu'Éléonore nourrissait par habitude plus que par affection réelle. Elle leur donnait ce qu'ils voulaient et ils gravitaient autour d'elle comme des mouches autour d'un pot de miel. La porte s'ouvrit brusquement, violemment, arrachant un sursaut brutal à l'endormie. Le bruit résonna dans la chambre comme un coup de feu. Éléonore posa instinctivement une main protectrice sur son ventre par réflexe, un geste qu'elle commençait à adopter de plus en plus souvent ces derniers temps, tout en dévisageant avec un mélange de colère et d'épuisement la personne qui venait de la réveiller aussi brusquement, sans même prendre la peine de frapper à la porte. Comme si elle était chez elle. Comme si elle avait des droits sur elle. Une femme d'une quarantaine d'années se tenait dans l'embrasure, vêtue d'un ensemble Chanel élégant et d'une paire de talons Louboutin vertigineux. Ses cheveux étaient coiffés en une queue de cheval impeccable, tirée si serrée qu'on aurait dit un lifting naturel. Elle portait un maquillage léger mais parfaitement appliqué, et ses doigts manucurés à la perfection reposaient sur ses hanches dans une pose dramatique digne d'une actrice, ce qu'elle était d'ailleurs. Elle retira ses mains de ses hanches pour claquer dans ses doigts, un geste théâtral et autoritaire. Immédiatement, grâce à la domotique dernier cri de l'appartement, les stores s'ouvrirent dans un bruissement mécanique et les lumières s'allumèrent, inondant brutalement la pièce d'une clarté aveuglante. Éléonore plissa les yeux, grimaçant sous l'agression lumineuse. Les sourcils arqués dans une expression de défi, elle ne comprenait pas cette soudaine intrusion, bien qu'au fond elle s'y attendît. Malgré tout, elle avait envie de rire. De rire de l'absurdité de cette situation, de cette femme qui jouait à la mère concernée. « Dubois Éléonore. » Sa voix était coupante, glaciale. « C'est bien moi. » Rétorqua la jeune femme d'un ton traînant, presque ennuyé, en se levant lentement de son lit, dévoilant son shorty en soie noire à la dame dans un geste délibérément provocateur. Elle savait que ça l'irriterait, et c'était exactement son intention. « Tu m'expliques ces résultats que je viens de recevoir ? » Elle brandissait un papier, probablement les résultats de sa prise de sang. « À cause de ça, j'ai dû quitter le tournage de ma nouvelle série ! Tu sais combien ça me coûte professionnellement ? Le réalisateur était furieux ! » Le ton élevé, presque hystérique, elle la regardait fouiner dans sa commode avec des gestes délibérément lents, cherchant des vêtements propres sans lui accorder plus d'attention qu'à un meuble. Éléonore n'appréciait guère les reproches, et encore moins le ton condescendant de cette femme qui se prétendait sa mère. Elle détestait cela viscéralement, et tous le savaient. Alors pourquoi avait-elle cette manie insupportable de lui parler comme si elle était toujours la petite fille de cinq ans qui faisait des bêtises et qu'elle punissait entre deux tournages ? Ne pouvait-elle pas voir qu'elle avait grandi ? Après plus de vingt ans d'absence, elle ne pouvait quand même pas lui sortir cette carte, faire semblant de s'inquiéter de ce qui pouvait lui arriver, comme si elle avait été là, comme si elle avait le droit. « T'ai-je demandé de faire cela ? » Sa voix était dangereusement calme, chaque mot articulé avec précision. « Non. Alors ne viens pas m'ennuyer avec tes états d'âme. J'ai assez de problèmes comme ça sans que tu m'en rajoutes d'autres avec ta culpabilité mal placée et ton besoin soudain de jouer à la maman parfaite. » Elle enfila un jogging Balenciaga et un t-shirt Givenchy oversize, ses mouvements saccadés trahissant sa colère contenue. Elle n'avait pas encore pris sa douche, ni fait sa toilette, parce qu'elle s'acharnait à rester plantée là, dans sa chambre, dans son espace. Elle détestait cette intrusion, encore plus quand il s'agissait d'eux. Le simple fait de la voir lui donnait envie de vomir, une nausée qui n'avait rien à voir avec sa grossesse. Elle ne supportait plus cette situation, ce simulacre de famille. « Éléonore, je suis ta mère, tu me parles autrement ! » Elle haussa le ton, offensée, croisant les bras sur sa poitrine dans une posture défensive. « Sois heureuse que ton père n'ait pas encore eu vent de ces résultats. Tu imagines sa réaction ? Le scandale que ça pourrait créer pour notre image ? » Toujours l'image. Jamais elle. « Je me fiche complètement que vous soyez au courant ou non. » Les mots sortirent de sa bouche comme du venin, froids et tranchants. « Je suis enceinte et cela ne vous concerne absolument pas. Vous n'avez jamais été concernés par ma vie avant, pourquoi commencer maintenant ? » Elle se leva d'un bond, la dominant de toute sa hauteur malgré sa stature pas très imposante, et indiqua la sortie d'un geste sec. « Maintenant, peux-tu me laisser prendre ma douche ? J'ai du travail. »Un jeune homme assez grand, impressionnant même – facilement un mètre quatre-vingt-cinq – apparut dans l'embrasure. Il avait des fossettes profondes similaires à celles d'Antoine et des lunettes à monture noire qui lui donnaient un air intellectuel.« Oh, Antoine ? » S'exclama-t-il avec surprise évidente. « Que fais-tu ici ? Je ne savais pas que tu venais ce week-end. Tu aurais dû prévenir ! »Thomas déduisit logiquement que cela devait être son frère aîné, Nathan. Antoine lui avait effectivement beaucoup, énormément parlé de celui-ci au fil des mois, aussi souvent et affectueusement qu'il lui parlait de son propre frère Julien. Leurs frères respectifs semblaient être des sujets de conversation récurrents.« Je suis là principalement pour vous présenter... » commença Antoine.« Oh, Thomas, c'est ça ? » Le devança abruptement Nathan avec un grand sourire chaleureux, coupant involontairement Antoine par la même occasion. « Antoine m'a vraiment beaucoup, beaucoup parlé de toi ces dernier
Rencontre et Rejet°•~━━✥❖✥━━~•°Le temps était particulièrement agréable en cette belle après-midi de printemps. Le soleil avait déjà atteint son point culminant dans le ciel d'un bleu azur parfait, sans le moindre nuage pour en ternir l'éclat. Ses rayons dorés et chauds caressaient doucement la peau, créant cette sensation merveilleuse de bien-être absolu qui ne venait qu'avec les premières vraies journées ensoleillées de la saison.Thomas souriait niaisement, béatement même, en regardant avec tendresse leurs doigts étroitement entrelacés qui se balançaient doucement entre eux au rythme de leurs pas synchronisés. Le simple contact de la main d'Antoine dans la sienne suffisait à faire battre son cœur plus vite, à créer ce tourbillon de papillons dans son ventre.Ils faisaient tranquillement le chemin jusqu'à chez les parents du brun, ayant pris consciencieusement deux bus différents pour se rendre jusqu'ici, dans ce quartier résidentiel calme de la banlieue de Séoul qu'il ne connaiss
Une bonne trentaine de minutes s'écoula paisiblement, le drama à la télévision continuant sans qu'ils ne le regardent vraiment, discutant de choses et d'autres. Puis ils entendirent finalement la sonnette retentir joyeusement dans tout l'habitacle du petit appartement.« Grand frère ! » Cria Thomas depuis sa chambre où il s'était visiblement réfugié. « La porte ! Quelqu'un peut aller ouvrir ? »Maxime lança un regard significatif et complice à son ami qui haussa simplement les épaules avec un sourire entendu. Julien se leva avec souplesse et s'en alla ouvrir au nouveau visiteur attendu.« Hey, Antoine ! » S'exclama chaleureusement Julien après avoir ouvert la porte d'entrée, découvrant le jeune homme. « Comment tu vas ? Ça faisait longtemps ! »« Salut, Julien, » répondit poliment Antoine avec son sourire caractéristique en forme de rectangle qui plissait adorablement ses yeux. « Je vais très bien, merci beaucoup de demander. Et toi ? »« Très bien aussi, » sourit Julien. « Vas-y, ren
Julien sentit son stress s'accroître exponentiellement, dangereusement. Son cœur battait la chamade dans sa poitrine comme un tambour de guerre. Il ne savait toujours pas exactement comment formuler correctement cette annonce capitale, comment trouver les mots justes.Et il avait terriblement peur, une peur viscérale et profonde, que son petit frère adoré qu'il avait si précieusement protégé et chéri depuis la mort de leurs parents, dont il avait pris soin comme de la prunelle de ses yeux, soit profondément déçu de lui, le juge, le rejette même.« Alors, grand frère, » commença Thomas en se plaçant encore plus confortablement sur le canapé moelleux, repliant ses jambes sous lui, « qu'est-ce que tu dois m'annoncer d'aussi important et mystérieux ? »Il attrapa machinalement un coussin décoratif pour le serrer entre ses bras, un geste nerveux qu'il faisait depuis l'enfance. « Tu as l'air vraiment sérieux et ça commence à m'inquiéter. »Julien soupira profondément, essayant de calmer les
Conversations, Confessions et Complications Adorables°•~━━✥❖✥━━~•°« Qu'as-tu fait aujourd'hui ? » Demanda doucement Julien à travers son téléphone portable collé contre son oreille, passant distraitement ses doigts libres dans sa chevelure brune légèrement en désordre après sa longue journée de travail épuisante à l'hôpital. Il était affalé confortablement sur le canapé du salon, ses jambes étendues devant lui, complètement détendu pour la première fois de la journée.« Ben rien de spécialement excitant ou productif, » répondit la voix familière et traînante d'Éléonore à l'autre bout du fil, avec cette pointe d'ennui et de frustration qui la caractérisait maintenant. « Tu imagines bien que je passe littéralement toutes mes journées allongée comme un légume sur mon canapé ou dans mon lit. Si ça continue comme ça encore longtemps, je finirais réellement par devenir un vrai légume immobile. »Elle marqua une pause dramatique. « Manquerait plus qu'on m'arrose trois fois par jour et qu'o
Adieux et Promesses°•~━━✥❖✥━━~•°Éléonore avait passé une nuit absolument épouvantable, l'une des pires de sa vie récente. Autant vous dire qu'elle l'avait passée entièrement éveillée, les yeux grands ouverts fixant le plafond monotone de sa chambre d'hôpital, en pensant obsessionnellement, anxieusement, à ce qui allait inévitablement se passer. Son esprit tournait en boucle, rejouant encore et encore des scénarios catastrophes.Maintenant qu'elle avait officiellement reçu l'autorisation tant attendue de sortir de l'hôpital, de retrouver sa liberté et son appartement luxueux, elle avait terriblement peur, une peur viscérale et irrationnelle, que son amitié naissante et précieuse avec l'infirmier s'arrête brutalement là, qu'elle ne survive pas au-delà de ces murs blancs aseptisés.Elle considérait déjà Maxime comme son ami, son véritable ami – probablement le premier vrai ami qu'elle ait jamais eu depuis l'enfance. Combien même ce dernier ne lui ait jamais explicitement dit quelque ch
Julien sentit quelque chose se briser en lui face à tant de bienveillance sincère. Il ne savait toujours pas ce qu'il était censé faire dans cette situation impossible, mais un peu de conseils extérieurs ne serait certainement pas de refus. Il en avait désespérément besoin, de cette perspective obj
⊰᯽⊱┈──╌❊╌──┈⊰᯽⊱ Julien arpentait les couloirs interminables de l'hôpital d'un pas mécanique, presque zombie, l'esprit complètement embrouillé dans un tourbillon de pensées contradictoires. Ses semelles en caoutchouc couinaient légèrement sur le linoléum blanc immaculé à chaque pas, un son répétiti
La jeune femme lui sourit chaleureusement, visiblement touchée par sa sincérité et sa détermination. Il y avait quelque chose de profondément émouvant chez cette jeune femme qui semblait si fragile et si forte à la fois. Théo, assis à ses côtés, caressait tendrement sa cuisse à travers le drap blan
°•~━━✥❖✥━━~•° Éléonore s'était retrouvée complètement seule dans sa chambre d'hôpital, cette chambre aseptisée aux murs blancs impersonnels dont elle allait devoir s'accommoder pendant un certain temps indéterminé. Le silence était pesant, oppressant, seulement rompu par le bip régulier et monoto







