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CHAPITRE 18 – LA ROBE TROP COURTE

Autor: L'encre
last update Fecha de publicación: 2026-07-04 13:45:28

Ses yeux allèrent d’Isabelle à Léo, puis de Léo à Isabelle. Elle ne dit rien. Elle ne pouvait rien dire, pas devant lui, pas maintenant. Mais elle avait vu. Elle avait vu le visage fermé d’Isabelle, ce visage qu’elle connaissait trop bien, ce visage des jours de tempête. Elle avait vu la robe bleu marine, cette robe qu’elle détestait parce qu’elle savait ce qu’elle signifiait. Et elle avait vu, dans les yeux de son amie, cette petite flamme qu’elle avait aperçue l’autre soir, au restaurant ital
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  • Encore une dernière chance   CHAPITRE 93 – Le carnet de Gédéon (1)

    Gédéon se souvenait du jour où Léo lui avait dit cela. C’était au tout début, avant même qu’il n’emménage dans la grande maison. Léo était venu le voir au foyer, seul, sans Isabelle. Il l’avait emmené dans le parc, près des balançoires rouillées, et il s’était assis sur un banc à côté de lui. Il avait parlé longtemps, avec cette voix calme et raisonnable qu’il prenait toujours pour donner des ordres. Il avait expliqué qu’Isabelle ne savait rien. Qu’elle ne devait rien savoir. Que si elle apprenait la vérité, elle serait tellement triste et tellement en colère qu’elle ne voudrait plus jamais le voir.— Tu comprends, Gédéon ? Si tu parles, tu perds tout. Tu perds ta mère, tu perds ta maison, tu perds ta famille. Tu retournes au foyer. Et cette fois, personne ne viendra te chercher.Gédéon avait hoché la tête. Il avait huit ans, mais il avait déjà compris beaucoup de choses. Il avait compris que les adultes mentaient souvent, qu’ils faisaient des promesses qu’ils ne tenaient pas, qu’ils

  • Encore une dernière chance   CHAPITRE 92 – Le carnet de Gédéon (1)

    Ce soir-là, Gédéon écrivit longtemps.La maison était silencieuse. Les jumeaux dormaient dans leur berceau, Isabelle s’était endormie sur le canapé du salon en allaitant Yvonne, et Léo n’était pas encore rentré – il avait appelé en fin d’après-midi pour dire qu’une réunion le retiendrait tard, qu’il ne fallait pas l’attendre pour dîner. Gédéon avait entendu la voix d’Isabelle au téléphone, cette voix lasse et résignée qu’elle prenait toujours quand Léo annonçait une absence. « D’accord. Oui. À demain, alors. »Il était monté dans sa chambre sans faire de bruit, avait fermé la porte, et avait sorti le carnet de sous son matelas. La couverture était encore plus usée qu’avant, les coins écornés, le carton qui commençait à se dédoubler par endroits. Il l’aimait, ce carnet. Il l’aimait comme on aime un ami qui ne juge pas, qui ne répète rien, qui garde les secrets sans jamais les trahir.Il s’assit à son petit bureau, sous la lampe en forme de lune qu’Isabelle lui avait achetée, et il relu

  • Encore une dernière chance   CHAPITRE 91 : Miryam pose des questions

    Il avait lâché cette phrase comme on lâche un aveu, malgré lui, comme si les mots avaient jailli avant qu’il puisse les retenir. Il se mordit la lèvre, détourna les yeux, et ajouta précipitamment :— De mes devoirs. J’ai pas le droit de pas faire mes devoirs. Isabelle, elle a dit que je devais les finir avant le dîner.Il mentait. Miryam le savait. Gédéon savait qu’elle le savait. Mais ni l’un ni l’autre ne le dirent à voix haute. L’enfant quitta le salon en courant presque, et Miryam entendit ses pas dans l’escalier, puis la porte de sa chambre qui se refermait avec un claquement sec.Elle resta seule dans le salon, assise sur le canapé, les mains posées sur les genoux. Elle repensait à ce qu’il avait dit. Je n’ai pas le droit de parler. Ce n’étaient pas les mots d’un enfant qui ne veut pas faire ses devoirs. C’étaient les mots d’un enfant à qui on a ordonné de se taire. D’un enfant qui a quelque chose à cacher, ou plutôt quelque chose qu’on l’oblige à cacher.Elle pensa au carnet qu

  • Encore une dernière chance   CHAPITRE 90 : Miryam pose des questions

    Ce fut un mercredi après-midi, pendant qu’Isabelle dormait à l’étage, épuisée par une nuit de tétées et de pleurs, et que les jumeaux faisaient la sieste dans leur berceau. Miryam était venue comme souvent, sans prévenir, avec un cake aux olives qu’elle avait préparé le matin même et qu’elle avait oublié de sortir du four à temps – les bords étaient un peu brûlés, mais le cœur était bon, avait-elle dit en le posant sur la table de la cuisine.Gédéon était assis dans le salon, un livre ouvert sur les genoux. Il ne lisait pas vraiment – il regardait par la fenêtre, les yeux perdus dans le jardin où le cerisier achevait de perdre ses dernières feuilles. Il avait l’air ailleurs, comme souvent, perdu dans des pensées qu’il ne partageait avec personne.Miryam s’assit à côté de lui, sur le canapé, et resta un moment silencieuse. Elle avait appris à ne pas brusquer Gédéon. Il était comme un chat sauvage qu’on essaie d’apprivoiser – le moindre geste trop vif, la moindre question trop directe,

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    Mais Gédéon n’était pas convaincu. Il avait vu des bébés avant – au foyer, il y en avait parfois, des nourrissons abandonnés qu’on déposait en urgence – et aucun ne le regardait comme Yvon le regardait. Les autres bébés étaient vagues, flous, absents. Yvon, lui, était là. Pleinement là. Comme s’il avait déjà tout compris du monde et qu’il attendait simplement que les autres rattrapent leur retard.Un soir, Gédéon était assis près du berceau d’Yvon, dans la chambre des jumeaux. Isabelle était descendue préparer le dîner, Léo n’était pas encore rentré, et la maison était silencieuse. Gédéon regardait le bébé, et le bébé le regardait. Ce fut un long échange, sans mots, sans gestes, juste deux paires d’yeux qui se croisaient dans la pénombre.— Toi, t’as compris, hein ? murmura Gédéon. T’as compris que c’est pas un endroit sûr. T’as compris qu’il faut se méfier.Yvon ne répondit pas, évidemment. Mais il continua de fixer son grand frère avec cette intensité qui n’appartenait qu’à lui, et

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    Avec Yvonne, le lien fut immédiat.La petite fille était un rayon de soleil, un feu d’artifice, une explosion de vie. Elle gazouillait dès qu’elle voyait Gédéon entrer dans la chambre, agitait ses petits bras potelés, lui souriait de ce sourire édenté et baveux des nourrissons. Elle riait quand il faisait des grimaces, pleurait quand il s’éloignait trop longtemps, s’endormait paisiblement quand il la berçait en chantonnant des chansons qu’il inventait au fur et à mesure.— Elle t’adore, disait Isabelle en les regardant. Regarde comme elle te suit des yeux. Dès que tu entres dans la pièce, elle ne voit plus que toi.— C’est vrai ?— C’est vrai. Tu es son héros.Gédéon rougissait, baissait les yeux, mais il ne pouvait pas cacher son sourire. Il n’avait jamais été le héros de personne. Il avait toujours été l’enfant de trop, celui qu’on se passait de foyer en foyer comme un colis encombrant, celui dont personne ne voulait vraiment. Et voilà que cette petite fille aux joues rondes et aux

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