Mag-log inIl a souri. Un sourire sans joie, sans triomphe, sans rien d'autre qu'une tristesse immense et glacée.— Maintenant, c'est moi qui dirige. Moi qui décide. Et toi, Mateo, tu devrais décider aussi. Ne laisse personne choisir à ta place. Ni qui tu sers. Ni qui tu es. Ni qui tu aimes. Parce que si tu laisses quelqu'un choisir pour toi, tu deviens un outil. Et un outil, ça se jette quand c'est usé.Le crépuscule tombait sur la colline. Le ciel était en feu, des bandes orange et violettes qui s'étiraient à l'infini. Cassian a sorti un canif de sa poche de pantalon, un objet simple au manche de corne. Il a ouvert la lame lentement, avec un geste presque rituel, et avant que je puisse comprendre ce qu'il allait faire, il s'est entai
SilasDeux jours. Deux jours depuis que Cassian Valerius était apparu dans ma vie comme une comète, et je m'étais surpris à guetter son retour. Je ne l'aurais avoué ni à Emilio, ni à personne, mais chaque fois qu'un bruit de moteur se faisait entendre dans le camp, je levais la tête malgré moi, le cœur un peu plus rapide. J'avais honte de cette attente, de cet espoir absurde. Je ne savais pas encore que c'était le début d'un attachement qui allait me poursuivre toute ma vie.Il est revenu. Sans prévenir, comme la première fois. Sa voiture noire a fendu la poussière du chemin, et cette fois, je n'ai pas pensé qu'il allait se faire dévorer. J'ai pensé : Il est là. Et je me
Il est venu me trouver après l'entraînement du soir, quand j'étais assis seul contre un mur, à essayer de faire passer la douleur de mes muscles tétanisés.— Tu es d'où, Mateo ? a-t-il demandé en s'accroupissant à côté de moi, sans se soucier de salir son pantalon beige.— Du nord, j'ai répondu, évasif.— Le nord, c'est grand. C'est un continent, presque.— Un village près de la frontière. Personne ne connaît.— Tu as de la famille ?Je me suis raidi imperceptiblement. La question avait claqu&eacut
L'instructeur , un ancien militaire reconverti, le crâne rasé comme un genou, la voix rauque à force de hurler du matin au soir , nous a rassemblés dans la cour principale. Il était nerveux, l'instructeur. Lui qui nous terrorisait d'habitude avec ses cris et ses punitions, il était soudainement poli, presque obséquieux. Il nous a présenté Cassian comme "un observateur", "un invité de la direction". Personne n'a posé de questions. On n'en posait jamais, des questions. Les questions attiraient les ennuis, et les ennuis, dans ce camp, prenaient souvent la forme de coups ou pire.Cassian nous a regardés. Un par un. Méthodiquement, comme on inspecte un troupeau. Ses yeux bleus s'attardaient sur chaque visage quelques secondes, pas plus, mais ces quelques secondes semblaien
Je connais cette fatigue.Elle est en moi depuis si longtemps que je ne me souviens plus de ce que c'était que de vivre sans elle. Je la sens dans mes os, chaque matin, quand je pose les pieds sur le sol froid. Je la sens quand je croise mon reflet dans une vitre ou dans le miroir de la salle de bains, ce visage que je reconnais à peine, ces yeux qui ont vu trop de choses. Je la sens quand Alyssa pose sa main sur ma poitrine, la nuit, et que je me demande si elle peut sentir le vide à l'intérieur, le gouffre, l'absence.Emilio voulait la paix. Moi aussi, peut-être. Mais je ne sais pas où la trouver. Je ne sais même pas si elle existe pour les hommes comme nous, ou si ce n'est qu'un mirage, une promesse qu'on nous agite sous le nez pour mieux nous manipu
Je hoche la tête, lentement. Je glisse le pistolet dans la poche intérieure de ma veste, celle que j'avais fait coudre pour mes carnets médicaux. Il pèse contre ma hanche, froid et dur, une présence étrangère contre ma peau.— Il a déjà servi ? je demande.— Oui.— Dans ta main ?— Oui.— Pour quoi ?— Pour ce que tu imagines.Sa réponse est laconique, définitive, une porte qui se ferme. Je n'insiste pas. Je sais que je ne veux pas connaître les détails.







