Masuk
Déjà 19 h, et la douceur de la nuit me rappelait que dans quelques minutes je soufflerais une quatrième bougie depuis notre mariage à ses côtés.
J'ai tout préparé ; un dîner aux chandelles, une ambiance chaleureuse et une atmosphère où régnaient sérénité et amour. Cette soirée, pour moi, représentait le début d'une nouvelle ère après ces longs moments de montagnes russes. Quatre années où on a tenu malgré les hauts et les bas. Quatre années où tout pouvait s'arrêter. Mais notre amour a triomphé et mon anniversaire symbolisait un renouveau, car c'est ce jour que nous nous sommes rencontrés. Rien ne prédisait que nous allions pouvoir surmonter cette insuffisance qui me ronge, mais nous en sommes toujours là et j'étais bien décidée à passer une merveilleuse soirée avec David, mon mari. À l'horloge au mur, il était désormais 20 h. Plus que 30 minutes avant que je ne le voie rentrer par la porte comme à son habitude. J'avais tout organisé sans qu'il ne le sache, mais j'avais laissé des indices ce matin avec ce long baiser et le petit mot que je lui ai envoyé par message. « Ce soir sera l'une des plus belles soirées de notre vie. Une quatrième bougie à tes côtés, un millier encore autant d'années possibles. » Je m'assis et, juste en face de moi, je me figeai sur cette chaise qui est sienne. Les lumières tamisées, le chauffage allumé, et une belle décoration de table ornée d'un drapé à la couleur de l'amour. Plus que lui pour que tout soit parfait. Près d'une heure à me préparer devant mon miroir, j'espérais que tout soit parfait et que mon mari finisse par me dire que notre couple restera toujours aussi fort qu'il l'a toujours été depuis le premier jour. 30 minutes s'écoulèrent. Puis une heure… Je fixais l'heure à l'horloge, et toujours pas de David à la porte. Une vague d'émotions s'empara de mon esprit. Avait-il oublié mon anniversaire ? J'espérais que non. Tout mon être refusait de le croire. Le bruit des aiguilles qui tournaient me serrait de plus en plus le cœur. J'allumai mon téléphone ; aucun message. Et à mon message que je lui ai envoyé, je ne reçus aucune réponse de sa part depuis le début de la soirée. Alors je me décidai à l'appeler. Direct au répondeur ! Une vive pression me bloqua la poitrine. J'ai réessayé encore une fois, et toujours rien. Les mains légèrement tremblantes, j'imaginais déjà le pire. Je me levai d'un seul coup, j'insistai avec les messages… Après 20 minutes, rien… J'appelai encore, mais aucune nouvelle. Les mains posées à mes hanches, j'étais bien loin de la joie de ce début de soirée que je ressentais. Mon estomac était noué, une grande inquiétude me clouait l'esprit. Je faisais les cent pas, réfléchissant à une action, le regard constamment porté à l'écran de mon téléphone, espérant enfin recevoir un message, mieux, un appel de sa part. Soudain, mon téléphone sonna. J'eus l'impression qu'on m'enlevait un poids énorme. C'était lui. Je décrochai sans plus attendre. — David, mais où est-ce que t'es ? Je m'inquiète, m'exclamai-je. — Rebecca, s'il te plaît. Je ne vais pas tarder, répondit-il sur un ton ennuyé que je ne lui reconnaissais pas. — David, à cette heure ? As-tu oublié que c'est mon anniversaire aujourd'hui ? — Rebecca ?! Allô ?.. Je rentre tout à l'heure, je ne serai plus long… T'as pas à m'attendre si longtemps, tu peux aller te coucher si tu veux. Puis il raccrocha aussitôt. Je me figeai sur place. Mon sang se glaça et tous mes espoirs de passer une belle soirée à ses côtés tombèrent à l'eau. Qu'est-ce qui se passait ? Était-il si occupé par son travail ? Même pas un joyeux anniversaire ? Qu'est-ce qui nous arrivait ? N'étais-je plus à la hauteur d'être considérée comme sa femme à cause de ce problème d'infertilité auquel je faisais face ? Même des mois après, j'avais l'impression que je n'étais pas suffisante… Je regardai la table dressée, tout était parfait. Peut-être un peu trop dans mon esprit. Mon regard oscilla entre la table du dîner et mon annuaire téléphonique qui ne montrait que près d'une minute de conversation avec David. Juste une minute alors que j'avais mis plusieurs heures à tout préparer… Je m'appuyai contre la table, le cœur battant très fort. Aux creux de mes yeux, je sentis les larmes monter. Une vive tension envahit mon cœur. Il battait vite. Je ne trouvais pas ça juste. Pas juste pour moi, encore moins pour notre couple, notre mariage. Je subissais un poids dont lui seul pouvait m'en débarrasser. Cette partie de la femme que j'étais ne lui suffisait certainement plus, au point où passer une soirée d'anniversaire ne semblait pas avoir autant d'importance que son travail. La flamme du chandelier perdit de son éclat au même rythme que je perdis l'étincelle. Je m'avançai tout doucement jusqu'à notre chambre. Devant le miroir, je ne pus me retenir. Et ces larmes se mirent à jaillir, ruinant tous les efforts et le temps de préparation pour tout mettre au top pour nous. Je me couchai, mon portable posé à mon chevet. Je gardais toujours l'espoir que j'entendrais la porte s'ouvrir. Le début de soirée chaleureux se transforma en une fin glaciale, sans réellement comprendre pourquoi. Je me suis endormie malgré moi. Tout à coup, je me réveillai. Je regardai autour de moi. Toujours pas de David. J'allumai mon téléphone. 01 h 30. — Pourquoi ne rentre-t-il pas ? murmurai-je, troublée… Puis j'entendis le bruit de la serrure… Des minutes plus tard, la porte de la chambre s'ouvrit et je le vis rentrer. Il alluma et là, il me vit, le regard braqué sur lui. Il dévia son regard de moi sans rien dire. Et là, je ne pus laisser ça passer… — David, t'as oublié qu'hier était un jour spécial pour moi et nous deux ? Il enleva sa chemise puis entra dans la salle de bain sans rien me dire. Puis il ressortit et s'avança jusqu'au lit. Une fois assis sur le lit, dos à moi, il déclara sur un ton neutre, sans aucune émotion, presque distant : — Il y a des jours où l'on espère quelque chose du plus profond de notre cœur, mais tout ne se passe pas comme prévu. J'avais beaucoup de travail. Joyeux anniversaire. Puis il éteignit la lumière et se coucha comme si de rien n'était. Je n'en crus pas mes yeux ni mes oreilles de cette nuit. J'avais l'impression de vivre un cauchemar éveillé. Je le vis s'endormir alors qu'au fond de moi je bouillonnais intérieurement. Cette nuit, je ne pus fermer l'œil. Le lendemain matin, il était déjà debout et prêt à repartir au travail sans plus. — David, l'interpellai-je. — Rebecca, j'ai une longue journée qui m'attend, me lança-t-il. Puis il s'avança vers moi et me fit un baiser rapide au front. — Passe une bonne journée. Puis il s'en alla, me laissant seule dans les tourments et mes interrogations sans fin. Je revis encore toute la peine pour préparer ce dîner. Et tout était encore sur la table. — N'a-t-il rien vu ? murmurai-je. — Sûrement qu'il a beaucoup de travail…, me suis-je finalement convaincue… Je passai les heures plus tard à tout ranger, espérant que cette nuit puisse être différente… ainsi que les nuits suivantes. Alors que je terminais, la sonnette résonna. J'ouvris la porte et c'était ma belle-mère. — Ma… maman, toi ici ? demandai-je, surprise par sa venue. Elle me lança un regard plutôt étrange. Je sentais presque une froideur. — Je ne peux plus venir dans la maison de mon fils ? répondit-elle, un brin de colère dans la voix. Je m'écrasai aussitôt, gênée par mes propos qui semblaient ne pas lui avoir plu, et loin de là était mon intention. — Non… maman, je… je suis heureuse de ta visite. Rentre, s'il te plaît, déclarai-je. Elle entra et passa un coup d'œil rapide dans la pièce. Son regard s'arrêta subitement sur le portrait de David et moi accroché au mur. — Maman, souhaites-tu de l'eau ou autre chose ? demandai-je… — Non ! Je peux m'en servir toute seule. Je connais le chemin. Puis elle se retourna face à moi. Mon cœur se mit à rebattre étrangement. J'étais dans la retenue, et elle n'était pas non plus chaleureuse. Elle s'assit, me lorgnant de la tête jusqu'aux pieds. Tout ce que je pus dire, c'était : — David sait-il que tu devais être là ce matin ? Elle fronça les sourcils et me répondit sèchement : — Même s'il ne le sait, ça te pose un problème ? Non, je suppose. J'acquiesçai aussitôt. Il fallait que je trouve une excuse pour m'éclipser. — Ma… maman, je… je vais à la cuisine, j'ai encore du travail à faire ! — Très bien. Vas-y donc, acquiesça-t-elle sans me regarder, les mains croisées sur son sac. Je me dirigeai vers la cuisine quand tout à coup je l'entendis murmurer avec sérieux, presque comme si elle grognait : — Sache que c'est très certainement ta dernière journée dans cette maison.J'avais l'impression de manquer d'air.Chaque pas que je faisais et qui me rapprochait de la porte était semblable à une charge lourde sur mes épaules qui m'enfonçait bien plus bas que terre.Je m'arrêtai un moment et, au mur, nos photos étaient encore bien là, accrochées. On était heureux.Mais est-ce que ça a suffi ?J'ai toujours cru que l'amour seul suffisait pour qu'une relation, qu'un couple puisse durer toute sa vie. Qu'il suffit que deux personnes s'aiment profondément et soient suffisamment amoureux pour tout supporter.Les quatre murs de ma maison reflétaient cet amour. On était beaux sur les photos et on respirait l'amour.Mais ces quatre années, j'ai lutté. Lutté contre une partie de moi qui me rendait insuffisante.Parle-t-on suffisamment de ce qui nous manque dans notre vie de couple ? Ou tout se résume-t-il à l'amour ?Des non, un espoir qui s'effritait peu à peu, mais je pensais qu'avec mon mari à mes côtés, l'on survivrait à tout.Mais je me retrouvais malgré moi avec
Cet enthousiasme. L'attitude de David. Les événements de la veille. Et ce prénom qui résonnait au plus profond de moi. Stella. Je me tournai face à David qui avait le regard baissé. Ma gorge était nouée ; les mots peinaient à sortir. Une sensation de brûlure inondait ma poitrine. J'étais spectatrice de ma vie. Tout s'effondrait. Je le fixai un moment, mon cœur hurlait. Je voulais en savoir plus, mais je n'avais pas la force de demander davantage. Sans rien comprendre de tout ce qui m'arrivait, au fond de moi j'étais brisée. Il se leva tout doucement. Moi, je ne le quittais pas des yeux. Et il me parla sur ce ton qui avait toujours subsisté après chaque résultat de fertilité négatif, cette voix qui se voulait rassurante mais qui, en même temps, était chargée de désespoir et de tristesse. Je me revoyais dans ces situations où, chaque soir, en larmes, il essayait de me réconforter, mais avec une peine qu'il gardait au fond de lui et que je ressentais. C'était la même tonalité.
Je perdis presque l'équilibre.Mes jambes tremblaient ; j'avais l'impression que je m'écroulerais.Les frissons s'emparèrent de mon corps tout entier.Je m'agrippai contre la porte, le cœur battant si vite que je dus me serrer fortement la poitrine.Elle, ma belle-mère, était stoïque. Je n'avais jamais vu autant de froideur chez une personne.Elle m'ignorait, ouvrant armoire et tiroirs, retirant mes affaires sans mon accord. Je n'existais plus. J'étais spectatrice de ma propre vie.Elle balança mes affaires sur le lit, sortant mes valises qu'elle ouvrit sans gêne.Le regard agrandi, stupéfaite, j'étais prise de court et je n'aurais jamais pu m'attendre à une telle scène.— Il est temps pour toi de partir de cette maison ! murmurait-elle alors qu'elle continuait à sortir mes affaires les unes après les autres.J'ouvris la bouche, le cœur lourd. Ma voix peinait à produire le moindre son. Je la regardais faire, impuissante.J'étais bousculée de l'intérieur. Tout allait trop vite ; tout é
Je me figeai. Des questions fusaient dans mon esprit.Réagir ou pas ?Je fis marche arrière, le regard confus. Je m'approchai d'elle. Même si elle ne voulait pas me regarder, moi je le faisais.— Maman, l'appelai-je.Elle ne répondit pas.— Maman, m'as-tu dit quelque chose tout à l'heure ? lançai-je sans attendre une seule minute.Elle décroisa ses mains et, progressivement, ses yeux se figèrent dans les miens.Je sentis comme un éclair qui me transperçait la poitrine tant son regard me fusillait.— Rebecca, dit-elle.— Oui maman, répondis-je avec plus de retenue.— Écoute-moi très bien.Le ton de sa voix devint subitement plus intimidant.Mes sourcils se froncèrent et une question me revenait constamment à l'esprit : pourquoi étais-je venue la confronter ?Tout mon corps frissonna. Je suis restée suspendue à ses lèvres.— J'ai le droit de dire ou de penser tout ce que je veux. Je ne sais pas ce que tu crois avoir attendu, mais j'espère que ça t'a fait suffisamment comprendre que je n
Déjà 19 h, et la douceur de la nuit me rappelait que dans quelques minutes je soufflerais une quatrième bougie depuis notre mariage à ses côtés.J'ai tout préparé ; un dîner aux chandelles, une ambiance chaleureuse et une atmosphère où régnaient sérénité et amour. Cette soirée, pour moi, représentait le début d'une nouvelle ère après ces longs moments de montagnes russes. Quatre années où on a tenu malgré les hauts et les bas. Quatre années où tout pouvait s'arrêter.Mais notre amour a triomphé et mon anniversaire symbolisait un renouveau, car c'est ce jour que nous nous sommes rencontrés.Rien ne prédisait que nous allions pouvoir surmonter cette insuffisance qui me ronge, mais nous en sommes toujours là et j'étais bien décidée à passer une merveilleuse soirée avec David, mon mari.À l'horloge au mur,il était désormais 20 h. Plus que 30 minutes avant que je ne le voie rentrer par la porte comme à son habitude. J'avais tout organisé sans qu'il ne le sache, mais j'avais laissé des ind







