Mag-log inJ'avais l'impression de manquer d'air.
Chaque pas que je faisais et qui me rapprochait de la porte était semblable à une charge lourde sur mes épaules qui m'enfonçait bien plus bas que terre. Je m'arrêtai un moment et, au mur, nos photos étaient encore bien là, accrochées. On était heureux. Mais est-ce que ça a suffi ? J'ai toujours cru que l'amour seul suffisait pour qu'une relation, qu'un couple puisse durer toute sa vie. Qu'il suffit que deux personnes s'aiment profondément et soient suffisamment amoureux pour tout supporter. Les quatre murs de ma maison reflétaient cet amour. On était beaux sur les photos et on respirait l'amour. Mais ces quatre années, j'ai lutté. Lutté contre une partie de moi qui me rendait insuffisante. Parle-t-on suffisamment de ce qui nous manque dans notre vie de couple ? Ou tout se résume-t-il à l'amour ? Des non, un espoir qui s'effritait peu à peu, mais je pensais qu'avec mon mari à mes côtés, l'on survivrait à tout. Mais je me retrouvais malgré moi avec mes bagages et un cœur meurtri. Quatre années s'envolaient. Et mes espoirs disparaissaient avec elles. Alors que je me résignais, me dirigeant tout droit vers la poignée, la voix de David me retint. — Rebecca..., déclara-t-il. Je tremblai de l'intérieur instantanément. Je me retournai instinctivement, comme si une petite partie de moi espérait autre chose. Dans ses yeux, je le vis désolé. Mon sac glissa de mes doigts. Mon cœur fondait comme de la glace à haute température. J'y voyais une lueur, un signe... Je lâchai la valise par la même occasion. Je n'attendais plus qu'un mot, une seule phrase. Mes lèvres tremblaient en le voyant s'avancer vers moi... mon corps tout entier vibrait... il était presque tremblant... — Rebecca, je suis désolé, pardonne-moi ! J'accourus vers lui, les larmes aux yeux, et je me jetai dans ses bras, le serrant de toutes mes forces. Je n'attendais que ça... une raison de ne pas partir. Je voulais que ça vienne de lui, le voir me dire de rester, de ne pas partir. Mon cœur s'emballait... c'était une tornade de plus que j'allais affronter avec lui... Je pleurais contre lui, je laissais sortir cette tension que je ressentais. Je nous voyais le surmonter quand, tout à coup, il me prit la main. Nos yeux se figèrent l'un dans l'autre, puis il me dit : — T'es la femme de ma vie, mais c'est elle la mère de mon enfant. Et un enfant, ça n'a pas de prix. Je le poussai d'un geste brusque, criant de tout mon être. Je mourais de chagrin une énième fois. — Rebecca, calme-toi ! Je courus vers lui, le regard agrandi, troublée, anéantie. — David ! Qu'est-ce que ça veut dire, tout ça ?! Quatre ans ! Quatre ans de vie commune ! Quatre années où tu m'as promis de rester malgré tout. Quatre ans où je t'ai donné de mon amour et de ma personne. Quatre années où on espérait tous les deux enfin avoir nos propres enfants. T'as oublié tout ce qu'on voulait faire à deux ? — REBECCA, ÇA SUFFIT ! Sa voix résonna comme un poignard enfoncé doublement dans la même plaie déjà bien infectée. Je me reculai en arrière... les frissons rendirent mon corps raide. J'étais figée. — OUI ! Et encore oui ! Je nous ai vus grandir, et ces quatre années ont été la preuve de notre amour. Mais comprends-moi, j'en peux plus ! Mes jambes flanchèrent. Je m'agrippai rapidement contre le fauteuil. J'étais dans un mirage... un trou profond sans fin où il n'y avait rien. À part le bruit de mon cœur qui hurlait... qui s'émiettait en mille morceaux... le bruit de mes pensées qui fusaient par milliers. Je ne voulais plus pleurer. Je serrai ma gorge... serrant ma poitrine. C'est à ça que j'en étais réduite après quatre années à espérer. — Avec Stella, c'était un accident, je t'assure... mais elle a totalement eu raison quand elle a dit que j'étais au plus mal. Devant toi, je devais être très fort pour nous... mais au fond j'en souffrais énormément... mais je me devais d'être fort pour nous... Nous, Rebecca. Jamais je n'aurais pensé te faire ça, crois-moi ! Mais j'ai flanché, et aujourd'hui un enfant est en chemin. Que faire ? Faire comme s'il n'existait pas ? Un enfant a besoin de ses deux parents... et je sais que ça te ferait plus de mal que de bien... tu ne mérites pas ça. C'est... c'est la mère de mon enfant. — David, mon fils, dit sa mère qui descendit et le rejoignit. — T'as plus à te justifier... t'as toujours été correct, mais la vie en a décidé autrement. Rebecca, je peux paraître dure, mais tu sais très bien que ce que je dis n'est pas faux. Vous n'êtes plus faits l'un pour l'autre. Tu dois le comprendre. Et si tu l'aimes, laisse-le fonder sa famille. — Maman, Rebecca, c'est ma femme. — David, il va falloir que tu fasses un choix. Soit tu protèges l'équilibre de ton enfant, soit tu te bats pour un mirage... Mes yeux se fermèrent l'instant d'après à ces mots. — David, c'est ton enfant ou elle !! Ses mots me transperçaient. Un coup encore et encore. Mes yeux s'ouvrirent grandement, comme si j'avais reçu un choc électrique. Je m'avançai vers mon sac, puis ma valise. Je me retournai vers la porte... la main sur la poignée, j'arrêtai ce bal de blessures... Et je l'actionnai. — Rebecca ! Le son de la voix de David me pénétra dans la chair. Mais en vain. Je franchis la porte. Et derrière moi, je laissais mes quatre années de mariage. Mon cœur avec. Le monde autour de moi bougeait, mais tout en moi était paralysé. Mes pas étaient faibles. Mon corps avançait sans que je ne contrôle quoi que ce soit. Le vent soufflait si fort que je crus qu'il m'emporterait au loin, bien loin, où je n'aurais plus à penser. Je stoppai le premier taxi. À l'intérieur : — Conduisez-moi dans un hôtel très loin d'ici. Peu à peu, mes yeux se fermaient. Mes bras se relâchèrent. Ma poitrine battait de plus en plus fort... Je n'entendis plus qu'un sifflement dans les oreilles, une voix alertée, criant. Mais je ne parvenais plus à ouvrir mes yeux... Je sombrai dans un trou noir.David :Je l’ai vite reconnue de dos alors que je suis sorti un instant. Elle se tenait face à moi. Mon regard en resta captivé, croyant rêver. Après autant de mois, je ne pensais pas pouvoir la retrouver juste ici, en face de moi. Des souvenirs me sont revenus à l’esprit et ce sentiment d’impuissance que je ressentais lorsqu’elle a appris pour la grossesse de mon ex m’est revenu en puissance. Elle était là, à quelques pas, et je me demandais si j’étais vraiment légitime d’aller vers elle.Tout semblait s’être figé autour de nous. Plus rien n’existait pour moi. J’ai commencé à avancer, un pas après l’autre, jusqu’à elle. Et plus qu’à un toucher d’elle, son parfum, le même, m’a envahi d’un seul coup. Je nous ai tout de suite revus tous les deux, heureux et amoureux.Je ne pouvais plus faire marche arrière. J’ai déjà été lâche une fois et, cette fois-ci, après tant de temps loin d’elle, je me suis rendu compte que j’aurais dû la retenir, faire les choses différemment.Un silence s’empar
La robe était magnifique. Les détails encore plus.Ma vie avait pris un tournant inattendu. D’abord la tristesse de voir mon mariage brisé par mon incapacité à donner naissance, comme on me l’avait bien fait savoir. Puis vint cette confiance qu’Eli avait placée en moi. Cette force qu’elle avait eue pour nous deux m’avait permis de faire éclore ce rêve que j’avais déjà bien enfoui au plus profond de moi. Aujourd’hui, je me retrouvais invitée à des soirées de lancement et j’avais eu la grande opportunité, grâce à M. Ralph qui n’avait pas hésité à me laisser ma chance.Maman. Un autre miracle de Dieu dans ma vie. Et créatrice de mode. Tout ce dont j’avais toujours rêvé. Mes vœux avaient été exaucés ; j’étais prête à vivre intensément ma vie, à regarder droit devant moi, à profiter de tous les fruits de mon travail acharné.Elara m’aida à me préparer pour la soirée. À quelques minutes de notre départ, je descendis et M. Ralph était déjà en bas à m’attendre.Cette lueur dans ses yeux me fi
Le lendemain matin, Elara rentra dans ma chambre en hurlant, les yeux rivés sur son portable. J'étais loin de m'attendre à toute cette déferlante de réactions.— Rea, tu ne vas pas le croire ! s'exclama-t-elle d'une voix stridente d'enthousiasme.Elle se jeta contre le lit près de moi, alors que j'essayais encore de bercer la petite qui venait de terminer sa tétée.— Mais Eli, doucement, tu vas réveiller la petite ! m'exclamai-je à mon tour.— Tiens ! Regarde ! C'est énorme ce qui se passe.Elle me tendit le téléphone et là, je vis les vidéos republiées de la collection, les réactions de gens qui l'aimaient, donnaient leurs avis, et surtout notre site avait doublé de visites. Les gens en redemandaient encore et encore. Des commandes étaient faites.J'avais le cœur qui battait la chamade. Je n'arrivais pas à le croire.— C'est incroyable !— OUIII ! hurla Eli à son tour.— Tu te rends compte, Eli ! Déjà qu'hier je n'en croyais pas mes yeux, ce matin encore j'y crois toujours pas. Je vi
Tout me semblait tellement irréel. J’avais l’impression de rêver tant je ne m’étais jamais permis de rêver aussi grand.J’entrais dans la salle ; les regards braqués sur moi. Je ressentais toute cette vague d’amour qui m’inondait d’un seul coup. Je me suis retournée et mon regard a croisé celui d’Eli qui avait déjà un large sourire avec ses yeux luisants d’émotion.Elle me l’avait dit. Elle avait cru en moi alors que moi je ne voulais pas me permettre d’y croire. Elle a été mon roc. Et ensemble, on a réalisé ce rêve pourtant si loin de nous.Je fis face au public ; j’avais enfin trouvé le courage de les regarder dans les yeux et d’apprécier chaque instant de ce moment.À un moment de la soirée, émerveillée déjà par ces applaudissements auxquels j’essayais encore de m’habituer, à ma gauche la première ligne de femmes se leva et toutes m’acclamèrent encore une fois et cette fois-ci, des rires expressifs et des « félicitations » s’entendaient encore plus fort.— Est-ce pour moi tout ça ?
— Mesdames et messieurs, sans plus tarder, découvrez une collection audacieuse portée par une créatrice engagée, découvrez son concept : FemmeAttitude.Point de vue de RebeccaJ'avais l'impression que mon cœur avait glissé dans mon estomac en entendant le présentateur introduire ma collection.Je ne tenais plus sur place. J'avais les mains qui tremblaient de froid. Heureusement que M. Ralph ne me lâchait pas.— Tout va bien se passer, me disait-il pour me réconforter.Mon regard resta suspendu sur la salle et là, je vis ma première tenue faire son entrée.— Awww ! murmurai-je, la poitrine serrée.Elle marchait magnifiquement bien. Je m'efforçais de rester concentrée sur la tenue mais je ne pouvais m'empêcher de voir les réactions.Coup de malchance, tout le monde restait stoïque... les regards restaient suspendus comme les miens. Et les photographes, eux, se chargeaient bien de prendre les moindres détails de la tenue.J'avais 10 tenues à mon actif et chacune avait une signification p
Point de vue de Ralph GrahamToutes les lumières sont braquées sur moi ; je revenais au-devant de la scène après un an d'absence.Plus d'inspiration ? Je ne sais pas peut-être que c'est ça ou peut-être pas. Enfin, j'ai arrêté de me poser cette question au fil du temps qui passait.Je savais que ce jour était aussi exceptionnel pour moi que pour Madame Rebecca.C'est son 1er défilé et ce clin d'œil que je lui ai fait était pour la rassurer.Moi, j'en ai connu plusieurs et je me souviens bien de mes débuts, de cette chance qu'on m'avait laissée.En découvrant ses tenues sur les réseaux, ça a été le déclic ; ce regain d'enthousiasme et d'excitation m'est revenu d'un seul coup. Ce qu'elle ignore, c'est qu'elle m'a inspiré cette toute nouvelle collection qui marque mon grand retour.Ralph quitta la scène et rentra dans les coulisses où il retrouva Rebecca clouée face à la scène. Son regard semblait figé, luisant au reflet de la lumière qui s'échappait de la salle. Elle ne clignait pas des
Elara, ma petite sœur.Après mon mariage, j'eus déménagé et m'installer à Manhattan avec David où il avait trouvé du travail. En tant que son épouse, après notre mariage, je l'ai suivie. Elara étant encore au lycée, j'eus l'inscrire dans un pensionnat.Elle ne le voulait pas. Rester loin de moi alo
Un poids semblait s'être déposé sur moi.Mes yeux s'ouvrirent progressivement dans une pièce. J'oscillai le regard entre les coins et face à moi, des murs bleus.Je tentai de me relever mais on dirait qu'un poids s'était déposé.— Où suis-je ? murmurai-je tout en essayant de me redresser sur le lit
Je me figeai. Des questions fusaient dans mon esprit.Réagir ou pas ?Je fis marche arrière, le regard confus. Je m'approchai d'elle. Même si elle ne voulait pas me regarder, moi je le faisais.— Maman, l'appelai-je.Elle ne répondit pas.— Maman, m'as-tu dit quelque chose tout à l'heure ? lançai-j
Déjà 19 h, et la douceur de la nuit me rappelait que dans quelques minutes je soufflerais une quatrième bougie depuis notre mariage à ses côtés.J'ai tout préparé ; un dîner aux chandelles, une ambiance chaleureuse et une atmosphère où régnaient sérénité et amour. Cette soirée, pour moi, représenta







