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CHAPITRE 4— LA RENCONTRE

작가: Dledition
last update 게시일: 2026-09-20 23:09:19

Mathis

3 octobre.

Je marche dans les rues de la Croix-Rousse sans savoir pourquoi je suis là, pourquoi je suis venu, pourquoi j'ai quitté le bureau, pourquoi j'ai fui, pourquoi je marche, pourquoi je respire, pourquoi je vis.

Je marche sous la pluie et le froid, au milieu des passants et des cafés et des vies que je ne connais pas, que je ne comprends pas, que j'envie, que je méprise, que je voudrais avoir, que je n'aurai jamais.

Je marche sans but, sans direction, sans raison, parce que je ne peux pas rester, parce que je ne peux pas rentrer, parce que je ne peux pas mourir, pas encore, pas maintenant, pas comme ça.

Je m'arrête devant un café de la Croix-Rousse, un café parmi tant d'autres, un café sans importance, un café comme il y en a des milliers, et je regarde à l'intérieur. Je la vois.

Elle.

Une femme derrière le comptoir qui travaille, qui sert des cafés, qui sourit aux clients. Je ne la connais pas, je ne l'ai jamais vue, je ne sais pas qui elle est, mais quelque chose m'arrête, quelque chose me retient, quelque chose me dit de rester, quelque chose me dit d'entrer.

J'entre. La porte grince. Je m'assieds à une table au fond, près de la fenêtre, et je commande un café noir sans sucre, sans lait, sans rien, comme ma vie, comme mon âme, comme mon cœur.

Je la regarde. Elle ne me regarde pas. Elle travaille, elle sert, elle sourit. Elle ne me regarde pas. Elle ne me voit pas. Je suis invisible, transparent, un client parmi tant d'autres. Je suis personne.

Je sors la photo de Célia et je la regarde, cette femme que je dois épouser, que je ne veux pas, que je hais. Je regarde la photo, Célia, ma mort, ma vie.

Je lève les yeux et je regarde la femme derrière le comptoir. Elle est belle, pas comme Célia, pas comme les autres. Elle est belle vraiment, d'une beauté qui ne s'achète pas, qui ne se calcule pas, qui ne se vend pas, d'une beauté qui me tue, qui me sauve.

Je la regarde et elle ne me regarde pas. Elle travaille, elle sert, elle sourit. Elle ne me regarde pas. Elle ne me voit pas. Je suis invisible, transparent, personne. Je suis tout.

Je bois mon café, chaud, bon, vivant, lentement, en regardant la femme, ses yeux, ses yeux clairs comme le ciel, comme la mer, comme la vie, ses yeux qui me tuent, qui me sauvent.

Je paie, je sors, je marche sous la pluie et le froid, au milieu des passants et des vies. Je rentre, je m'allonge, je fixe le plafond et je pense à elle, à ses yeux, à ses yeux clairs qui ne m'ont pas vu, qui ne me verront jamais.

Je ne dors pas. Je ne dors jamais. Je pense à elle.

Juliette

3 octobre.

Il est entré. Un homme grand, beau, triste. Il s'est assis au fond, près de la fenêtre. Il a commandé un café noir sans sucre, sans lait, sans rien. Il a regardé une photo d'une femme brune, élégante, froide. Il a regardé la photo longtemps, trop longtemps. Puis il a levé les yeux et il m'a regardée. Moi. Pas la photo. Moi.

Je ne le connais pas, je ne l'ai jamais vu, je ne sais pas qui il est, mais quelque chose m'arrête, quelque chose me retient, quelque chose me dit de rester, quelque chose me dit d'aller lui parler, quelque chose me dit de le connaître.

Je ne bouge pas. Je reste derrière le comptoir, je travaille, je sers, je souris. Je ne vais pas lui parler. Je ne dois pas. Je ne peux pas. Je ne veux pas.

Il paie, il sort, il part. Je le regarde partir, marcher, disparaître. Je ne le connais pas, je ne l'ai jamais vu, je ne sais pas qui il est, mais quelque chose me dit que je le reverrai, que je le connaîtrai, que je l'aimerai, que je le haïrai, que je le tuerai, que je le sauverai.

Je rentre, Lucas dort, je mange un plat surgelé sans goût et sans vie, je me couche et je fixe le plafond. Je pense à lui, à ses yeux, à ses yeux sombres, tristes, morts, à ses yeux qui m'ont regardée, qui m'ont vue, qui ne me verront plus.

Je ne dors pas. Je ne dors jamais. Je pense à lui.

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