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Retrait

작가: Moronix
last update 최신 업데이트: 2026-02-12 07:44:49

Le lendemain, Alexei n’est pas venu.

Pas à l’heure prévue en tout cas.

Éliane consulta l’horloge murale une troisième fois.

Huit heures dix.

Huit heures quinze.

Il était ponctuel jusque-là.

Toujours.

Elle referma le dossier qu’elle avait laissé ouvert pour lui.

Ridicule de s’attendre à ce qu’il se présente à la minute exacte.

À huit heures vingt-deux, quelqu’un frappa.

Deux coups brefs.

Elle inspira avant de répondre.

— Entre.

Ce n’était pas lui.

Un défenseur avec une contracture mineure à l’épaule. Séance rapide. Banale. Technique.

Mais son esprit n’était pas totalement là.

À huit heures quarante, alors qu’elle rangeait ses bandes élastiques, la porte s’ouvrit de nouveau.

Alexei entra.

Sans un mot.

Sans ce regard soutenu qu’il avait l’habitude de lui adresser.

— Tu es en retard, dit-elle malgré elle.

— Réunion avec le coach.

Ton neutre. Factuel.

Il s’assit sur la table de traitement, retroussa ses manches.

Il attendit.

Comme un patient ordinaire.

Elle resta une seconde immobile.

Puis s’approcha.

— Poignet ?

— Ça va.

Elle prit son bras.

Professionnelle.

Précise.

Aucune tension dans sa posture. Aucun frisson perceptible.

Il regardait droit devant lui.

Pas elle.

Pas ses mains.

Le contraste la troubla immédiatement.

— Douleur ici ? demanda-t-elle en appuyant légèrement.

— Non.

— Là ?

— Non.

Des réponses courtes.

Claires.

Dépourvues de sous-texte.

Elle changea d’angle pour tester la rotation.

Toujours rien.

— L’inflammation a presque disparu, constata-t-elle.

— Bien.

Silence.

Habituellement, il aurait commenté. Provoqué. Observé.

Aujourd’hui, rien.

Elle posa la bande de kinésiologie sur sa peau, ses doigts effleurant son avant-bras.

Aucune variation dans sa respiration.

Aucun frémissement.

Il semblait ailleurs.

— Tu as bien dormi ? demanda-t-elle, avant de réaliser que la question n’avait rien de médical.

Il tourna légèrement la tête vers elle.

— Oui.

Pas plus.

Elle hocha la tête.

Ridicule.

Pourquoi cherchait-elle une ouverture ?

La séance se termina en moins de vingt minutes.

Il descendit de la table.

— Merci, dit-il.

Poli.

Distant.

Il se dirigea vers la porte.

Pas d’arrêt.

Pas de phrase ambiguë.

Pas de regard appuyé.

La porte se referma doucement derrière lui.

Éliane resta immobile.

Quelque chose s’était déplacé.

Et ce n’était pas lui.

C’était elle.

À l’entraînement, il fut impeccable.

Discipliné.

Appliqué.

Il suivait les consignes de Mathieu sans résistance apparente.

Aucun débordement.

Aucune agressivité excessive.

Il évitait son regard.

Ou peut-être était-ce elle qui cherchait le sien trop souvent.

À un moment, elle crut qu’il allait croiser ses yeux.

Mais il détourna la tête pour écouter le coach.

Un pincement discret se forma dans sa poitrine.

Pourquoi cela la dérangeait-il autant ?

N’était-ce pas exactement ce qu’elle voulait ?

Professionnalisme.

Distance.

Clarté.

Mathieu s’approcha pendant une pause.

— Il a changé, dit-il.

— Qui ?

Il arqua un sourcil.

Elle soupira.

— Il est concentré.

— Il est… contrôlé, corrigea Mathieu.

Elle observa Alexei patiner seul à l’autre bout de la glace.

— C’est bien, non ?

Mathieu la fixa quelques secondes.

— Ça dépend pourquoi.

Elle ne répondit pas.

Parce qu’au fond, elle commençait à comprendre.

Il avait reculé.

Délibérément.

Et elle n’aimait pas ça.

En fin d’après-midi, elle traversait le vestiaire presque vide lorsque la voix d’Alexei s’éleva derrière elle.

— Éliane.

Elle se retourna.

Il était assis sur le banc, les coudes sur les genoux.

Fatigué.

Mais fermé.

— Oui ?

Il hésita.

Une fraction de seconde.

— Je préfère qu’on garde ça strictement professionnel.

La phrase tomba, nette.

Son estomac se contracta.

— C’est déjà le cas.

— Bien.

Silence.

Elle attendit.

Il ne développa pas.

— Si quelque chose t’a mise mal à l’aise hier, ajouta-t-il, je ne veux pas que ça interfère avec ton travail.

Il parlait calmement.

Sans ironie.

Sans double sens.

C’était presque brutal de simplicité.

— Ça n’interfère pas, répondit-elle.

Il hocha la tête.

— Parfait.

Il se leva.

Passa à côté d’elle.

L’espace entre leurs épaules était suffisant pour éviter tout contact.

Volontairement suffisant.

Elle sentit le vide plus que la proximité.

La porte du vestiaire claqua derrière lui.

Elle resta seule.

Strictement professionnel.

C’était elle qui avait exigé des limites.

Pourquoi avait-elle l’impression qu’on venait de lui retirer quelque chose ?

Dans sa voiture, plus tard, elle revit la scène encore et encore.

Sa voix.

Son détachement.

Son absence de regard prolongé.

Il ne jouait pas.

Il ne la provoquait pas.

Il ne la cherchait pas.

Et cela la troublait plus profondément que ses silences brûlants.

Parce que si la tension avait disparu…

Alors tout ce qu’elle avait ressenti venait d’elle.

Uniquement d’elle.

Elle posa la tête contre l’appuie-tête.

Respira.

Peut-être qu’elle avait imaginé les sous-entendus.

Peut-être qu’elle avait confondu intensité et attirance.

Peut-être qu’elle avait voulu qu’il y ait quelque chose.

L’idée la frappa plus violemment qu’elle ne l’aurait cru.

Et si elle avait été la seule à ressentir cette électricité ?

Et si elle avait projeté un désir qui n’existait pas ?

Son téléphone vibra.

Un message.

Mathieu.

Tu rentres bien ?

Simple.

Chaleureux.

Stable.

Elle fixa l’écran quelques secondes avant de répondre.

Oui. Merci.

Elle posa le téléphone sur le siège passager.

Avec Mathieu, elle se sentait vue.

Avec Alexei… elle n’était plus sûre de ce qu’elle était.

Et cette incertitude commençait à l’atteindre plus qu’elle ne voulait l’admettre.

La glace, pensa-t-elle.

Ce n’est pas la fissure visible qui est la plus dangereuse.

C’est celle qu’on imagine.

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