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Glace noir
Glace noir
Author: Moronix

L’arrivée

Author: Moronix
last update publish date: 2026-02-12 00:46:51

L’odeur de la glace frappa Éliane avant même que la porte de l’aréna ne se referme complètement derrière elle.

Un froid sec s’insinua dans ses poumons. Un mélange de métal, d’humidité et de caoutchouc chauffé flottait dans l’air, comme si la glace elle-même respirait à travers les murs de béton. Elle resta immobile quelques secondes dans le couloir, laissant les sons du bâtiment l’atteindre un à un.

Les lames griffaient la surface gelée dans un crissement régulier. Les rondelles claquaient contre les bandes avec des impacts nets, presque violents. Des voix résonnaient, amplifiées par l’écho du bâtiment immense. Tout vibrait déjà malgré l’heure matinale.

Elle inspira lentement.

C’était pour ça qu’elle était venue.

Pas seulement pour le contrat. Pas seulement pour la réputation de l’équipe.

Pour cette énergie brute. Cette tension physique, presque animale, qui n’existait que dans les arénas avant un entraînement.

Elle ajusta la sangle de son sac médical sur son épaule et s’avança vers la baie vitrée qui surplombait la glace.

L’entraînement avait déjà commencé.

Les joueurs se déplaçaient à pleine vitesse, leurs silhouettes découpées par la lumière blanche suspendue au plafond. Les corps se heurtaient dans un ballet brutal et précis. Les épaules cognaient, les patins creusaient des sillons dans la surface parfaite.

Un tir partit du cercle gauche et frappa la barre du filet avec un son métallique sec.

Éliane observa automatiquement les appuis.

Un ailier compensait légèrement sur la jambe droite.

Un défenseur ouvrait trop son bassin en pivotant.

Un centre tirait visiblement sur son fléchisseur de hanche.

Déformation professionnelle.

Elle ne regardait jamais un sport comme les autres.

Elle voyait les failles.

Les déséquilibres.

Les blessures à venir.

— Impressionnant, hein ?

La voix grave derrière elle la tira de son analyse.

Elle se retourna.

Mathieu Gagnon se tenait à quelques pas.

Même sans son équipement complet, il imposait naturellement. Grand, épaules larges, posture droite mais détendue. Il portait un simple pantalon d’entraînement et un chandail sombre qui collait légèrement à son torse encore humide d’effort.

Mais ce n’était pas seulement sa carrure qui attirait l’attention.

C’était sa présence.

Stable.

Calme.

Comme si rien ne pouvait vraiment l’ébranler.

Son regard brun était attentif, presque chaleureux, mais sans la moindre intrusion.

— Tu dois être la nouvelle physio, dit-il en s’approchant.

Il tendit la main.

Son geste était simple. Direct.

Éliane la serra.

Sa paume était large et calleuse, chaude malgré l’air froid de l’aréna.

Une main habituée aux chocs.

— Éliane Moreau.

— Mathieu.

Il désigna la glace d’un mouvement de tête.

— Capitaine de cette bande d’incontrôlables.

Un sourire discret étira ses lèvres. Pas arrogant. Plutôt amusé.

— Si tu tiens deux semaines ici, ajouta-t-il, c’est que tu es faite pour nous.

Éliane arqua un sourcil.

— C’est un défi ?

— Non.

Son regard glissa brièvement vers la glace.

— Un avertissement amical.

Un choc plus violent que les autres interrompit la conversation.

Un joueur venait de projeter un coéquipier contre la bande avec une intensité qui dépassait clairement l’exercice.

Les deux tournèrent la tête.

Même de dos, il se distinguait immédiatement.

Plus large.

Plus massif.

Sa manière de patiner avait quelque chose de plus brutal que les autres, comme si chaque mouvement contenait une énergie prête à exploser.

Quand il retira son casque, ses cheveux sombres, humides de sueur, retombèrent légèrement sur son front.

Ses traits étaient durs.

Presque sculptés à la serpe.

Il ne riait pas avec les autres.

Il ne parlait pas.

Il observait.

Et quand son regard trouva celui d’Éliane derrière la vitre…

Le temps sembla ralentir.

Il ne détourna pas les yeux.

Pas immédiatement.

Son regard était sombre.

Pas surpris.

Pas curieux.

Évaluateur.

Comme s’il cherchait à comprendre ce qu’elle faisait là.

Un frisson inattendu remonta le long de l’échine d’Éliane.

— Alexei Volkov, dit Mathieu calmement derrière elle.

Comme s’il avait suivi son regard.

— Notre meilleur attaquant.

Il marqua une pause.

— Et notre plus gros problème.

Éliane continua d’observer l’homme sur la glace.

— Problème ?

Mathieu hésita légèrement.

— Disons qu’il joue comme s’il avait quelque chose à prouver.

Son regard restait fixé sur Alexei.

— Tout le temps.

Sur la glace, Alexei échangea quelques mots secs avec un coéquipier. Le joueur haussa les épaules avant de s’éloigner.

Alexei resta immobile quelques secondes.

Puis il leva de nouveau les yeux vers la vitre.

Vers elle.

Cette fois, son regard glissa lentement sur sa silhouette.

Pas vulgaire.

Pas déplacé.

Mais précis.

Comme s’il enregistrait chaque détail.

Éliane sentit sa respiration se modifier malgré elle.

Ridicule.

Elle avait travaillé avec des équipes professionnelles avant. Des ego, des tempéraments explosifs, des joueurs blessés et colériques.

Mais quelque chose chez lui était différent.

Plus brut.

Plus imprévisible.

— Il n’aime pas les nouveaux visages, reprit Mathieu.

— Encore moins quand ils ne viennent pas du hockey.

— Je viens du sport de haut niveau, répondit-elle calmement.

Mathieu la regarda avec un intérêt nouveau.

— Bien.

Un léger sourire apparut.

— Parce qu’ici, ils vont te tester.

Comme pour confirmer ses paroles, l’entraînement prit fin.

Les joueurs quittèrent la glace dans un mélange de cris, de rires et de coups de patins contre le béton.

Quelques minutes plus tard, la porte du vestiaire s’ouvrit, laissant échapper un nuage de vapeur et l’odeur forte de l’effort.

Éliane inspira discrètement.

Première impression.

Toujours cruciale.

Mathieu posa brièvement une main dans son dos pour l’inviter à avancer.

Le geste était léger. Respectueux.

Mais étrangement protecteur.

Le vestiaire se fit légèrement plus silencieux lorsqu’ils entrèrent.

Les regards se tournèrent vers elle.

Certains curieux.

D’autres amusés.

Quelques-uns franchement sceptiques.

Alexei, lui, resta assis sur le banc, les avant-bras appuyés sur ses cuisses, une serviette autour du cou.

Et il ne la quittait pas des yeux.

Mathieu prit la parole.

— Les gars, voici Éliane Moreau. Nouvelle physio de l’équipe.

Il croisa les bras.

— Vous la respectez autant que vous me respectez. C’est clair ?

Un rire éclata au fond du vestiaire.

— Donc pas du tout ?

Quelques joueurs rirent.

L’ambiance se détendit légèrement.

Éliane s’avança vers la table de traitement, posant calmement son sac.

Elle sentit les regards suivre chacun de ses gestes.

Très bien.

Elle en avait vu d’autres.

Elle se tourna vers eux.

— Je ne suis pas ici pour vous materner, dit-elle d’une voix calme. Je suis ici pour vous garder sur la glace.

Un silence se fit.

— Si vous coopérez, je peux prolonger vos carrières.

Elle croisa les bras.

— Si vous jouez aux héros, je vous regarderai vous détruire tout seuls.

Un sifflement admiratif se fit entendre quelque part derrière elle.

Mathieu esquissa un sourire discret.

Mais Alexei, lui, se leva.

Lentement.

Il s’approcha.

Un pas.

Puis un autre.

Le vestiaire sembla devenir légèrement plus silencieux à mesure qu’il avançait.

Quand il s’arrêta devant elle, il était trop près.

Éliane pouvait sentir la chaleur de son corps encore humide d’effort. L’odeur de la glace mêlée à celle de la sueur et du métal.

Ses yeux étaient plus sombres de près.

Presque noirs.

— On verra, dit-il simplement.

Son accent était léger.

Sa voix basse. Rugueuse.

Éliane soutint son regard.

— J’ai hâte.

Un éclat passa dans les yeux d’Alexei.

Pas un sourire.

Quelque chose de plus tranchant.

Un défi.

Puis il se détourna sans un mot de plus et retourna à son casier.

Le vestiaire reprit lentement vie autour d’eux.

Mais Éliane resta immobile quelques secondes.

Son cœur battait un peu trop vite.

Ridicule.

Ce n’était que le premier jour.

Pourtant, elle percevait déjà les lignes invisibles qui se dessinaient autour d’elle.

Mathieu.

La stabilité.

La chaleur rassurante.

Et Alexei.

La tempête.

L’imprévisible.

Le genre d’homme qui pouvait fissurer un équilibre sans même le vouloir.

Elle posa les mains sur la table de traitement pour s’ancrer.

Elle était venue pour sa carrière.

Pour prouver qu’elle pouvait travailler au plus haut niveau.

Elle n’était pas venue pour être happée par des regards trop intenses.

Pas venue pour devenir le point d’équilibre fragile entre deux forces opposées.

Sur la glace désormais vide, les lumières se reflétaient parfaitement, comme sur une surface immobile.

Mais Éliane savait une chose.

La glace semble toujours solide.

Jusqu’au moment précis où elle cède.

Et quelque chose lui disait qu’ici…

la surface était déjà beaucoup plus mince qu’elle ne l’imaginait.

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