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Chapitre 9 : La marque du cœur

Author: zinerom
last update Last Updated: 2025-11-12 02:24:27

La marque du cœur

Le lendemain du serment, le vent ne vint pas.

Pour la première fois depuis des lunes, la vallée d’Afella connut un vrai silence.

Pas celui de la peur, ni celui du deuil — un silence suspendu, vibrant, comme si le monde retenait son souffle.

Mais à midi, quelque chose changea.

Hassan travaillait près du figuier, réparant la margelle du puits.

Quand il posa la main sur la pierre, un frisson le traversa — non de froid, mais de chaleur.

Sous sa paume, la roche palpita, doucement, au rythme de son propre cœur.

Il retira sa main, surpris, et vit une trace : une spirale fine, rouge, gravée dans la peau.

Aïcha, qui observait de loin, s’approcha lentement.

— Elle t’a marqué, dit-elle.

— Qui ?

— Le vent. Ou elle. Peut-être les deux ne font-ils plus qu’un.

Hassan ne répondit pas.

La marque brûlait, mais sans douleur.

C’était une chaleur qui semblait vivante, qui battait.

Chaque fois qu’il respirait, la spirale brillait un peu plus.

— Que veut dire ce signe ? demanda-t-il.

Aïcha sourit tristement.

— Qu’il n’y a plus de séparation. Le cœur des hommes et celui du vent battent ensemble.

— Et Tislin ?

— Elle est la mémoire. Toi, tu es la main. Et désormais, quand l’un agit, l’autre se souvient.


Dans la maison du cheikh, Tislin était allongée, paisible.

Sa respiration était lente, profonde.

Sous la lumière du matin, on voyait à travers sa peau une lueur semblable à celle de Hassan — une spirale rouge, battant à chaque souffle.

Le cheikh Amghar priait à son chevet.

— Seigneur, si c’est un don, garde-la. Si c’est un fardeau, partage-le avec moi.

Mais le vent ne répondit pas.

Au dehors, les villageois commençaient à sentir les changements.

Les feuilles du grenadier s’ouvraient à minuit.

L’eau du puits avait pris le goût du miel.

Et les animaux, la nuit, fixaient la montagne comme s’ils y voyaient une lumière.

Les anciens dirent :

“Le serment du souffle a relié les mondes.”

“La montagne écoute, désormais.”

“Et celui qui ment devant le vent perd sa voix.”


Un soir, Hassan sentit la marque battre plus fort.

Le vent s’était levé, doux, presque tendre.

Il entendit un murmure, clair et familier :

“Tu me sens, Hassan ?”

Il se figea.

C’était sa voix. Celle de Tislin.

Mais elle venait de l’intérieur, de son propre souffle.

— Oui, murmura-t-il.

— Ne crains pas. Le vent parle à travers toi maintenant.

— Et toi ? Où es-tu ?

— Dans le cœur du monde. Là où ton souffle me porte.

Une larme coula sur sa joue.

La marque rouge se mit à luire plus fort, dessinant une lumière circulaire autour de lui.

Le vent fit danser la poussière, et pendant un instant, il vit son ombre se fondre avec celle du figuier — une seule forme, deux cœurs battants.

Aïcha, témoin de la scène, posa la main sur le sol.

— Voilà, dit-elle. Le vent a trouvé un chemin.

— Vers où ? demanda Si Belaïd.

— Vers ce qui respire encore.

Et au loin, sur la crête, la montagne vibra d’un souffle long, calme, humain.

La marque du cœur venait de s’étendre au monde.

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