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Chapitre 9 : Le contrat de mariage 2

Author: Déesse
last update publish date: 2026-08-18 02:31:33

Elle sentait le poudré, la violette, le vieux cuir.

— Isadora, tu vas voir. Nous allons prendre soin de toi, à notre manière. Bienvenue chez les Vane.

Isadora tourna la tête et la regarda. Elle vit, dans les yeux de Bérénice, quelque chose que son père, une heure plus tôt, avait complètement manqué : Bérénice ne détestait pas sa nouvelle belle-fille. Bérénice ne l'aimait pas non plus. Bérénice, tout simplement, l'avait déjà classée, rangée, étiquetée, comme on range un bibelot ancien dans une v
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    La suite avait été décorée par Bérénice. Rideaux de soie ivoire, lit à baldaquin immense, cheminée allumée bien qu'on fût en juin. Sur la table basse, une bouteille de champagne dans un seau, deux flûtes, un plateau de macarons. Une carte, comme dans un hôtel. Isadora vit, en passant, la signature au bas de la carte. Bérénice. Toujours Bérénice.Raphaël enleva sa veste, défit son nœud papillon, s'assit au bord du lit, la nuque un peu penchée, les coudes sur les cuisses. Il ne la regarda pas.— Isadora.Elle attendit.Il prit son temps. Il chercha ses mots. Quand il parla, ce fut avec une politesse presque douloureuse à entendre.— Isadora, nous nous connaissons peu. Nous n'avons pas choisi ce mariage, ni toi ni moi. Il arrange nos familles. Il ne nous arrange pas nous. Je ne veux pas te mentir. Je ne suis pas amoureux de toi. Tu ne l'es pas de moi. Je ne crois pas que nous nous mentirons jamais là-dessus.Il leva enfin la tête. Ses yeux étaient tristes. Pas cruels. Tristes. C'était pi

  • ISADORA , LE RÉVEIL D'UNE REINE    Chapitre 9 : Le contrat de mariage 2

    Elle sentait le poudré, la violette, le vieux cuir.— Isadora, tu vas voir. Nous allons prendre soin de toi, à notre manière. Bienvenue chez les Vane.Isadora tourna la tête et la regarda. Elle vit, dans les yeux de Bérénice, quelque chose que son père, une heure plus tôt, avait complètement manqué : Bérénice ne détestait pas sa nouvelle belle-fille. Bérénice ne l'aimait pas non plus. Bérénice, tout simplement, l'avait déjà classée, rangée, étiquetée, comme on range un bibelot ancien dans une vitrine avec un petit carton, en attendant qu'un jour on décide, ou pas, de s'en débarrasser.Isadora ne répondit pas. Elle sortit du parapluie et marcha dans la pluie, seule, jusqu'au métro Villiers, ses cheveux qui se défaisaient, son tailleur qui pesait de plus en plus lourd, et cette petite lampe basse, dans sa tête, qui restait allumée sur l'article douze.Deux virgule cinq pour cent.Elle ne le savait pas encore. Personne ne le savait encore. Mais l'arme qui, cinq ans plus tard, ferait basc

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    Le rendez-vous chez le notaire fut fixé trois semaines plus tard, un lundi matin, dans une étude du huitième arrondissement, boulevard Malesherbes. Il pleuvait aussi ce jour-là, mais d'une pluie de Paris, sale, oblique, qui salissait les manteaux avant qu'on ait passé la porte. Isadora arriva en tailleur noir, cheveux relevés, sans bijou. Elle avait vingt-trois ans et quelques semaines, et elle avait décidé, ce matin-là, qu'elle ne sourirait pas une seule fois.L'étude sentait le cuir, la cire, le café refroidi. Une secrétaire à chignon les fit entrer dans une salle de réunion tendue de velours vert bouteille. La table était longue, vernie, éclairée par un lustre à cinq branches. Autour de la table, en désordre, les gens de la vie d'Isadora se rangeaient sans se saluer.Son père, à sa gauche, blanc comme un drap, en costume trois pièces qu'il n'avait pas remis depuis l'enterrement de sa femme. Le notaire, en face, un homme aux cheveux gris coupés très court, dossier ouvert. Un avocat

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    Il ne leva pas les yeux du cuir.— Père, dit-elle encore. Je ne suis pas un tonneau de vin.Alors il la regarda.Elle vit dans ses yeux quelque chose qu'elle n'avait jamais vu chez lui, quelque chose qu'elle ne reverrait plus jamais chez personne : un homme brisé qui essayait, malgré tout, d'être encore un père. Ses lèvres tremblèrent. Il tenta un sourire. Le sourire ne prit pas.— Non, ma fille, dit-il très bas. Tu n'es pas un tonneau. Tu es la dernière caisse qui flotte.Cette phrase entra dans Isadora comme une lame. Elle entra proprement, sans faire de bruit, et resta plantée quelque part sous la clavicule, à l'endroit où l'on ne peut plus jamais retirer certaines choses. Cinq ans plus tard, la nuit du gala, dans la robe grise, cette phrase serait encore fichée exactement au même endroit, entre les côtes, comme un éclat qu'aucun chirurgien n'oserait extraire.Elle ne pleura pas. Elle avait déjà, à vingt-trois ans, cette pudeur qui allait plus tard devenir son armure. Elle regarda

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    Elle se dit, très bas, pour elle-même : — Demain, huit heures. Elle se dit aussi, encore plus bas, presque pour Atalante : — Tiens-moi jusque-là. Et quelque part, très loin, elle crut entendre, dans la maison qui craquait, un pas, un seul, dans le couloir des glaces, sous le grand trumeau qu'elle venait de traverser les yeux fermés. Un pas qui n'était pas le sien. Cinq ans plus tôt. Un après-midi de novembre. La salle à manger du domaine Meunier. Novembre, cette année-là, avait été précoce. Les vignes étaient nues depuis la mi-octobre. Le vent d'ouest arrachait les dernières feuilles rousses des chênes du parc et jetait sur les vitres du salon des poignées de pluie fine, dure, méchante. La maison Meunier, elle, avait cent quatre-vingts ans. Elle avait tenu deux guerres, un phylloxéra, trois faillites d'associés, une inondation. Elle allait, cet après-midi-là, tomber en une signature. Isadora avait vingt-trois ans. Elle portait un pull marine à col rond, un jean, des mocassins

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    Isadora leva les yeux, lentement. Le cœur, dans sa poitrine, venait de manquer un battement. Solange savait, pour le miroir. Solange savait pour l'itinéraire. Solange savait peut-être pour le carnet. Depuis combien de temps ? Depuis quand la maison d'en dessous, la maison des couloirs de service et des offices, avait-elle commencé à la regarder, elle, la maîtresse invisible du dessus ?Elle ouvrit la bouche pour poser une question. Solange ne lui en laissa pas le temps. Elle inclina la tête, ramassa le verre, tourna les talons et sortit, verrou déclipsé, porte refermée, tablier lisse.Isadora resta seule au milieu du vestiaire.Elle sentit alors, très nettement, sans le comprendre, que la soirée qui l'attendait dehors n'était plus la même que celle qu'elle avait quittée dix minutes plus tôt.Quelque chose avait changé. Une main venait de se poser sur son épaule. Une main qu'elle ne voyait pas.Elle se releva, lissa la robe grise sur ses hanches et rouvrit la porte.Le couloir de servi

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