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CHAPITRE 14 – Les silences qui tuent

ผู้เขียน: L'encre
last update วันที่เผยแพร่: 2026-07-13 19:17:39

Le vendredi, elle craqua. Ce fut un craquement léger, presque imperceptible, comme une branche qui se brise sous le poids de la neige. Éric était rentré tard, une fois de plus. Il avait dîné en ville, une fois de plus. Il s’était glissé dans le lit sans un mot, une fois de plus. Et Nina, allongée dans le noir, les yeux grands ouverts, avait soudain senti quelque chose se déchirer en elle.

Elle se leva doucement, pour ne pas le réveiller, et descendit au salon. Elle s’assit sur le canapé, dans l’obscurité totale, et elle pleura. Elle pleura sans bruit, les mains sur le visage, les épaules secouées de sanglots silencieux. Elle pleura sur sa solitude, sur son impuissance, sur cet amour qu’elle donnait sans recevoir. Elle pleura sur les trois années qu’elle avait sacrifiées, sur les robes de mariée qu’elle n’oserait plus essayer, sur les enfants qu’elle n’aurait peut-être jamais.

Elle pleura longtemps, très longtemps, jusqu’à ce que l’aube commence à poindre derrière les rideaux. Puis elle s’essuya les yeux, se moucha, et remonta se coucher sans faire de bruit. Éric dormait toujours, paisible, le visage détendu, les traits lisses. Il n’avait rien entendu. Il n’avait rien senti. Il ne savait rien. Il ne savait jamais rien.

Le samedi matin, Nina se réveilla avec une résolution nouvelle. Elle allait parler à Esther. Elle allait tout lui raconter. Les silences. Les absences. Les rires qu’elle avait surpris dans la rue. Les messages effacés. Les appels furtifs. Elle avait besoin d’un regard extérieur, d’un avis objectif, de quelqu’un qui lui dirait si elle devenait folle ou si ses soupçons étaient fondés.

Elle prit son téléphone et composa le numéro d’Esther. Cette fois, elle ne raccrocha pas avant que son amie ne décroche.

— Allô, Nina ? Qu’est-ce qui se passe ? Tu as une drôle de voix.

— Esther, il faut que je te parle. Il se passe des choses étranges avec Éric.

— Quel genre de choses ?

— Je ne peux pas t’en parler au téléphone. C’est trop compliqué. Tu peux venir ? Ou je peux passer chez toi ?

— Viens chez moi. Tout de suite. Je t’attends.

Nina raccrocha, s’habilla en hâte, attrapa son manteau et sortit. Éric était dans le jardin, assis sur le banc sous le vieux tilleul, un livre à la main. Il ne leva pas les yeux quand elle passa.

— Je vais chez Esther, dit-elle en s’arrêtant à sa hauteur. Je ne sais pas quand je rentrerai.

— Très bien, répondit-il sans lever les yeux.

Elle attendit quelques secondes, espérant un geste, un regard, un mot. Mais rien ne vint. Alors elle tourna les talons et s’éloigna dans l’allée, le cœur lourd, les yeux secs. Elle n’avait plus de larmes. Elle les avait toutes versées la nuit précédente.

Le ciel était gris, bas, chargé de nuages. Le vent soufflait par rafales, soulevant les feuilles mortes qui tourbillonnaient sur le trottoir. Nina marchait vite, les mains dans les poches, la tête rentrée dans les épaules. Elle pensait à Esther. Esther saurait quoi faire. Esther saurait quoi dire. Esther avait toujours su.

Mais au fond d’elle, dans cette région obscure où elle n’osait presque plus descendre, Nina savait déjà ce qu’Esther allait lui dire. Elle savait déjà ce qu’elle-même refusait d’admettre depuis des mois. Elle savait que quelque chose était en train de mourir. Quelque chose de grand, de beau, d’essentiel. Et elle savait aussi qu’elle n’était pas prête à le voir mourir. Pas encore. Pas aujourd’hui. Peut-être jamais.

Mais l’alarme continuait de sonner. De plus en plus fort. De plus en plus clair. Et bientôt, elle ne pourrait plus l’ignorer.

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