LOGINLorenzo
Le dossier de Paolo est complet. Trop complet. Je sais maintenant tout de la vie d'Aude : son enfance sans père, son frère adoré, sa carrière solitaire, ses amitiés rares. Je sais qu'elle n'a pas eu d'homme sérieux depuis des années. Je sais qu'elle dort du côté gauche du lit, qu'elle a une cicatrice sur le genou droit d'une chute à vélo quand elle avait douze ans, qu'elle déteste l
— Merci. Merci de m'avoir sauvé. Merci de ne pas avoir fui. Merci d'avoir vu au-delà du monstre. Merci d'avoir aimé Lorenzo, l'homme, pas Cavalieri, le chef de clan. Merci d'être restée quand tout était sombre, quand j'étais blessé, quand j'étais brisé, quand je n'étais plus rien.— Tu n'as jamais été rien. Même au pire, même dans la haine et la violence, tu étais quelqu'un. Un père. Un fils. Un homme capable de changer.— Grâce à toi. Uniquement grâce à toi.Il lâche mes mains, il caresse mes joues du bout des doigts, il repousse une mèche de cheveux derrière mon oreille. La lune éclaire son visage, je vois ses yeux briller, je vois sa cicatrice sur sa lèvre, je vois cette fossette qu'il a quand il sourit.— Madame Lorenzini, murmure-t-il.
Elle m'embrasse encore, un baiser rapide, volé, un baiser de jeune mariée qui ne veut pas s'éloigner de son époux. Puis elle reprend ma main, et nous retournons vers les invités, vers la musique, vers les rires, vers la fête qui commence.Et tout au long de l'après-midi, tout au long des discours et des toasts et des danses maladroites sur la terrasse, je garde sa main dans la mienne. Je la regarde rire, je la regarde parler, je la regarde être heureuse. Et je me répète, en boucle, comme une litanie, comme une prière, comme une incantation :Elle est ma femme. Je suis son mari. Et nous avons toute la vie devant nous.---AudeLa fête s'étire, douce et joyeuse, comme un crépuscule d'été qui n'en finit pas de mourir.Les invités dansent sur la terrasse, les femmes ont retiré leurs chaussures, le
LorenzoLe jardin est transfiguré.Sous la glycine centenaire qui croule de fleurs mauves et blanches, les chaises ont été disposées en demi-cercle, leurs dossiers de bois ornés de rubans ivoire. Une allée d'herbe fraîchement tondue mène à l'autel de fortune, une simple table recouverte d'un drap blanc, sur laquelle sont posés deux cierges et un bouquet de lavande. Le prêtre attend, debout, les mains croisées sur son missel. C'est un vieil ami de la famille, le père Giuseppe, qui m'a baptisé il y a quarante ans, qui a enterré ma grand-mère, qui a béni le corps d'Isabella avant la fermeture du cercueil. Il a connu toutes les étapes de ma vie, les lumineuses et les sombres, et il a accepté de célébrer ce mariage sans poser de questions, sans exiger de confession préalable, sans me juger.— Tu es
La coiffeuse arrive, une jeune femme souriante avec une valise pleine de brosses et de pinces. Elle m'installe devant le miroir, elle commence à travailler mes cheveux, à les brosser, à les lisser, à les relever en un chignon souple d'où s'échappent quelques mèches folles. Ma mère tourne autour de nous, inutile et affairée, me tendant une épingle, me conseillant un peu plus de volume sur le côté. Sofia s'est assise sur le lit, elle regarde, elle sourit.— Tu es nerveuse ? demande-t-elle.— Non. Pas du tout. C'est étrange, non ?— Très étrange. La plupart des mariées sont terrifiées. Elles tremblent, elles pleurent, elles ont envie de vomir.— Je ne suis pas la plupart des mariées. J'ai déjà survécu à un enlèvement, une fusillade, un incendie, et deux nuits en garde à
Je me glisse hors du lit avec des précautions infinies, centimètre par centimètre, pour ne pas le réveiller. Le plancher grince sous mes pieds nus, la fraîcheur du carrelage dans le couloir me fait frissonner. La maison est encore silencieuse, mais je sais que dans moins d'une heure, elle s'éveillera dans un tourbillon d'agitation, de robes à enfiler, de fleurs à disposer, de derniers préparatifs fébriles. Pour l'instant, je profite de ce calme, de cette solitude, de cette parenthèse avant le grand saut.Je descends à la cuisine, je me prépare un café, je m'assois sur le tabouret près de la fenêtre. Le jardin baigne dans la lumière rasante du matin, les rosées brillent sur l'herbe comme des diamants, les oiseaux chantent dans les cyprès. Je bois mon café à petites gorgées, je regarde le soleil monter lentem
Il se penche, il pose ses lèvres sur les miennes. Un baiser léger, presque chaste, un baiser d'avant le mariage, un baiser de promesse. Ses lèvres goûtent le vin que nous avons bu au dîner, un Chianti rouge et fruité, et le désir, ce désir toujours présent entre nous, ce désir qui ne s'éteint jamais.— Alors promettons-nous, dit-il en s'écartant légèrement. Pas les vœux officiels, pas ceux que nous prononcerons devant le prêtre demain. Des vœux juste pour nous. Des vœux de la veille. Des vœux secrets.— Des vœux secrets ? Comme des enfants qui font un pacte sous la lune ?— Exactement. Comme des enfants. Comme deux enfants qui ne veulent pas dormir et qui se racontent des histoires sous la couverture.Il s'assied dans le lit, le dos calé contre les oreillers, et je me blottis contre lui, ma tête
Léon Un seul mot, tout aussi rauque.Le 5ème étage. Le temps presse.Je prends une inspiration, un semblant de courage absurde dans cette situation. Je fais un demi-tour complet pour lui faire face.— On a oublié les présentations, hier. Dans la confusion, dis-je, essayant un ton détaché qui sonne
LEONL’hôtel semble avoir changé d’atmosphère pendant la nuit. L’air conditionné a un goût de poussière, les tapis roses dégagent une odeur de renfermé. Mes bagages sont faits, posés près de la porte. Un vol dans trois heures. Une vie à reprendre, comme si de rien n’était.Je n’ai pas dormi. Mon co
EmmaNous ne nous embrassons plus. Nous haletons bouche à bouche, échangeant l’air vicié, le goût de l’autre. La sueur coule en ruisseaux, mélange nos odeurs en un parfum unique, animal, indécent. Je vois défiler dans ses yeux gris chaque pensée interdite, chaque fêlure, chaque dévoration. Il voit
LEONLe goût de sa bouche est une addiction instantanée. Un mélange de baume fruité et de sel, d’urgence et de consentement muet. Mes mains sur ses hanches la soulèvent comme si elle ne pesait rien, et le choc de son corps contre le miroir fait vibrer toute la cage. Le reflet dans la lumière rougeâ







