ANMELDENSOFIA
L'idée est venue un matin, comme une évidence. Une de ces évidences qui vous frappent en pleine figure, vous réveillent, vous secouent, vous obligent à agir.
Je préparais mon café. Je regardais les murs de l'atelier, trop petits, trop blancs, trop limités. Je regardais mes plans étalés sur la table, mes crayons usés, mes nuits de travail.
Et soudain, j'ai su.
– Je
SOFIALa soirée est organisée par la Fondation B. Une grande réception dans un palace du 8e arrondissement, des lustres en cristal qui valent plus que mon agence, des tapis rouges où l'on glisse comme sur de la glace, des gens en costard qui parlent fort et rient faux.Je suis invitée. En tant qu'architecte du projet. En tant que chef d'entreprise. En tant que Sofia Morel, enfin. Pas la fille de ménage. Pas la petite amie. Pas la femme de. Moi.Marcus est à mes côtés. Costume noir, cravate argent, le sourire des grands soirs. Il a payé ma robe, une robe bleue, longue, fluide, qui épouse mes formes sans les trahir. Je me sens belle. Je me sens légitime. Je me sens à ma place.– Prête ? demande-t-il.– Prête.– Tu es magnifique.– Toi aussi.– Moi, je suis juste à côt&eacut
Les travaux commencent la semaine suivante.Je supervise tout. Les peintres, les électriciens, les plombiers. Les menuisiers, les carreleurs, les vitriers. Je choisis chaque matériau, chaque couleur, chaque lumière. Je suis partout, tout le temps, les yeux qui brûlent, les mains qui tremblent, le cœur qui bat.Marcus vient me voir tous les soirs.Il arrive après le travail, apporte à manger, des pizzas, des sushis, des sandwichs. On mange par terre, au milieu des outils, des gravats, des rêves. On parle des travaux, de l'agence, de l'avenir.– C'est beau, dit-il un soir.– Pas encore.– Si. C'est toi. C'est toi qui es belle. L'agence, c'est ton reflet.– Arrête, tu vas me faire rougir.– C'est le but.Il m'embrasse. Ses mains sont sales, les miennes aussi. On se salit l'un l'autre, on se mélange, on se confond.
Il sourit. Ce sourire. Celui qui me fait fondre depuis le premier jour.– Tu es incroyable, Sofia. Tu sais ça ?– Je sais.– Tu pourrais accepter mon argent sans condition. Je te l'offre. Je te le donne. Je te le jette à la tête. Tu n'aurais rien à faire, rien à signer, rien à rembourser.– Je ne veux pas qu'on me donne. Je veux qu'on me prête. Qu'on me fasse confiance. Qu'on croie en moi.– Je crois en toi.– Alors prête-moi l'argent.Il le fait.Il sort son chéquier de sa poche intérieure, celui qu'il ne montre jamais, celui des grands jours. Il pose le carnet sur la table, sort son stylo, écrit un chiffre.Un chiffre énorme. Un chiffre qui change ma vie. Un chiffre qui me fait peur et qui me fait rêver en même temps.– C'est trop, je dis.– C'est ce qu
SOFIAL'idée est venue un matin, comme une évidence. Une de ces évidences qui vous frappent en pleine figure, vous réveillent, vous secouent, vous obligent à agir.Je préparais mon café. Je regardais les murs de l'atelier, trop petits, trop blancs, trop limités. Je regardais mes plans étalés sur la table, mes crayons usés, mes nuits de travail.Et soudain, j'ai su.– Je vais monter ma boîte.Je me suis dit ça à voix haute. Toute seule. Dans la cuisine de l'atelier.– Ma propre agence. Mon nom. Mon travail. Ma vie.Le silence de l'atelier n'a pas répondu. Mais quelque chose en moi a résonné. Une certitude ancienne, enfouie, libérée.Je m'assieds à ma table. Je prends une feuille blanche, la plus belle, celle que je gardais pour les grands projets. J'écris.
Il entre en moi. Doucement. Profondément. Comme une évidence. Comme une certitude.Je sens son souffle, ses mains, son cœur battre contre le mien. Nos corps s'emboîtent, s'épousent, se fondent.– Je t'aime, dit-il.– Je t'aime.On bouge ensemble, au rythme de nos retrouvailles. Chaque mouvement est une redécouverte. Chaque caresse est un souvenir réactivé. Chaque baiser est une promesse renouvelée.Il ralentit. Me regarde. Ses yeux sont brillants, humides, presque douloureux.– Qu'est-ce qu'il y a ? je demande.– Rien. Je te regarde. C'est tout.– Arrête, tu vas me faire pleurer.– Pleure. Je suis là. Je te rattraperai.Je pleure. Des larmes silencieuses, chaudes, libératoires. Il les essuie du bout des doigts. Il les boit. Il les aime.– Tu es là, dit-il.&n
Le dernier mois passe comme un rêve. Je termine mon projet. Je le présente au festival. Les gens l'aiment. Ils l'adorent. Ils l'achètent.On me propose des contrats. Des collaborations. Des rêves.Pablo m'embrasse sur la joue. Elin me fait promettre de revenir. Les autres résidents organisent une fête d'adieu où l'on boit trop de cava et où l'on danse jusqu'à trois heures du matin.Mais tout ce que je vois, c'est lui. Son visage quand il m'a dit au revoir. Ses mains sur mon corps. Sa voix dans la nuit. Ses yeux quand il me regarde. Son sourire quand il me voit.Jour 180. Je rentre. Je ne sais pas ce qui m'attend. Je sais seulement que je l'aime. Que je l'ai aimé chaque jour, chaque nuit, chaque heure de ces six mois. Que la distance n'a rien détruit. Qu'elle a tout renforcé. Qu'elle a fait de nous ce que nous sommes. Deux êtres séparés par mi
Il marque un silence. Un long silence. Je l'entends respirer, bouger, peut-être pleurer.– Je dis que c'est dur. Que j'ai mal. Que j'ai peur.– Peur de quoi ?– De te perdre.– Tu ne me perdras pas.– Tu ne peux
Les premières semaines sont les plus dures. Je découvre Barcelone, ses ruelles étroites du quartier gothique, ses marchés colorés où l'on vend du poisson encore vivant, sa mer immense qui semble avaler l'horizon. Je travaille, je dessine, je
SOFIABarcelone me réveille avec sa lumière. Une lumière dure, blanche, aveuglante, qui ne ressemble à rien de ce que j'ai connu. Elle entre par la haute fenêtre de mon atelier de résidence, frappe les murs blancs, danse sur mes plans, et me rappelle immédiatement que je suis loin. Très loin de lui
SOFIAIl a préparé son discours pendant trois jours. Je l'ai vu griffonner, barrer, recommencer. Des feuilles entières, froissées, jetées. Je n'ai pas regardé. Je n'ai pas demandé. C'était son combat.Le matin de







