Mag-log inLa Revanche du Roi Brisé Viktor Orlov régnait sur la Bratva de Port-Lament jusqu'à ce que sa propre fiancée, Nadia, le trahisse. Elle a vendu ses secrets aux Triades, causant la chute de son empire et sa condamnation à perpétuité dans une prison de haute sécurité. Cinq ans plus tard, Viktor s'évade. Brûlé, défiguré, méconnaissable, il n'a qu'une obsession : retrouver Nadia et lui faire payer chaque cicatrice. Il refait surface sous l'identité de « Dimitri Volkov », un trafiquant d'armes mystérieux. Il attire Nadia dans un piège en lui proposant une alliance impossible à refuser. Mais quand il la retrouve, elle n'est plus la femme fatale qu'il a connue. Elle est brisée, traquée par les Triades qu'elle a elle-même trahis pour sauver… la fille qu'elle a eue de Viktor et qu'il ignorait. La vengeance se fissure devant la vérité. Viktor doit alors mener une guerre non plus contre elle, mais pour elle, afin de récupérer leur enfant et de renaître de ses cendres.
view moreChapitre 1
Viktor
L’odeur du sang frais se mêle à celle de la rouille et du désinfectant bon marché. Cinq ans que je hume ce cocktail dégueulasse chaque matin en ouvrant les yeux sur un plafond gris. Ce soir, plus jamais.
Mes doigts crissent contre le mur humide du couloir E. Les barreaux de ma cellule sont restés ouverts derrière moi, la serrure forcée avec une lame de lit affûtée pendant des nuits entières. Je compte mes pas. Dix-sept jusqu’à la première intersection. Le gravier sous mes semelles crée un écho obscène dans ce labyrinthe de béton.
La garde de nuit a changé il y a neuf minutes. Je les ai observés pendant trois mois, notant chaque rotation, chaque angle mort, chaque respiration trop lente des gardes ivres de fatigue. Blackmoor n’est pas une prison, c’est une tombe pour vivants, bâtie sur un ancien chantier naval, là où même les mouettes refusent de se poser.
Ma main droite serre le shank improvisé, une éclisse de métal polie jusqu’à avoir la consistance d’un miroir de douleur. Je ne ressens plus la moindre hésitation. La douleur est une vieille compagne, aussi familière que les cicatrices qui courent sur ma nuque, ma mâchoire, mon torse. Le feu, cette nuit-là. Le brasier de mon entrepôt principal. Nadia qui regarde les flammes sans ciller.
Un bruit de chaussures sur le linoléum. Je m’aplatis contre le mur, sens la peinture écaillée s’accrocher à ma peau rugueuse. Le garde passe à deux mètres, sa lampe torche balayant l’obscurité d’un geste las. Il ne me voit pas. Personne ne me voit plus. Les brûlures m’ont volé mon visage, mais elles m’ont offert l’invisibilité.
Je le saisis par-derrière, un bras autour de sa gorge, l’autre qui enfonce la lame dans l’espace précis entre sa jugulaire et sa colonne. Il râle, un son mouillé, étouffé. Ses doigts battent contre mon avant-bras une seconde, deux secondes. Puis plus rien. Je le dépose au sol avec une délicatesse presque religieuse. Ses yeux restent ouverts. Je ne ferme jamais les yeux des morts. Ils doivent voir ce qu’ils ont causé.
Le second garde arrive trop tard. Il sort son arme, mais j’ai déjà plongé, roulé sur l’épaule, évité la première balle qui s’écrase dans le mur derrière moi. Le bruit de la détonation rebondit dans le couloir, amplifié par les parois de béton. Je me relève d’un geste vif, je plante la lame dans sa cuisse, il hurle, puis dans sa gorge. Le hurlement se transforme en gargouillis. Il tombe à genoux, puis sur le côté.
Deux gardes. Cinq ans de rage concentrée en trente secondes.
Je ne prends pas leurs armes. Inutile. Les détecteurs de métal aux portes extérieures sonneraient. Je connais chaque faille de cette prison, je les ai apprises comme un religieux apprend ses prières.
La porte de secours est au bout du couloir. Je la pousse, le métal froid colle à ma paume moite. L’air glacé des docks me frappe en pleine face.
Je ferme les yeux.
L’air. Le vrai air. Celui qui ne sent pas le désespoir, la sueur et le détergent industriel. Celui qui porte le sel, le goudron mouillé, le poisson pourri des criées, mais aussi une promesse : la liberté.
La mer est noire, griffée d’écume blanche sous la lune voilée. Les réverbères du quai éclairent par intermittence une berge constellée de conteneurs rouillés. Je marche vers l’ombre, vers les entrepôts désaffectés, vers l’endroit où une silhouette m’attend.
Mes jambes tremblent. Non pas de faiblesse, mais d’un excès d’adrénaline que mon corps n’a plus l’habitude de gérer. Cinq ans sans courir, sans frapper, sans tuer. Mes muscles ont fondu, mes réflexes se sont émoussés. Mais le cœur, lui, n’a jamais cessé de battre pour une seule chose : la revanche.
Le vent siffle dans les carcasses des bateaux échoués. Je longe le muret fissuré, évite les flaques d’huile. Au loin, les lumières de Port-Lament scintillent comme un collier de diamants posé sur du velours noir. Ma ville. Mon royaume. Celui qu’elle m’a volé.
Le visage défiguré, méconnaissable, je suis un fantôme parmi les vivants. Personne ne me reconnaîtra. Personne ne saura que le roi brisé est revenu.
Je m’arrête au bord de l’eau, les mains dans les poches de mon pantalon de prison troué. Le froid pénètre ma chair, mais je ne le sens pas. Je ne sens que la haine, chaude et fluide, qui circule dans mes veines à la place du sang.
Nadia.
Je prononce son nom en silence, et ma bouche tirée vers la droite tressaille. Elle croit que je suis mort. Elle a construit sa vie sur ma tombe vide. Elle a vendu mes secrets aux Triades, elle a allumé l’incendie, elle a ri peut-être, en regardant les flammes dévorer mon empire.
Je vais la retrouver.
Je vais me tenir devant elle, et je vais la regarder découvrir que les morts reviennent toujours.
Un bruit de moteur derrière moi. Des phares qui trouent la brume. Une voiture s’arrête à une cinquantaine de mètres, tousse, puis se tait. La portière s’ouvre, se referme. Des pas sur le gravier.
Je ne me retourne pas tout de suite. Je fixe l’horizon, les lumières tremblotantes de Port-Lament, et je souris. Le geste étire mes cicatrices, une douleur familière, presque douce.
Ivan. Mon ancien lieutenant. Mon ombre. Il vient me chercher, comme prévu.
La vengeance est un plat qui se mange froid, dit-on.
Moi, je l’ai laissé mijoter cinq ans.
Ce soir, je sors de prison.
Demain, je renais de mes cendres.
Et Nadia… Nadia va brûler.
Chapitre 59ViktorLa question est sortie de mes lèvres avant que je puisse la retenir, cette question qui me hante depuis cinq ans, qui m'a empêché de dormir dans ma cellule de Blackmoor quand la lune filtrait à travers les barreaux et dessinait des ombres sur le mur de béton, qui m'a tenu éveillé pendant les nuits interminables passées à fixer le plafond de ma chambre d'hôtel en écoutant le bourdonnement du néon et le vent qui siffle dans les rues de Port-Lament, cette question qui est la clé de tout, la réponse que je suis venu chercher en revenant dans cette ville sous l'identité de Dimitri Volkov. Pourquoi, Nadia ? Pourquoi m'as-tu trahi ? Pourquoi as-tu vendu mes secrets aux Triades ? Pourquoi as-tu allumé l'incendie qui a détruit mon empire et mon visage et ma vie tout entière ?Elle sanglote, elle tremble
Chapitre 58NadiaIl est vivant, il est là, agenouillé devant moi sur le béton glacé de cet entrepôt qui a été le théâtre de notre première rencontre et qui est en train de devenir celui de notre résurrection ou de notre effondrement final, et je n'arrive pas à y croire, je n'arrive pas à accepter ce que mes yeux voient et ce que mes oreilles entendent et ce que mon cœur refuse d'admettre après cinq années passées à le pleurer, à le regretter, à le supplier du fond de ma tombe de me pardonner pour tout le mal que je lui ai fait. Viktor, mon Viktor, l'homme que j'ai aimé plus que tout au monde et que j'ai trahi de la pire des façons, est vivant, il a survécu aux flammes qui ont dévoré son empire et son visage, il s'est évadé de la prison où il a passé cinq lon
Chapitre 57ViktorJe me tiens debout devant elle, le visage nu, exposé, vulnérable comme je ne l'ai jamais été depuis l'incendie, comme je ne l'ai jamais été depuis que Karel a posé son premier scalpel sur ma joue et a commencé à transformer Viktor Orlov en Dimitri Volkov, et je sens le masque de cuir qui pend au bout de mes doigts, inutile désormais, ridicule dans sa fonction de cache-misère, et je le regarde une seconde, ce morceau de cuir noir qui a été mon armure et ma prison pendant toutes ces semaines, avant de le laisser tomber sur le sol de béton où il atterrit avec un bruit mat, un bruit de fin, un bruit de conclusion, comme le point final d'une phrase qui a duré cinq ans.Je lève les yeux vers Nadia, vers cette femme agenouillée devant moi sur le béton glacé, cette femme qui sanglote et
Chapitre 56NadiaLes mots frappent mon esprit comme des coups de marteau sur une enclume, comme des décharges électriques qui parcourent mes nerfs et qui font trembler mes muscles et qui coupent mon souffle, comme des vagues glacées qui déferlent sur moi et qui menacent de m'engloutir, de me noyer, de m'emporter dans les profondeurs obscures d'un océan de stupeur et d'incrédulité. « Je suis Viktor. Viktor Orlov. Je ne suis pas mort. Je sais pour Mila. Je sais que nous avons une fille. » Ces mots, ces mots impossibles, ces mots que j'ai rêvés et redoutés et espérés et repoussés et combattus pendant cinq longues années, ces mots qui changent tout, qui bouleversent tout, qui réduisent en cendres tout ce que je croyais savoir et tout ce que je croyais avoir perdu à jamais.Il sait pour Mila. Il sait qu'il a une fille
Chapitre 2NadiaL’odeur du bois humide monte du plancher, une odeur de cave et de moisissure, de pourriture lente. Mes genoux s’enfoncent dans les lattes gondolées, et je sens à travers le tissu de mon jean chaque aspérité, chaque clou rougi par le temps. La poussière danse dans le rai de lumière
Chapitre 1ViktorL’odeur du sang frais se mêle à celle de la rouille et du désinfectant bon marché. Cinq ans que je hume ce cocktail dégueulasse chaque matin en ouvrant les yeux sur un plafond gris. Ce soir, plus jamais.Mes doigts crissent contre le mur humide du couloir E. Les barreaux de ma cel
Chapitre 6ViktorLa clinique clandestine est une cave humide sous un immeuble abandonné de Lament-Sud, une cave aux murs de briques peints à la chaux, aux étagères chargées de flacons d'antiseptique et de rouleaux de gaze, au plafond bas traversé de tuyaux qui fuient et de fils électriques qui pen
Chapitre 5ViktorLa chambre d’hôtel pue la moisissure et la cigarette éteinte. Je suis assis sur le bord du lit défait, les mains posées sur mes cuisses, le dos courbé. Le matelas grince à chaque mouvement, un bruit aigu qui vrille mes tempes.Ivan est debout devant la fenêtre, le dos tourné. Il f






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