LOGINIls s’aiment comme on se noie : sans retenue, sans air, sachant que chaque vague les rapproche du fond. Leurs jours sont des nuits blanches, leurs caresses des batailles, leurs silences des aveux trop lourds. Puis un matin, sans un mot, elle part. Non par lassitude, mais par lucidité. Certains incendies sont trop beaux pour devenir des cendres. Elle emporte l’incendie entier dans sa poitrine. Une cicatrice à vif qui, désormais, éclaire toutes ses nuits. L’amour passe. L’intensité, elle, demeure.
View MoreMarcus pose sa fourchette. Il prend une gorgée de cidre doux, celui que Léo a le droit de boire dans un petit verre. Il regarde Léo, puis moi. Ses yeux brillent. Ils sont pleins de tout ce qui a été, et de tout ce qui sera.— D'accord. Mais cette fois, c'est la dernière. Après, c'est toi qui la raconteras à tes enfants.Il se cale sur sa chaise. Il prend une inspiration. Et il commence.— Il y a très longtemps, dans une tour immense, au cœur de Paris, une femme travaillait la nuit. Elle nettoyait les sols, les vitres, les bureaux. Elle passait la serpillière, l'aspirateur, le chiffon. Elle était invisible. Les gens la croisaient sans la voir. Personne ne savait son nom. Personne ne la regardait. Sauf un homme. Un homme qui, du haut de sa coursive, tout en haut de la tour, la regardait tous les soirs.— Pourquoi il la regardait ? demande Léo, qui connaît la réponse par cœur.— Parce qu'elle faisait quelque chose d'étrange. Au lieu de nettoyer, parfois, elle s'arrêtait au milieu de l'at
SOFIADix ans.Dix années ont passé depuis cette nuit dans la tour. Dix années de vie pleine, d'amour profond, de travail acharné, de joies immenses et de peines traversées ensemble. Dix années qui ont filé comme un souffle, comme un clignement d'œil, et qui pourtant ont la densité, le poids, l'épaisseur d'une vie entière.L'atelier est silencieux, baigné par la lumière douce d'un matin de septembre. Une lumière blonde, un peu paresseuse, qui entre par la grande verrière et dessine des rectangles dorés sur le parquet de chêne. Je suis assise à ma table de travail, celle en chêne massif que Marcus m'a offerte pour nos cinq ans de mariage. Il l'a fait faire sur mesure par un ébéniste du Faubourg Saint-Antoine. Elle est grande, massive, et porte déjà les marques de cinq années de création. Des taches d'encre, des coups de cutter, des brûlures de café. Les cicatrices de la vie.Mes crayons sont éparpillés autour d'un plan que je viens de terminer. Un projet pour une école dans une banlieu
Les portes se referment derrière nous. Le silence nous enveloppe. Ce silence particulier, ouaté, feutré, que j'ai connu pendant tant de nuits. Le silence de l'ascenseur 4. Un silence qui n'est pas vide, mais plein. Plein de l'attente, du mystère, de la possibilité.Marcus ne presse aucun bouton. Il sort la vieille clé de sa poche. Celle que je lui ai donnée pendant les vœux. Il l'insère dans la serrure de service, celle qui permet de passer en mode manuel, de bloquer l'ascenseur. Il tourne. Un déclic. L'ascenseur s'ébranle doucement. Il monte. Lentement. Comme s'il prenait son temps. Comme s'il savait que chaque étage est un souvenir.Premier étage. Le hall d'accueil. Là où j'ai rencontré Fatima pour la première fois, un matin de novembre, tremblante de froid et de peur. Elle m'a tendu un bleu de travail. Elle m'a expliqué les gestes, les produits, les règles. Elle m'a dit : "C'est du travail honnête. N'oublie jamais ça. Et si quelqu'un te manque de respect, tu viens me voir."Deuxièm
SOFIALa fête s'est terminée tard. Très tard. Ou très tôt, selon le point de vue.Les derniers invités sont partis dans des taxis commandés par Marcus, épuisés et heureux, les bras chargés de petits pots de miel et de confiture que nous avions préparés comme cadeaux. Ma mère est rentrée à son hôtel, au bras de la mère de Marcus. Elles marchaient lentement, appuyées l'une sur l'autre, et elles riaient encore. Chloé est partie en titubant, soutenue par Léa et Julie, après m'avoir serrée dans ses bras à m'étouffer. Fatima et l'équipe de nettoyage ont pris le dernier métro. José est parti à pied, seul, dans la nuit parisienne, après m'avoir embrassée sur le front une dernière fois.Nous sommes restés seuls, Marcus et moi, au milieu du jardin suspendu.Les guirlandes clignotent encore, faiblardes, leur pile presque épuisée. Les tables sont couvertes de verres vides, de serviettes froissées, d'assiettes où restent des miettes de la tourte aux pommes de terre de ma mère. L'odeur des fleurs f
LéaLa chambre respire une lumière dorée, filtrée par les rideaux tirés. On dirait que le soleil hésite à partir, curieux de ce qui se trame entre mes draps. Je suis étendue sur le lit, encore marquée par nos ébats. Ma peau pulse doucement, encore chaude, encore sensible. Je sens la sueur sécher le
Léa Il se penche alors, et sa bouche se referme sur un de mes seins. Le choc est si intense, si direct, que mes genoux cèdent. Il m’attrape, m’empêche de tomber, tout en continuant à m’aimer de la bouche et de la langue. Je m’agrippe à ses épaules, les doigts enfoncés dans le tissu de son pull, de
LÉASa main autour de la mienne n’est pas une prise, c’est une fusion. Nos paumes se collent, nos doigts s’entrelacent avec une précision parfaite, comme si cette jointure avait été prévue, attendue. Il ne me tire pas, il m’entraîne, et je me laisse guider, mon autre main serrant le bord de mon man
LÉALa musique du bar est un mur. Je m’y adosse, un verre à moitié vide de gin tonic qui suinte de fraîcheur entre mes doigts. À ma gauche, Chloé parle avec animation, mais les mots se perdent dans le brouhaha. Je hoche la tête, un sourire en pilote automatique sur mes lèvres. Mon esprit est ailleu












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