LOGINMarcus me regarde. Ses yeux brillent. Il est impressionné. Bouleversé. Je suis fière de ma mère. Immensément, douloureusement fière. J'ai envie de me lever et de l'applaudir.
Le dîner reprend. Le silence est moins lourd. Il est devenu pensif. Ma mère mange son filet de saint-pierre avec application, sans comment
La soirée se termine tard, très tard. Le bar se vide. Les lampions s'éteignent. Nous nous séparons sur le trottoir, dans la fraîcheur de la nuit parisienne. Chacune repart de son côté. Chacune retourne à sa vie. Chloé, Léa et Julie hèlent un taxi. L'équipe de nettoyage descend vers la station de métro Faidherbe-Chaligny, pour prendre le premier train du matin.Je rentre à pied. Lentement. L'album photo serré contre ma poitrine. Paris est silencieuse, belle, apaisée. Mon téléphone vibre. Un message de Marcus.— Alors, cette soirée ?Je m'assois sur un banc, face à la Seine. Je prends une photo de l'album ouvert sur mes genoux. Je la lui envoie.Il répond presque immédiatement.
Un silence incrédule. Puis Maria explose :— Sérieux ? Le grand patron, là, avec ses tours et ses costumes, il fait la vaisselle ?— Oui. Et il ne la range pas forcément bien. Les verres à l'envers sur l'égouttoir, ça l'énerve. Mais il le fait. Il essaie.Fatima hoche la tête, sentencieuse. Elle lève son verre.— Alors c'est un bon. Un homme qui fait la vaisselle, c'est un homme qui sait ce que c'est que la vie. Un homme qui n'a pas peur de se salir les mains. Tu peux l'épouser les yeux fermés.Nous trinquons à ça.
SOFIA— Tu es prête ?Chloé se tient dans l'encadrement de la porte de mon bureau à l'agence. Elle porte une robe courte à paillettes, des bottines en cuir noir, et elle a mis du rouge à lèvres écarlate. Ses yeux brillent d'une excitation malicieuse. Derrière elle, j'aperçois Léa, ma comptable, engoncée dans une robe de cocktail trop serrée, et Julie, la stagiaire, qui a gardé son jean mais troqué ses baskets contre des escarpins vertigineux qu'elle ne sait visiblement pas porter.— Prête pour quoi ? je demande, méfiante. J'ai une réunion dans une heure avec le client de la rue de Rivoli. Et les plans pour la piscin
Marcus me regarde. Ses yeux brillent. Il est impressionné. Bouleversé. Je suis fière de ma mère. Immensément, douloureusement fière. J'ai envie de me lever et de l'applaudir.Le dîner reprend. Le silence est moins lourd. Il est devenu pensif. Ma mère mange son filet de saint-pierre avec application, sans commentaire. La mère de Marcus boit son vin à petites gorgées, le regard perdu dans le vide.Le dessert arrive. Un entremets au chocolat grand cru, minuscule, surmonté d'une feuille d'or alimentaire. Une sculpture plus qu'un dessert. Ma mère le regarde. Elle prend sa cuillère. Elle goûte.— C'est bon, dit-elle simplement. C'est tr&egra
SOFIAMa mère est arrivée ce matin par le train de six heures quarante-sept. Je l'attendais sur le quai de la gare Montparnasse, les mains enfoncées dans les poches de mon manteau, le cœur serré par une angoisse que je ne m'expliquais pas.Elle est descendue du wagon, minuscule dans la foule des voyageurs pressés. Sa petite valise à roulettes bringuebalait derrière elle. Son manteau bleu marine était trop fin pour la morsure du petit matin parisien. Elle a relevé la tête, cherchant son chemin, perdue dans cette cathédrale de fer et de verre. Et quand elle m'a vue, son visage s'est illuminé d'une joie pure, presque enfantine.Nous nous sommes embrass&eacut
Il lève les yeux vers la verrière, puis les ramène sur moi. Ils brillent. Pas de larmes. De lumière. La lumière crue de quelqu'un qui a déchiré le dernier voile.— J'ai déposé les armes, Sofia. Ce soir, je ne suis pas Marcus Thorne. Je ne suis pas le PDG. Je ne suis pas le fils de mon père. Je suis l'homme qui est resté des nuits entières dans l'ascenseur 4 juste pour entendre le bruit de ton chariot dans le couloir. L'homme qui a fait semblant d'être en panne pour te parler. L'homme qui a eu peur, tellement peur, de ne pas être assez pour toi.Il fait les derniers pas. Il est là. Tout près. Je sens la chaleur de son corps irradier dans l'air frais de la coursive. L'odeur de son eau de
MARCUSTrois jours.Trois jours sans elle.Après cette nuit, après le dîner, après mes promesses, j'ai merdé. Pas une grande faute. Une petite lâcheté. Un collègue qui m'a demandé "comment va ta petite
SOFIALa télévision est allumée dans la salle de repos. Je ne devrais pas la regarder, je suis en service, mais l'image m'a figée.Lui. Marcus. En costume gris, debout devant un parterre de journalistes. La conférence de presse est re
MARCUSMon bureau sent le propre. Comme tous les matins. Impeccable. Stérile.Je pose ma mallette, défais ma veste, m'assieds dans mon fauteuil. La vue est là, comme toujours. La ville à mes pieds, obéissante.Je devrais me plonger dans les dossiers. La fusion. Les chiffres. Les actionnaires qui tr
MARCUSL'ascenseur monte. Les chiffres défilent, lumineux, indifférents. 43. 44. 45. Chaque étage qui s'éloigne du sien me paraît une trahison de plus. Je regarde mon reflet dans l'acier brossé de la cabine. L'homme qui me fait face a tout. Le pouvoir. L'argent. La tour. Il a même, ce matin, écrasé







