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Chapitre 3 — Sous tension 3

Penulis: Eternel
last update Terakhir Diperbarui: 2025-08-08 23:08:07

ÉLISE

Je referme la porte avec violence, sans un regard en arrière. Mes talons frappent le bitume avec une hâte désespérée, chaque pas résonne comme une injonction à fuir, comme si mes jambes seules pouvaient m’arracher à ce que je viens de laisser derrière. Je cours, ou je trébuche peut-être, mue par une volonté farouche d’échapper à moi-même, à mon odeur, à son empreinte, à ce silence qui, déjà, me hurle ce que je refuse d'entendre.

Mes mains tremblent tandis que je fouille mon sac. Les clés s’échappent, glissent entre mes doigts moites. Je jure, je frappe du poing la carrosserie lisse. Puis enfin : le froid du métal, sec, tranchant, réel. Une réalité à laquelle je n’ai plus de refuge.

Je m’engouffre dans la voiture, referme la portière d’un geste sec, insuffle toute mon urgence dans la clé que je tourne dans le contact. Le moteur vrombit. Je démarre brusquement. La nuit m’avale.

Je roule vite. Peu m’importe.

L’air me gifle le visage à travers la vitre entrouverte, mais il ne purifie rien. Son odeur est toujours là. Sur moi. En moi. Persistante. Insupportable. Imprégnée dans ma peau, incrustée sous mes ongles, logée dans le creux de mes reins, entre mes cuisses encore douloureuses.

Il me semble être un champ de ruines. Et pourtant, je tiens encore debout.

Ma voix intérieure s’acharne.

Je me maudis.

Je m’accuse.

Je m’insulte à mi-voix.

— Imbécile.

— Tu l’as laissé faire.

— Tu n’as rien dit.

— Tu l’as désiré.

Non.

Non.

Je ne pleure pas. Pas encore. Je me l’interdis. Il ne le mérite pas. Je ne le mérite pas.

Les grilles de la maison s’ouvrent, dociles, en réponse au signal de la télécommande. Tout ici obéit. Tout ici brille. Les haies sont taillées avec une minutie presque militaire. Les murs sont trop blancs, trop lisses. L’allée de gravier parfait ne crisse même pas sous les pneus.

J’appartiens à cet endroit sans y avoir jamais réellement vécu.

J’abandonne la voiture dans l’allée, monte les marches comme on se dirige vers une sentence. La porte s’ouvre sur un silence cossu. Maison vide. Comme toujours. Maman, sûrement recluse dans sa chambre. Papa ? À l’étranger, là où les contrats pèsent plus que les absences.

Tant mieux.

Ce soir, je ne supporterais pas d’avoir à prétendre.

Je monte à l’étage, ôte mes chaussures en marchant, desserre mes cheveux, les doigts encore engourdis par la honte. Dans ma chambre, tout est ordonné, lisse, froid. Rien n’a bougé. Tout semble nier ce que je ressens. Comme si l’espace lui-même me renvoyait l’image d’une fille que je ne suis plus.

Je pénètre dans la salle de bain, allume la lumière.

Et là, dans le miroir, je me rencontre.

Je ne me reconnais pas.

Le visage est défait. Une trace rouge sur la joue. Les cheveux en bataille. Les yeux gonflés de ce que je retiens encore. Mes lèvres… abîmées. Et ce regard, ce regard ! Fendu par la honte, mais encore brillant d’un désir que je m’efforce d’ignorer.

Alors, je lève la main.

Je me gifle.

Pas pour faire mal. Pour entendre. Pour marquer.

— Tu es ridicule, Élise.

— Une enfant gâtée, inconsciente.

— Une poupée de porcelaine qui s’est brisée toute seule.

Je déboutonne ma chemise avec hâte. Elle tombe au sol. Elle sent son odeur . Je retire la jupe, la culotte encore humide, le soutien-gorge tordu. Je suis nue. Nue sous cette lumière crue qui n’épargne rien. Je me regarde encore. Et je me hais d’être encore belle, encore vivante, encore désirante.

Je pénètre dans la douche, ouvre l’eau au maximum. Elle est brûlante. Parfait. La brûlure lave mieux que le froid. Je saisis le savon, frotte sans ménagement. Mes bras. Mon ventre. Mes cuisses. Plus fort. Encore. Jusqu’à rougir la peau, jusqu’à la faire parler à ma place.

J’insiste là où il m’a prise. Comme si la douleur pouvait devenir réparation.

Mais rien ne part.

Rien ne s’efface.

Je sens encore son empreinte dans ma chair.

Et pire que tout, je sens encore mon propre plaisir.

Insupportable.

Je me laisse glisser contre le mur. Le carrelage est glacé. L’eau, elle, continue de couler, brûlante. Je suis recroquevillée, les bras autour des genoux, la tête basse.

Et alors seulement, je cède.

Je pleure.

Pas des larmes discrètes. Non.

Des sanglots entiers. Profonds.

Comme si mon corps évacuait enfin ce que ma bouche n’a pas su dire.

Je me berce.

Comme une enfant.

Comme une femme trahie par elle-même.

— Tu es sale.

— Tu es coupable.

— Tu l’as voulu.

— Tu n’as rien empêché.

Je ferme les yeux.

Et son image s’impose.

Ses mains.

Son regard.

Sa voix.

Et moi.

En train de gémir son nom.

Alors, une dernière fois, je me frappe. 

Et dans un souffle, à peine un murmure, je prononce la seule promesse que je puisse encore formuler sans la trahir :

— Plus jamais.

Jamais plus.

Je te le jure, Marcus.

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