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CHAPITRE 4 : L'eau qui brûle

Author: Darkness
last update publish date: 2026-03-13 23:54:23

Camille

Ses épaules sont dures comme du bois.

Mes doigts glissent sur sa peau, suivant la courbe des muscles, s'attardant malgré moi sur chaque relief, chaque cicatrice. Il en a plusieurs — une longue sur l'omoplate droite, une plus courte près de la nuque, des petites sur les bras comme des morsures.

— La guerre, dit-il. Les tournois. La vie.

Sa voix est plus basse maintenant, presque un murmure. Il a fermé les yeux, sa tête renversée en arrière, offerte. L'eau danse autour de nous, la vapeur nous enveloppe, et je frotte, je masse, je fais glisser l'huile sur sa peau avec des gestes que je n'ai jamais appris mais que mon corps semble connaître.

— Plus bas.

Mes mains descendent le long de son dos. Je sens chaque vertèbre sous mes doigts, la colonne qui plonge vers l'eau, vers ce que je ne vois pas. Je m'arrête à la taille.

— Plus bas.

— Monseigneur, je...

— Tu as peur de toucher un homme ? Ou tu as peur de ce que ça te fait ?

Je n'ai pas de réponse. Parce que c'est vrai, j'ai peur. Peur de ce qui monte en moi, cette chaleur qui n'a rien à voir avec l'eau du bain. Cette tension dans mon ventre, cette humidité entre mes cuisses que je connais pour l'avoir ressentie seule, la nuit, en pensant à des choses que je ne devrais pas penser.

— Tourne-toi.

Il se lève dans l'eau.

Je le vois tout entier, debout devant moi, l'eau ruisselant sur son corps, dessinant chaque muscle, chaque poil, chaque partie de lui que je n'aurais jamais dû voir. Son sexe est là, à hauteur de mes yeux, imposant même au repos, et je sens mon visage brûler.

— Tu n'as jamais vu d'homme nu.

C'est pas une question.

— Non, Monseigneur.

— Tu n'as jamais été touchée par un homme.

— Non.

— Tu es vierge.

Je baisse la tête, incapable de soutenir son regard. L'eau clapote contre ma poitrine, ma robe collée à moi comme une seconde peau, transparente, révélant tout ce que je cache d'habitude.

— Regarde-moi.

J'obéis.

— Je ne te toucherai pas, Camille. Pas ce soir. Mais je veux que tu me regardes. Que tu voies ce qu'est un homme. Que tu apprennes à ne pas avoir peur.

Il s'assoit sur le rebord du bassin, les jambes dans l'eau, le buste offert.

— Lave-moi. Partout.

Je prends une inspiration. Mes mains tremblent quand je les pose sur son torse. Les poils sont doux sous mes paumes, surprenants. Je frotte, je fais mousser l'huile, je dessine des cercles autour de ses pectoraux, autour de ses tétons qui durcissent sous mes doigts.

Il gémit. Un petit bruit, à peine audible, mais je l'entends. Et ce bruit m'atteint au plus profond, fait trembler quelque chose en moi.

— Tu vois, murmure-t-il. C'est pas si terrible. C'est juste de la peau. De la chair. Un corps comme le tien, en plus grand. En plus vieux.

— Vous n'êtes pas vieux, Monseigneur.

Il rit. Ce même rire sans joie de la veille.

— J'ai trente-huit ans. Pour toi, c'est vieux.

— C'est pas vieux. C'est... c'est juste.

Mes mains continuent leur exploration. Je descends sur son ventre, sur ses abdominaux durs, sur cette ligne de poils qui plonge vers l'eau. Je m'arrête juste au-dessus.

— Continue.

— Monseigneur...

— Continue, Camille.

Mes doigts plongent dans l'eau. Je sens son sexe avant de le toucher — la chaleur, la proximité. Puis mes doigts rencontrent la peau, la douceur incroyable, la rigidité qui commence à naître sous mon contact.

Il prend une inspiration brusque.

— Doucement.

Je tiens son sexe dans ma main comme on tient un oiseau, comme on tient quelque chose de vivant et de fragile. Il grossit sous mes doigts, devient plus chaud, plus dur. Je ne sais pas quoi faire, alors je frotte, comme j'ai frotté le reste.

— Non, dit-il. Pas comme ça.

Sa main attrape la mienne, guide mes doigts. Il m'apprend le mouvement, lent d'abord, puis plus rapide. Il m'apprend à serrer juste assez, à glisser sur la peau, à trouver le rythme.

— Oui, souffle-t-il. Comme ça.

Ses yeux sont fermés, sa tête renversée. Je le regarde, fascinée. Je vois son ventre qui se contracte, ses cuisses qui tremblent, sa bouche qui s'ouvre sur des sons qu'il ne contrôle plus. Je sens le pouvoir que j'ai sur lui, soudain. Moi, la servante. Moi, la fille de rien.

— Arrête.

Je m'arrête aussitôt. Il ouvre les yeux, me regarde. Son souffle est court, son regard brûlant.

— Pas ce soir, dit-il. Pas comme ça. Pas la première fois.

Il se lève, sort du bain en une enjambée. L'eau ruisselle sur le sol. Il attrape une serviette, se sèche sans me cacher, sans pudeur. Je reste dans l'eau, immobile, ma robe collée à moi, mon corps vibrant de quelque chose que je ne comprends pas.

— Demain, dit-il en enfilant une robe de chambre. Même heure. Tu finiras ce que tu as commencé.

Il disparaît dans sa chambre. La porte se referme.

Je reste là, dans l'eau qui refroidit, ma main encore chaude de l'avoir touché. Je porte mes doigts à mon nez , je sens lui, cette odeur que je ne connais pas, salée, musquée, animale.

Je sors du bain. Je me sèche tant bien que mal, ma robe trempée collée à moi. Je ramasse mes cruches, ma lanterne, je sors sans faire de bruit.

Dans le couloir, je m'arrête.

Je m'appuie contre le mur, je ferme les yeux, je revois son visage quand il a gémi. Et ma main glisse entre mes cuisses, malgré moi, à travers le tissu mouillé.

Je gémis aussi.

Toute seule dans le couloir, je touche l'endroit qui brûle, qui pulse, qui réclame. Et quand le plaisir monte, quand je me mords la lèvre pour ne pas crier, c'est son nom que je pense.

Alistair.

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