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Chapitre 7

Author: Mila Cerise
Aurore s'est figée de la tête aux pieds. Son esprit s'est vidé l'espace d'un instant.

En face d'elle, Étienne s'est installé avec aisance contre le siège en cuir. Sa silhouette s'est inclinée avec nonchalance, une main aux articulations nettes posée sur sa jambe croisée. Son regard s'est arrêté sur son visage, un sourire à peine esquissé au coin des lèvres.

Un parfum froid s'est mêlé à l'odeur familière du cèdre qu'il portait.

Aurore est revenue brusquement à elle. Elle a tiré sur ses lèvres.

« Monsieur Muller... si je vous dis que je me suis trompée de voiture, vous me croyez ? »

« Oui ? »

Étienne a légèrement haussé les sourcils, prolongeant la syllabe avec lenteur.

« Je pensais plutôt que Madame Delmas était montée exprès pour parler collaboration. »

Aurore a froncé les sourcils. Son regard s'est attardé sur son visage.

Il venait pourtant de refuser. Pourquoi rouvrir le sujet ? Avait-il changé d'avis ?

Elle a dissimulé son trouble.

« Vous souhaitez en parler, Monsieur Muller ? »

Il a laissé échapper un rire bas, agréable à l'oreille, mais dont la chaleur n'a pas atteint ses yeux.

Avant qu'elle n'ait le temps d'ajouter quoi que ce soit, il s'est soudain rapproché.

Son visage s'est retrouvé tout près du sien. Son souffle chaud a effleuré sa peau, faisant courir une chaleur brûlante sur son visage.

Ses lèvres se sont entrouvertes. Sa voix, rauque, teintée d'amusement, a glissé contre son oreille :

« Vous souvenez-vous de ce que j'ai dit, Madame Delmas ? »

Bien sûr qu'elle s'en souvenait !

Il avait dit qu'à part les charmes féminins, rien ne l'achetait.

Et elle refusait de se vendre.

Les mots du refus sont restés suspendus à sa gorge.

La voix d'Étienne a repris, plus lente, presque paresseuse :

« Une Maybach nous suit depuis un moment. Je me demande à qui elle appartient. »

Une Maybach ?

Le cœur d'Aurore s'est contracté. Elle s'est retournée.

La voiture noire derrière eux, elle l'a reconnue aussitôt.

C'était celle de Romain.

Elle les suivait de près. Les klaxons ont retenti à plusieurs reprises. Les phares ont ébloui l'habitacle. La vitesse a été excessive, presque dangereuse.

Elle a réalisé que la Rolls n'allait pas lentement non plus. Ils étaient en train de se provoquer sur la route.

Étienne avait forcément entendu leur dispute plus tôt. Il l'avait prévenue tout en accélérant délibérément. Il ne voulait pas que Romain les rattrape.

Que cherchait-il exactement ?

Alors qu'elle tentait de comprendre, la voiture a brusquement ralenti.

Un concert de klaxons stridents a éclaté derrière eux.

Aurore a pâli et a tourné la tête vers Étienne.

Étienne a esquissé un sourire froid.

« Madame Delmas, il est temps de faire votre choix. »

Son regard s'est fait plus sombre.

« Vendre votre charme ou monter dans cette autre voiture. »

Le cœur d'Aurore s'est serré. Elle n'avait pas le choix.

Jamais elle ne retournerait vers Romain. Rien qu'à l'idée de partager à nouveau le même espace que lui, son estomac s'est noué.

Son regard s'est accroché au visage d'Étienne.

Elle n'a hésité qu'un instant. Puis son bras s'est levé. Elle a passé son bras autour de son cou. Et, sans reculer, elle l'a embrassé.

Un parfum léger a effleuré son visage. Étienne s'est figé. Ses yeux sombres se sont assombris d'un coup. L'amusement s'est effacé, remplacé par une surprise brute.

L'air s'est chargé d'une forte odeur d'alcool mêlée à son parfum.

Le baiser d'Aurore a été bref, net, sans la moindre tendresse. Aucune douceur. Seulement une détermination presque féroce.

Elle a fermé les yeux, comme par crainte. Ses cils ont tremblé. Peut-être par pudeur. Peut-être pour ne pas croiser son regard.

Lorsqu'elle s'est détachée, elle a lancé d'une voix froide :

« Semez cette voiture. »

À peine les mots ont-ils quitté ses lèvres qu'elle s'est reculée.

Mais soudain, son poignet a été saisi fermement. Aurore s'est figée une seconde. Elle a relevé les yeux.

Une force soudaine l'a tirée en avant. Ses lèvres ont heurté les siennes.

À la différence du sien, rapide et abrupt, le baiser d'Étienne s'est fait lent, presque méthodique. La fraîcheur boisée du cèdre s'est mêlée à la chaleur de son souffle, brouillant la frontière entre provocation et désir.

L'air s'est chargé d'une tension brûlante. Les joues d'Aurore ont rosé malgré elle. L'étonnement s'est inscrit sur son visage. Le temps a semblé s'étirer, interminable.

Enfin, Étienne s'est détaché, sans empressement.

Son regard s'est posé sur ses lèvres rougies, un demi-sourire aux coins des siennes, les yeux profonds comme la nuit.

« Madame Delmas, dans ce domaine, vous êtes plutôt surprenante. »

Quelle conclusion ridicule.

La chaleur est montée aux joues d'Aurore. Elle a détourné le regard vers le rétroviseur. La Maybach derrière eux s'est rapprochée dangereusement.

« Assez parlé. Semez-le. »

Voyant Aurore agitée, Étienne a esquissé un sourire en coin. Il a levé la main et a fait un signe discret au chauffeur.

La voiture a bondi comme une flèche, filant à vive allure sur la route.

La vitesse a été telle qu'Aurore a senti son cœur se contracter. La Rolls a dépassé plusieurs véhicules, se faufilant entre les files avec une aisance.

Quelques minutes plus tard, la Maybach a disparu au loin.

Aurore s'est retournée. Plus aucune voiture ne les poursuivait. Elle a laissé échapper un long soupir.

Étienne a laissé échapper un léger rire.

« Madame Delmas, on dirait que vous avez laissé une dette derrière vous. »

Elle n'a pas répondu. Elle s'est tournée vers la vitre et s'est laissée aller contre le siège en cuir, le regard perdu dans le paysage qui défilait.

« Éliminer un allié sitôt qu'il a servi... Vous êtes une stratège redoutable. »

« Monsieur Muller aussi. Avec une telle éloquence, vous auriez dû faire du stand-up. »

Ce n'était pas de la plaisanterie. C'était de l'ironie pure.

Étrangement, la tension s'est relâchée peu à peu. L'alcool a peut-être anesthésié ses nerfs. Ou la fatigue l'a submergée. Aurore a fermé les yeux. En quelques instants, elle s'est endormie profondément.

Le rythme régulier de sa respiration a attiré l'attention d'Étienne.

Il a froncé légèrement les sourcils. Elle dormait.

« Madame Delmas, s'endormir dans la voiture d'un homme n'est pas le choix le plus prudent. »

Il a tendu la main pour la secouer légèrement. Son regard s'est alors arrêté sur une tache sombre sur sa manche. Du sang. Toute la manche était imbibée.

Ses yeux sont ensuite remontés vers ce visage délicat, d'une pâleur inquiétante, vidé de toute couleur.

Blessée à ce point et elle était quand même allée boire. Elle avait fait comme si de rien n'était.

Un corps si frêle, capable d'encaisser une telle douleur sans laisser échapper le moindre gémissement.

Ses yeux se sont assombris.

« Au Belle-Rive. »

La voiture a filé vers la résidence.

Arrivé devant l'immeuble, Étienne l'a soulevée dans ses bras. Elle dormait si profondément que cela ressemblait presque à un évanouissement.

L'odeur métallique du sang a envahi l'air. Il a accéléré le pas et a ordonné qu'on appelle immédiatement Lucas Moreau.

Lorsqu'il l'a déposée sur le lit de la chambre, Lucas est monté à l'étage, traînant les pieds.

Il a poussé la porte.

« À cette heure-ci, tu me fais venir pour — »

Il n'a pas fini sa phrase. Étienne l'a saisi par le bras et l'a tiré à l'intérieur.

« Regarde-la. Tout de suite. »

Sa voix, habituellement froide, a laissé percer une pointe d'urgence.

Lucas a jeté un coup d'œil distrait. Puis son expression a changé.

Aurore Delmas.

Que faisait-elle ici ?

La connaissait-il vraiment ?

Après tant d'années d'amitié avec Étienne, jamais il n'avait entendu son nom.

En voyant Étienne les sourcils froncés, le regard rivé sur Aurore sans ciller, une lueur d'intérêt a traversé les yeux de Lucas, qui s'est aussitôt avancé pour l'examiner.

« Déchirure profonde au bras. Sérieuse. Sans traitement rapide, elle risque des séquelles. »

Il a relevé la tête, un demi-sourire aux lèvres.

« C'est toi qui as fait ça ? »
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