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Je te veux tellement 2
Je te veux tellement 2
Autor: Darkness

Chapitre 1 : L'Orage

Autor: Darkness
last update Fecha de publicación: 2025-12-03 20:24:56

JADE

Le vernissage de la Fondation Moréac baigne dans une lumière dorée et un bruit de cristal. Je me fonds mal dans ce décor. Ma robe noire, simple, est une armure contre le luxe ostentatoire qui m'entoure. Je suis là pour une œuvre, une seule. « Érosion n°7 ». Une masse de béton fissuré d’où jaillit du cuivre vivide. On me présente, l'artiste prometteuse. Les sourires sont des masques, les compliments, des cartes de visite échangées.

Et puis, je le vois.

Il est adossé au mur, légèrement en retrait, observant la foule comme s’il étudiait un spécimen rare et légèrement décevant. Costume sombre, coupé à la perfection. Une gravité qui semble peser sur ses épaules, l’air de porter un poids invisible. Son regard croise le mien une seconde, un éclair gris et direct, avant de se détourner. Un inconnu. Un de plus. Mais quelque chose dans son isolement, dans cette intensité silencieuse, accroche mon regard et refuse de le lâcher.

L'orage gronde au-dehors, promesse d’un déluge. La conversation autour de moi tourne à l’insipide. Je m’échappe, cherchant l’air moins conditionné du jardin d’hiver. C’est là qu’il me rejoint, sans un mot, venant se poster près de la baie vitrée, à moins d’un mètre. La tension entre nous est palpable, un champ magnétique absurde né de ce seul regard échangé.

— Votre sculpture, commence-t-il sans préambule, la voix plus grave, plus usée que ne le laissait supposer son apparence lisse. Elle dérange.

Je tourne la tête vers lui, surprise qu’il ait parlé, qu’il ait remarqué l’œuvre, qu’il soit là.

— C’est son but. Montrer la beauté de ce qui se brise.

— Le béton ne se brise pas par beauté, rétorque-t-il, les yeux fixés sur la pluie qui commence à fouetter les vitres. Il se fissure sous la pression. C’est un échec de structure.

— Ou une libération de force contenue, lançai-je, le défi dans la voix, piquée par son ton définitif.

Nos regards s’accrochent enfin. Son iris est d’un gris ardoise, intense. Il y a là une intelligence froide, mais aussi une lassitude profonde, une fissure justement, à peine visible. L’orage éclate enfin. Des trombes d’eau s’abattent sur les vitres, isolant soudain notre bulle de silence du bruit du monde.

La panne est soudaine, totale. Les lumières s’éteignent, plongeant la serre dans une pénombre bleutée, seulement déchirée par les éclairs. Un murmure de surprise monte de la galerie principale. Ici, plus un bruit. Juste le tambourinement violent de la pluie et notre respiration, trop perceptible.

— On dirait que nous sommes pris au piège, murmure-t-il, et je perçois une pointe d’ironie dans sa voix.

Il n’a pas bougé, mais l’espace entre nous semble avoir rétréci, aspiré par l’obscurité. Je peux sentir le léger parfum de son savon, une odeur propre et coupante, citron et pierre. L’électricité dans l’air n’est plus seulement celle de la tempête.

— Ça ne vous dérange pas ? Le noir ? dis-je, pour dire quelque chose, pour rompre le sortilège qui s’épaississait.

— Je travaille dans la lumière la plus crue qui soit. Le noir… c’est un changement. Un soulagement, parfois.

Un éclair zèbre le ciel, illuminant son visage en une fraction de seconde. Des traits fermes, une mâchoire tendue. Désirable, malgré tout. Ou à cause de tout. À cause de ce silence, de cette gravité, de cette façon de se tenir à distance tout en étant irrésistiblement présent. La rationalité, le contrôle qu’il dégage, tout en moi veut les faire craquer.

Je ne sais pas qui fait le premier pas. Peut-être est-ce moi, poussée par un vent fou. Peut-être est-ce lui, cédant à une faille soudaine. Nos bouches se rencontrent dans la pénombre avec une violence qui me coupe le souffle. Ce n’est pas un baiser, c’est une collision. Un exutoire à tout ce qui n’a pas été dit depuis cinq minutes. Ses mains se referment sur mes hanches, l’emprise sûre et chaude d’un homme qui sait ce qu’il veut, même dans l’égarement. Je m’accroche à ses épaules, sentant la force contenue sous la laine fine de son costume. Le goût de lui est café, nuit, et une amertume étrangement excitante.

Nous nous séparons aussi brutalement, haletants, quand les lumières clignotent et reviennent avec un bourdonnement assourdissant. Le monde extérieur, lisse et doré, nous assaille à nouveau. Nous nous écartons l’un de l’autre, deux étrangers. Un masque de contrôle glacé retombe sur ses traits, juste une faille dans son regard, un désordre infime dans sa parfaite chevelure trahissant la folie de l’instant.

— Ceci… n’aurait pas dû arriver, dit-il d’une voix rauque, comme s’il se l’adressait à lui-même.

— Mais c’est arrivé, soufflé-je, le cœur battant à tout rompre, les lèvres encore brûlantes.

Il me jette un dernier regard, chargé d’un millier d’avertissements et d’une promesse sombre qui fait frémir mon ventre, puis tourne les talons et disparaît dans la foule qui recommence à papoter, ignorante.

Je reste là, le dos contre la vitre froide, le goût de l’inconnu encore sur mes lèvres, le tambour de la pluie en écho à mon pouls affolé. Je viens d’embrasser un homme dont je ne sais même pas le nom. Je viens d’allumer un incendie avec un parfait inconnu. Et je ne sais absolument pas si je veux en connaître davantage, ou fuir à toutes jambes.

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