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Je suis dans ma chambre quand la porte s'ouvre à la volée. Pas de toc-toc préalable, pas de douceur, pas de précaution. Un claquement sec contre le mur, une vibration qui secoue les murs, et maman qui surgit comme une furie.
Elle a une feuille à la main. Une feuille que je reconnais immédiatement – mon écriture, mes mots, ma lettre. Celle que j'ai écrite à Elena il y a deux nuits, quand je
SamuelJe suis dans ma chambre quand la porte s'ouvre à la volée. Pas de toc-toc préalable, pas de douceur, pas de précaution. Un claquement sec contre le mur, une vibration qui secoue les murs, et maman qui surgit comme une furie.Elle a une feuille à la main. Une feuille que je reconnais immédiatement – mon écriture, mes mots, ma lettre. Celle que j'ai écrite à Elena il y a deux nuits, quand je n'arrivais pas à dormir, quand les mots me brûlaient la poitrine, quand j'avais besoin de les sortir de moi pour ne pas hurler.– Qu'est-ce que c'est que ça ? crache-t-elle en agitant la feuille sous mon nez.Je ne réponds pas tout de suite. Je recule d'un pas, les mains le long du corps, le visage neutre. À l'intérieur, la tempête fait rage, mais à l'extérieur, je reste calme. Glacé. Prêt.&ndas
ElenaLa journée a commencé comme toutes les autres. Un baiser volé dans le couloir, un petit-déjeuner en famille où nos regards s'évitaient avec trop d'application, des heures passées à lire dans le jardin pendant que Samuel travaillait sur son ordinateur, à portée de vue, à portée de main.Mais ce soir, quelque chose est différent.D'abord, il y a eu le dîner. Maman était silencieuse, trop silencieuse. Elle qui d'habitude remplit les blancs avec des anecdotes du travail, des questions sur notre journée, des projets pour le week-end. Ce soir, elle fixait son assiette, piquait sa salade sans la manger, buvait son eau par petites gorgées nerveuses. François parlait de la Bourse, du jardin, de la météo , il n'avait rien remarqué, il ne remarquait jamais rien. Mais maman, elle, n'écoutait pas. Son esp
ElenaLe téléphone vibre pour la dixième fois. Le nom de Julie s'affiche sur l'écran, entouré de petits cœurs rouges qu'elle a elle-même ajoutés dans mes contacts il y a des années, quand on était encore insouciantes, quand ma vie n'était pas un labyrinthe de mensonges et de secrets.Je laisse sonner. Comme j'ai laissé sonner les neuf fois d'avant.Les messages s'accumulent. Des points bleus qui clignotent, des notifications qui s'empilent, des mots qui se font de plus en plus pressants. "T'es où ?" "Tu me manques." "Pourquoi tu réponds plus ?" "Elena, ça va pas, là. Rappelle-moi." "T'as un problème avec moi ?"Je n'ai pas de problème avec elle. J'ai un problème avec le monde entier, avec la lumière du jour, avec les regards des autres, avec tout ce qui n'est pas lui.Samuel est assis sur le canap&e
ElenaIl a changé. Quelque chose dans ses yeux, ce soir, n'est plus le même. La tendresse est toujours là, tapie dans les profondeurs de ses pupilles noires, mais elle est recouverte par autre chose. Une faim. Une urgence. Une volonté de fer que je ne lui ai jamais vue.On est dans sa chambre. La porte est verrouillée, les rideaux sont tirés, la maison dort. La seule lumière vient de son écran d'ordinateur, qui diffuse une lueur bleutée et fantomatique sur les murs. Il est assis sur le bord du lit, les coudes sur les genoux, les mains jointes. Il me regarde sans parler.Je suis debout devant lui, immobile. Je ne sais pas quoi faire de mes mains, de mes jambes, de mon corps. D'habitude, c'est lui qui vient vers moi. D'habitude, c'est lui qui commence, qui guide, qui prend. Ce soir, il attend. Ce soir, il veut que ce soit moi.– Viens ici, dit-il.Sa voix est basse, rau
Elle porte une robe d'été, légère, fleurie, qui vole autour de ses genoux quand elle marche. Ses cheveux sont détachés, ils brillent au soleil comme un fleuve d'ébène. Elle est belle, trop belle, et chaque homme qu'elle croise la regarde. Chaque homme la déshabille des yeux et veut la toucher, la prendre, me la voler.Je marche à côté d'elle, la mâchoire serrée, les poings dans les poches, le regard en alerte. Elle ne remarque rien. Elle sourit, elle flâne, elle s'arrête devant un étal de bijoux, de foulards, de parfums. Elle est insouciante, légère, heureuse. Et je me déteste de vouloir éteindre cette légèreté pour la remplacer par autre chose, par une forme de soumission, par une promesse d'ex
Je lis dans ses yeux la compréhension. Pas la certitude – il n'a pas de preuve, il n'a que l'image floue d'une étreinte trop tendre, d'un geste trop familier, d'un rapprochement qui ne devrait pas exister entre un frère et une sœur. Mais l'ombre du doute est là, dans ses pupilles, dans ses sourcils qui se froncent, dans sa bouche qui s'entrouvre sans dire un mot.Samuel se lève d'un bond.– Papa, dit-il, et sa voix est trop rapide, trop forte, trop coupable. Tu veux quelque chose ?Sa main n'est plus sur ma cuisse. Elle est dans sa poche maintenant, cachée, comme une arme qu'on vient de faire disparaître après un crime. Il est debout, le dos raide, l'air aux aguets, le visage trop neutre pour être honnête.
LéoÀ midi, je suis dans mon bureau. Les volets sont à demi tirés. La lumière zèbre la pièce de bandes parallèles. Mon téléphone est sur le bureau, face contre verre. Je le retourne.J’ai besoin de te voir. Maintenant. – Franck.Je réponds. À l’hôpital. Bureau 417.Il arrive à treize heures. Il n’a
LéoLa lumière bleue du réveil numérique cisaille la chambre à trois heures dix-sept.Je regarde ce chiffre fixe, inaltérable, comme il compte les secondes de cette vie que je ne reconnais plus. À côté de moi, Carole dort. Sa respiration est un métronome parfait, régulier, sans une aspérité. Son co
LéoLa lumière de l’aube est un scalpel. Elle découpe la pièce, révèle la nudité du lieu, la nudité de nos corps enlacés, la nudité de ce que nous venons de faire. Cette lueur grise, impitoyable, ne laisse aucune place aux ombres où se cacher. Elle pose tout sur la table, crûment.Je regarde le pla
JadeJe vois dans ses yeux que c’est la même pour lui. Le même point de rupture qui approche. Son rythme se brise, devient chaotique, plus profond. Un rictus de plaisir pur déforme ses traits. C’est à la fois atroce et magnifique. La sculpture vivante de son extase.— Léo, je halète, le nom seul ét







