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Chapitre 2 : L'Arrogance 1

Author: Darkness
last update Petsa ng paglalathala: 2025-12-03 20:25:49

JADE

Trois jours. Soixante-douze heures d’une attente fébrile, d’un goût persistant sur mes lèvres que ni le café, ni le vin, ni le dentifrice le plus mentholé n’arrivent à chasser. Trois jours à sculpter dans une fureur aveugle, les doigts maculés d’argile et de frustration, en écoutant la pluie marteler la verrière de mon atelier. L’inconnu au costume gris et au baiser d’orage. Son parfum, son empreinte, son silence après coup. Un fantôme magnétique qui hante mes nuits.

Quand l’appel de la Fondation Moréac arrive, je sursaute comme une coupable. La voix de l’assistante est suave, polie.

— Madame Moréac aimerait vous rencontrer pour discuter d’une potentielle acquisition complémentaire. Pourriez-vous passer cet après-midi à 16h ?

Acquisition. Le mot fait briller une lueur d’espoir pratique, professionnel. Mais sous la cendre, une braise plus trouble s’agite. Là-bas. Là où cela est arrivé. J’acquiesce, la voix un peu rauque.

La Fondation, en plein jour, est un autre animal. La lumière crue de l’après-midi inonde le hall de marbre, sans merci. L’ambiance est feutrée, studieuse. Pas de foule, pas de champagne. Juste le clic-clac discret des talons d’une réceptionniste et le murmure lointain d’une visite guidée.

L’assistante me conduit non pas vers le bureau de la directrice, mais vers une annexe de la galerie, une salle de réunion vitrée donnant sur le jardin d’hiver. Mon cœur se serre. Là. Juste de l’autre côté de la paroi.

— Madame Moréac vous rejoindra sous peu. Veuillez patienter, dit l’assistante avec un sourire en coin avant de s’éclipser.

Je m’approche de la baie, posant mes doigts sur le verre froid. L’espace est vide, inondé de soleil maintenant. Rien ne subsiste de la tension électrique de l’autre soir. C’est juste une pièce. Un décor.

— Contempler les lieux du crime ?

La voix, grave et familière, me fige sur place. Elle vient de derrière moi, dans la salle. Je me retourne, le souffle coupé.

Il est là. Debout dans l’embrasure de la porte, combien de temps m’observait-il ? Vêtu d’un costume anthracite aujourd’hui, une chemise blanche immaculée, pas de cravate. Il a l’air encore plus imposant, plus réel en pleine lumière. L’intensité de son regard gris est insoutenable.

— Le crime ? réussis-je à articuler, feignant un calme que je suis loin de ressentir.

— L’incident de l’autre soir, corrige-t-il en entrant dans la pièce, refermant doucement la porte derrière lui. Un court-circuit. Des circonstances atténuantes.

Il s’avance, pas à pas, avec une lenteur calculée qui est une agression en soi. Il ne sourit pas. Son visage est un masque de parfaite maîtrise, mais ses yeux… ses yeux parcourent mon visage, mes lèvres, avec une intensité qui brûle.

— Je ne savais pas que vous faisiez partie du personnel, dis-je, croisant les bras, une défense dérisoire.

— Je n’en fais pas partie. Ma femme, en revanche, en est la fondatrice.

Le mot « femme » tombe comme un couperet. Froid. Définitif. Il le lance avec une neutralité qui est pire qu’une fierté. Une simple donnée factuelle, qui trace une frontière infranchissable. Madame Moréac. L’inconnu a un nom, un statut, une vie enchaînée. Adrien Moréac. L’information me frappe de plein fouet.

— Je vois, murmurai-je, le regard fuyant.

— Vraiment ? Il s’approche encore, jusqu’à se tenir à moins d’un mètre. L’espace entre nous vibre, chargé du souvenir de notre proximité bien plus intime. Je doute que vous ayez vu quoi que ce soit d’autre que… une opportunité.

Je cligne des yeux, incrédule.

— Une opportunité ?

— Le vernissage d’une jeune artiste. Un public influent à impressionner. Un homme seul, un peu à l’écart… Le calcul est assez transparent, Mademoiselle… Jade, c’est bien ça ?

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