MasukÉlisa
Mon appartement. Dix heures du matin. Je suis assise devant mon ordinateur depuis trois heures, et je n'ai pas écrit une seule ligne.
L'écran affiche un document vierge qui me nargue. Le curseur clignote, patient, indifférent à mon désarroi. À côté, ma tasse de café a refroidi depuis longtemps. Mon téléphone est posé face contre table, comme si je pouvais l'empêche
Le silence s'installe entre nous, lourd, épais, presque palpable. Un silence chargé de tout ce qu'on ne dit pas, de tout ce qu'on ne s'est jamais dit. Les passants nous contournent sans nous regarder, absorbés par leurs propres vies, leurs propres drames, leurs propres mensonges. Il baisse les yeux, comme un enfant pris en faute. Et soudain, il n'est plus le prédateur. Il n'est plus le manipulateur, le contrôleur, le jaloux maladif. Il n'est plus qu'un homme perdu, terrifié à l'idée de me perdre, qui fait des choses qu'il ne comprend pas lui-même, qui commet des actes qu'il réprouve mais qu'il ne peut pas s'empêcher de commettre.— Je suis désolé, murmure-t-il, la voix étranglée par l'émotion. Je suis désolé. Je ne voulais pas... Je ne voulais pas que ça se passe comme ça. Je ne voulais pas te faire peur, ou te mettre mal
ÉlisaIl est dix-huit heures quinze quand je franchis les portes vitrées du journal. La nuit est déjà tombée sur Paris, une nuit précoce de novembre qui engloutit la ville dans son manteau d'obscurité. Les réverbères projettent des halos orangés sur les trottoirs mouillés, et les voitures qui passent soulèvent des gerbes d'eau sale qui retombent en bruine sur les passants. Il a plu tout l'après-midi, une pluie fine et froide, insistante, qui s'infiltre partout – dans les cols de manteau, dans les semelles usées, dans les âmes déjà trop lourdes. L'air sent l'automne, les feuilles mortes qui pourrissent dans les caniveaux, les marrons grillés d'un vendeur ambulant, la fin imminente de quelque chose.Je remonte le col de mon manteau et je m'engage dans la rue, tête baissée contre le vent, le pas pressé des Par
Il m'allonge sur le canapé, et ce qui suit est une étreinte d'une intensité presque insoutenable. Ses mains qui parcourent mon corps comme si elles le redécouvraient pour la première fois. Sa peau contre la mienne, chaude, électrique, vivante. Ses soupirs, mes gémissements, cette fusion totale qui efface tout – la dispute, les mensonges, les doutes, les peurs. Pendant quelques instants, nous ne sommes plus deux êtres séparés, déchirés par les conflits et les malentendus. Nous sommes un seul corps, une seule âme, un seul souffle. Il n'y a plus de prison. Il n'y a plus de chaînes. Il n'y a plus de victime ni de bourreau. Il n'y a que lui, il n'y a que moi, il n'y a que cette passion qui nous consume et nous régénère à la fois.Après, nous restons allongés en silence, enlacés sur le canapé, le souffle court, le
ÉlisaLa dispute a éclaté pour un rien. Un grain de sable dans l'engrenage de notre quotidien. Un retard de vingt minutes, une excuse maladroite, un soupçon dans son regard. Et soudain, c'est l'explosion. Pas une petite dispute domestique, pas une querelle d'amoureux qui se termine par un baiser et un sourire. Une explosion nucléaire. Un cataclysme émotionnel qui emporte tout sur son passage.Tout a commencé quand je suis rentrée à vingt heures cinquante au lieu de vingt heures trente. Un retard dérisoire, insignifiant, que j'aurais pu justifier sans peine – le métro bondé, une correspondance ratée, un feu rouge interminable. Mais ce soir, je n'ai pas eu le temps d'ouvrir la bouche qu'il était déjà debout au milieu du salon, les poings serrés, les yeux brillants de cette lueur que je connais trop bien. Cette lueur qui annonce la tem
J'ai supprimé le message. Je l'ai effacé définitivement, sans lui en parler, sans lui laisser le choix. Elle ne l'a jamais su. Elle a raté la conférence, elle s'est excusée platement auprès de son patron, elle s'est demandé pourquoi il ne lui en avait pas reparlé, pourquoi il semblait froid et distant ces derniers temps. Et moi, j'étais soulagé. Profondément, égoïstement, honteusement soulagé.Le mois dernier, j'ai subtilement dévalorisé un projet auquel elle tenait plus que tout. Une série d'articles sur les violences conjugales, un sujet qui lui tenait à cœur, sur lequel elle travaillait depuis des semaines. Elle m'en parlait le soir, les yeux brillants d'enthousiasme, la voix vibrante de détermination. Elle avait trouvé des témoignages poignants, des statistiques accablantes, des angles originaux. Elle v
AdrienElle est fatiguée. Je le vois bien. Depuis quelques semaines, elle a les traits tirés, les yeux cernés de mauve, cette lassitude dans le regard qu'elle essaie de cacher derrière des sourires de façade mais qui transparaît malgré elle, comme une fissure dans un vase précieux. Elle travaille trop. Son journal la dévore. Elle passe trop de temps au bureau, entourée de gens qui ne la méritent pas, des collègues qui ne voient pas sa valeur, un patron qui l'exploite, des sources qui la manipulent. Elle court après des dossiers qui ne lui apporteront rien, des articles qui seront oubliés le lendemain, des scoops qui feront la une pendant vingt-quatre heures avant d'être remplacés par d'autres scoops, d'autres catastrophes, d'autres scandales. Elle s'épuise pour un monde qui ne lui rendra jamais ce qu'elle lui donne. Elle rentre tard, elle s'endort







