LOGINIl m'allonge sur le canapé, et ce qui suit est une étreinte d'une intensité presque insoutenable. Ses mains qui parcourent mon corps comme si elles le redécouvraient pour la première fois. Sa peau contre la mienne, chaude, électrique, vivante. Ses soupirs, mes gémissements, cette fusion totale qui efface tout – la dispute, les mensonges, les doutes, les peurs. Pendant quelques instants, nous ne sommes plus deux êtres s
Il sursaute, comme un enfant pris en faute. Il lève la tête, et je vois son expression passer de la surprise à la gêne, puis à quelque chose de plus dur, de plus froid, de plus menaçant. Il ne repose pas le téléphone. Il ne s'excuse pas. Il me regarde, et ses yeux sont deux lames qui me transpercent.— Je vérifiais quelque chose, dit-il calmement.— Tu vérifiais quoi ? C'est mon téléphone, Adrien. Mon téléphone personnel. Tu n'as pas le droit.— Je n'ai pas le droit ? Vraiment ? Je n'ai pas le droit de savoir à qui tu parles ? Ce que tu racontes sur moi ? Ce que tu caches ?— Je ne cache rien.— Ah non ? Alors ça, c'est quoi ?Il tourne l'écran vers moi, et je vois une conversation avec Sophie. Une conversation d'il y a trois jours, où je me confiais à elle, où j
ÉlisaJ'ai accepté. Pour la paix. Pour éviter la crise. Pour ne pas le perdre. J'ai accepté de ne plus voir Marc, de ne plus déjeuner avec lui, de ne plus lui parler en dehors des réunions obligatoires. J'ai sacrifié une amitié de trois ans sur l'autel de la jalousie d'Adrien, et je me déteste pour ça.Le lendemain de notre dispute, je suis allée trouver Marc à la machine à café. Il était là, sa tasse fumante à la main, son sourire chaleureux aux lèvres. Il m'a saluée comme d'habitude, avec cette gentillesse désarmante qui le caractérise. Il m'a demandé si j'avais passé un bon week-end, si j'avais vu le dernier film de Lelouch, si j'avais pensé à relire son article sur les élections municipales. Et moi, j'ai bafouillé. J'ai dit que j'étais pressée, que j'a
Le silence tombe comme un couperet. Elle me regarde, bouche bée, les yeux écarquillés. Elle ne s'attendait pas à ça. Elle pensait que j'allais râler, tempêter, faire une scène, puis me calmer et m'excuser. Comme d'habitude. Mais cette fois, c'est différent. Cette fois, je ne me contenterai pas de râler. Cette fois, je pose une condition. Une limite. Une frontière qu'elle ne pourra pas franchir.— Quoi ? murmure-t-elle.— Arrête de voir Marc. Ne déjeune plus avec lui. Ne travaille plus avec lui. Ne lui parle plus, sauf pour des raisons strictement professionnelles. Et encore, seulement si c'est indispensable.— Tu es en train de m'interdire de voir un ami ? Tu es sérieux, là ? Tu es en train de m'interdire de voir qui je veux ?— Je ne t'interdis rien. Je te demande. Je te demande, pour moi, pour nous, pour notre couple, de prendre tes distances avec un homme qui représente une menace.— Une menace ? Marc, une menace ? Mais tu l'as rencontré une fois, Adrien. Une fois. Tu lui as parlé
Il ouvre les bras, et je m'y blottis sans réfléchir. Je pose ma tête contre son torse, j'écoute son cœur qui bat, régulier, rassurant. Il referme ses bras sur moi, et soudain, je suis en sécurité. Soudain, je n'ai plus peur. Soudain, tout va bien. Il m'aime, je l'aime, et rien d'autre ne compte.Mais au fond de moi, la petite voix murmure. Elle dit que cette sécurité est un mensonge. Elle dit que ce réconfort est un piège. Elle dit que cet homme qui me tient dans ses bras est le même qui me terrorise, le même qui me suit dans la rue, le même qui fouille dans mes affaires, le même qui hurle et qui casse et qui menace. Elle dit que je suis en train de m'habituer à la peur, de l'apprivoiser, de la normaliser. Et que c'est ça, le vrai danger.Je fais taire cette voix. Je l'enfouis dans les ténèbres, là où je ne l'entendrai plus. Et je reste dans ses bras, immobile, silencieuse, à savourer cet instant de paix avant la prochaine tempête.AdrienIl y a un homme de trop dans la vie d'Élisa. I
ÉlisaJe commence à avoir peur. Pas une peur vague, pas une inquiétude diffuse, pas une angoisse existentielle comme on en a tous les dimanches soir. Non. Une peur réelle, concrète, viscérale. Une peur qui me réveille la nuit, qui me coupe l'appétit, qui me fait sursauter quand il pose sa main sur mon épaule sans que je l'aie entendu arriver. Une peur qui s'insinue dans chaque recoin de ma vie, dans chaque pensée, dans chaque geste, comme un poison lent qui paralyse tout sur son passage.Je n'en ai parlé à personne. Pas même à Sophie. Surtout pas à Sophie, qui me dirait de partir, qui me supplierait de partir, qui ne comprendrait pas pourquoi je reste. Comment lui expliquer ? Comment expliquer à quelqu'un qui n'a jamais vécu ça que la peur de partir est parfois plus forte que la peur de rester ? Que la peur de le perdre, lui, est plus terrifiante que la peur de ce qu'il pourrait me faire ? Que l'amour et la peur sont devenus si intimement mêlés dans mon esprit que je ne sais plus les
Le silence s'installe entre nous, lourd, épais, presque palpable. Un silence chargé de tout ce qu'on ne dit pas, de tout ce qu'on ne s'est jamais dit. Les passants nous contournent sans nous regarder, absorbés par leurs propres vies, leurs propres drames, leurs propres mensonges. Il baisse les yeux, comme un enfant pris en faute. Et soudain, il n'est plus le prédateur. Il n'est plus le manipulateur, le contrôleur, le jaloux maladif. Il n'est plus qu'un homme perdu, terrifié à l'idée de me perdre, qui fait des choses qu'il ne comprend pas lui-même, qui commet des actes qu'il réprouve mais qu'il ne peut pas s'empêcher de commettre.— Je suis désolé, murmure-t-il, la voix étranglée par l'émotion. Je suis désolé. Je ne voulais pas... Je ne voulais pas que ça se passe comme ça. Je ne voulais pas te faire peur, ou te mettre mal







