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Chapitre 6

last update Fecha de publicación: 2026-08-18 18:39:41

Chapitre 6

LE POINT DE VUE DE SORAYA

Ce n'est qu'en clignant des yeux, une seconde fois, que je comprends vraiment ce que je regarde.

Il n'est pas seul.

La lumière tamisée provenant d'une lampe au sol éclaire la scène par en dessous, sculptant les ombres de manière théâtrale, presque cruelle. Il est torse nu, la peau luisante de sueur, et une femme est agenouillée entre ses jambes écartées. Elle est vautrée là, totalement absorbée par sa tâche, la tête baissée, ses mouvements rythmiques et avides. Le sang que j'avais cru voir sur ses mains n'était rien d'autre qu'un tour que m'a joué la pénombre — c'était le vernis rouge cramoisi de la femme, ou peut-être une trace de rouge à lèvres fraîchement déposé, je ne sais plus, je ne cherche plus à comprendre, tant l'image devant moi efface instantanément toute autre pensée cohérente.

La première chose que je ressens n'est même pas la gêne, ni le choc de la surprise. C'est une déception, sourde, absurde, dont j'ai honte avant même d'avoir eu le temps de l'identifier. Je pensais avoir trouvé une faille. Une chance. Et je tombe sur ça. 

 Il n'y a aucune vulnérabilité dans la façon dont il est assis là, les jambes ouvertes, offrant son sexe à la bouche de cette femme comme un roi offrant un festin à un courtisan.

Puis, seulement après, vient l'embarras, brûlant, qui me monte au visage comme une marée. Je devrais reculer. Refermer la porte doucement. M'enfuir dans le couloir avant qu'il ne s'aperçoive de ma présence, avant que ce moment ne devienne irréversible. C'est la réaction logique, celle de n'importe quelle personne sensée. C'est ce que ma raison hurle que je fasse.

Mais mes pieds restent cloués au sol, comme si le parquet s'était soudainement transformé en marais gluant. Et mes yeux, malgré moi, ne quittent pas la scène. Je suis fascinée, horrifiée, incapable de détourner le regard. Je vois la façon dont sa main se referme dans les cheveux châtains de la femme, ses doigts s'enfonçant dans la masse pour guider son mouvement, non pas avec brutalité, mais avec une autorité tranquille. Je vois la façon dont sa mâchoire se contracte, un tic nerveux au coin de ses lèvres qui trahit un plaisir intense, une expression que je ne lui ai encore jamais vue et qui n'a rien à voir avec la froideur professionnelle qu'il m'a montrée jusqu'ici.

La femme émet un son guttural, étouffé, un gémissement humide qui résonne dans la pièce calme. Je vois sa tête descendre puis remonter, ses lèvres s'étirant autour de la verge épaisse et dure de l'homme, le vernis rouge contrastant de manière obscène avec la peau pâle de son érection. Elle le prend profondément, la salive brillant sur sa peau à chaque remontée, des filets baveux coulant sur son menton. C'est cru, c'est visqueux, c'est incroyablement pornographique, et c'est là, juste devant moi.

Il ne sursaute pas en me découvrant. Il ne tique même pas. Aucun mouvement de panique, aucune tentative de se cacher. Il tourne simplement la tête vers moi, avec une lenteur délibérée, comme s'il avait senti ma présence depuis le début, comme si mon intrusion ne faisait que partie du script.

Un sourire, lent et provocateur, étire ses lèvres. Il ne cesse pas d'appuyer la tête de la femme contre son sexe, il ne ralentit pas le rythme. Il me regarde droit dans les yeux, et ce regard me transperce.

— Voyons, ma belle, dit-il, la voix rauque mais parfaitement maîtrisée, entrecoupée par une légère reprise de souffle qui trahit l'effort physique. Tu es venue très tard.

Je ne bouge pas. Je ne peux pas bouger. L'air dans la pièce semble s'être épaissi, saturé de l'odeur du sexe, de la sueur et d'un parfum capiteux qui émane de la femme agenouillée. Je suis figée sur le seuil, une silhouette spectatrice dans ce théâtre privé.

— Tu veux te joindre à nous ?

La question flotte dans l'air, lourde de sous-entendus. Il ne sourit plus de toutes ses dents, mais ses yeux pétillent d'une amusement cruel. Il sait exactement ce qu'il fait. Il voit mes joues s'empourprer, il voit ma poitrine se soulever plus vite sous ma chemise. Il lit ma réaction physique mieux que je ne peux la masquer.

Les mots restent bloqués quelque part entre ma gorge et mes lèvres. J'ouvre la bouche pour répondre — protester, l'insulter, lui dire qu'il est dégoûtant, n'importe quoi pour briser cette tension insoutenable — mais rien ne sort. Ma langue est paralysée, sèche comme du papier. Ma bouche se referme d'elle-même, incapable de former le moindre son, tandis que mes joues s'embrasent d'une chaleur que je refuse catégoriquement d'analyser. C'est une chaleur qui ne vient pas seulement de la honte, mais d'une pulsation soudaine et traîtresse entre mes propres cuisses.

La femme, elle, ne s'arrête pas. Elle semble même redoubler d'ardeur, encouragée par l'attention de son maître, faisant glisser sa langue le long de la tige, léchant les veines saillantes avec des bruits de succion obscènes qui me martèlent les tympans.

Il me regarde encore, ce sourire toujours accroché à ses lèvres, comme si mon silence, mon trouble visible, ma fuite manquée, tout cela n'était qu'un divertissement de plus dans sa soirée. Il relâche légèrement sa prise dans les cheveux de la femme, caressant sa joue avec le pouce, tout en maintenant son regard verrouillé sur le mien. C'est une domination totale, un jeu de pouvoir où il détient toutes les cartes et où je ne suis qu'une pièce qu'il vient de déplacer sur l'échiquier sans même se lever.

Et moi, plantée sur ce seuil, incapable de reculer, incapable d'avancer, je comprends que je viens de lui offrir, sans le vouloir, la seule chose que je m'étais juré de ne jamais lui donner.

Une réaction.

Le silence s'étire, insupportable, jusqu'à ce que Nox baisse enfin les yeux vers la femme toujours agenouillée entre ses jambes.

— Lève-toi, dit-il, sans la moindre douceur dans la voix, comme s'il s'adressait à un objet dont il n'avait plus l'usage.

La femme obéit, visiblement contrariée, remettant un peu d'ordre dans sa tenue sans oser dire un mot. Elle me jette un regard — un mélange d'agacement et d'incompréhension totale — avant de se détourner vers une autre porte, celle qui mène sans doute à une chambre, et de disparaître sans un bruit.

Nox ne la suit pas des yeux. Il garde son regard rivé sur moi, ce sourire narquois toujours accroché aux lèvres, comme s'il attendait patiemment de voir ce que j'allais faire de cette scène ridicule dans laquelle je viens de m'échouer.

Et c'est précisément ce sourire qui me réveille.

Je serre les poings, sens la honte se transformer en quelque chose de plus dur, de plus utile — de la colère, pure et simple, contre lui, contre moi-même, contre cette nuit entière qui refuse de finir.

— Je ne suis pas venue pour ça, dis-je enfin, la voix tremblante mais déterminée.

— Je sais très bien pourquoi tu es venue, répond-il, amusé. Tu cherchais une sortie. Tu es tombée sur autre chose.

— Peu importe.

Je recule d'un pas, puis d'un autre, sans le quitter des yeux, refusant de lui laisser voir mon dos comme on refuserait de tourner le dos à un animal dont on ignore encore s'il va bondir.

— Tu ne veux pas rester discuter un peu ? lance-t-il, la voix chargée d'une ironie insupportable. On dirait que tu as des choses à dire.

— Je n'ai rien à vous dire.

— Vraiment.

Ce n'est pas une question. C'est une affirmation, prononcée avec ce calme glacial qui me met hors de moi plus que n'importe quel cri n'aurait pu le faire.

Je ne réponds pas. Je tourne les talons, malgré le frisson qui me parcourt à l'idée de lui montrer mon dos, et je quitte la pièce d'un pas rapide, presque en fuite, refermant la porte derrière moi avec plus de force que nécessaire.

Dans le couloir, seule, le cœur encore emballé, je m'appuie contre le mur et ferme les yeux une seconde, tentant de rassembler les morceaux épars de ma dignité.

Une sortie. Il me faut juste trouver une sortie.

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