LOGINSoraya rentrait simplement chez elle lorsqu'elle assista à une exécution en pleine nuit. Elle ne vit qu'un seul visage. Celui de Nox . Bras droit d'une puissante organisation criminelle, Nox reçoit un ordre simple : retrouver la témoin... et l'éliminer. Mais lorsqu'il la retrouve, quelque chose l'empêche d'appuyer sur la détente. À la place, il la kidnappe. Officiellement, c'est pour gagner du temps avant de recevoir de nouveaux ordres. En réalité, Nox ignore lui-même pourquoi il l'a épargnée. Pendant que la police recherche désespérément la jeune femme, les membres de l'organisation commencent à soupçonner Nox de trahison. Chaque jour où Soraya reste en vie met leurs deux existences en danger. Pour survivre, il lui ment. Il la manipule. Il la protège. Et plus il cherche à la garder en vie, plus il devient lui-même une cible. Soraya , de son côté, n'oublie jamais qu'il est son ravisseur. Elle cherche la moindre occasion de s'échapper, tout en découvrant que derrière le tueur impassible se cache un homme prisonnier d'un système qu'il n'a jamais réussi à quitter. Mais lorsque le chef de l'organisation décide de finir le travail lui-même, Nox n'a plus le choix. Pour sauver la femme qu'il devait tuer... Il devra déclarer la guerre à ceux qu'il appelait autrefois sa famille.
View MoreChapitre 1
LE POINT DE VUE DE SORAYA
Il est deux heures dix du matin quand ma vie bascule, et je ne le sais pas encore.
Douze heures de service à l'hôpital, les pieds en feu, l'odeur de désinfectant encore collée à ma peau. Il ne me reste que la rue Vasseur à traverser, puis l'impasse Fontaine qui raccourcit de cinq minutes le chemin vers mon appartement. Cinq minutes que je regretterai pour le reste de ma vie.
L'impasse est plus sombre que d'habitude. Le lampadaire du coin clignote, agonisant, comme s'il hésitait lui-même à éclairer ce qui va suivre. Je resserre mon écharpe autour de mon cou, presse le pas, les clés déjà entre mes doigts par réflexe.
C'est une voix qui m'arrête. Basse. Suppliante.
— Je te jure que je n'ai rien dit. Rien, tu m'entends ? Vincent, dis-lui, toi, dis-lui que j'ai rien dit —
Une seconde voix, glaciale, coupe la première :
— Ferme-la.
Je devrais faire demi-tour. Chaque fibre raisonnable de mon corps me le hurle. Mais mes jambes, elles, avancent vers l'angle du mur, aimantées par cette curiosité stupide et animale qui a dû tuer plus de gens que n'importe quelle arme.
Je passe la tête au coin du mur.
Trois silhouettes se découpent sous le halo mourant du lampadaire. Deux hommes debout, un troisième à genoux, les mains liées dans le dos, le visage ruisselant de larmes et de sueur. Celui qui domine la scène ne dit rien pour l'instant — il se contente d'observer, les mains dans les poches, avec une immobilité qui a quelque chose d'inhumain. Costume sombre. Carrure imposante. Un calme qui ne devrait appartenir à personne dans une ruelle où un homme est en train de mourir de peur.
— Tu sais ce qu'on fait à ceux qui parlent à la police, reprend l'homme à genoux d'une voix qui se brise. Je le sais. Alors pourquoi tu crois que je ferais ça ? Pourquoi ?
— Parce que Marchetti a un rapport avec ton nom dessus, répond enfin l'homme immobile.
Sa voix. Grave, posée, presque douce — et c'est précisément ce qui la rend terrifiante. Aucune colère. Aucune hésitation.
— C'est faux, c'est un coup monté, je te jure sur la tête de ma fille que —
— Ne mêle pas ta fille à ça.
Le ton n'a pas changé. Pas un degré de plus. Et pourtant l'homme à genoux se met à sangloter ouvertement, comme si ces cinq mots avaient scellé quelque chose de définitif.
— Nox, s'il te plaît, murmure l'autre homme debout, celui qui tient l'arme baissée contre sa cuisse. On n'a pas besoin de faire ça ici. On peut l'emmener, le boss voudra peut-être —
— Le boss a déjà décidé.
Nox.
Le nom se grave en moi avant même que je comprenne pourquoi. Je devrais partir maintenant, tout de suite, pendant qu'ils sont distraits — mais mon corps entier semble s'être changé en pierre.
L'homme nommé Nox s'accroupit face à celui qui pleure, à hauteur de son visage, et lui parle si bas que je n'entends presque rien. Puis il se redresse, tend la main. L'autre homme — Vincent — lui remet l'arme sans un mot.
— Regarde-moi, dit Nox à l'homme à genoux.
Il ne regarde pas. Il continue de sangloter, le front presque au sol.
— Regarde-moi, répète Nox, et cette fois il y a quelque chose dans sa voix, une fatigue à peine perceptible, comme s'il faisait ça pour la centième fois et qu'il n'en tirait plus aucune satisfaction depuis longtemps.
L'homme relève enfin la tête.
Le coup de feu déchire la nuit.
Je plaque ma main sur ma bouche pour étouffer le cri qui monte — trop tard. Mon talon racle le gravier. Un bruit minuscule, grotesque dans son insignifiance, qui résonne pourtant comme un coup de tonnerre dans ma poitrine.
Vincent se retourne le premier, arme levée vers l'obscurité.
— Y a quelqu'un.
Et alors, Nox tourne la tête.
Ses yeux trouvent les miens à travers le noir avec une précision qui n'a rien d'un hasard, comme s'il avait su depuis le début qu'il n'était pas seul. Je ne vois rien d'autre que son visage : mâchoire tendue, regard sombre et absolument calme — un calme qui me terrifie plus que n'importe quelle rage n'aurait pu le faire.
— Nox, dit Vincent, la voix soudain tendue. Nox, elle a tout vu.
Un silence. Long. Bien trop long.
— Je sais, répond simplement Nox.
Il ne bouge pas. Il continue de me regarder, et moi je suis incapable de faire quoi que ce soit d'autre que respirer, comme si ce regard m'avait cloué au sol plus efficacement qu'aucune corde.
— Alors qu'est-ce qu'on attend ? demande Vincent en faisant un pas vers moi.
— Recule.
Le mot claque, sec, autoritaire, et Vincent s'arrête net, visiblement surpris lui-même par cet ordre.
C'est ce moment-là — cette fraction de seconde où mon cerveau, tétanisé par la peur, retrouve enfin le contrôle de mes jambes — que je choisis pour courir.
Je ne réfléchis plus. Je ne sens plus mes pieds, ni le froid, ni rien d'autre que la peur pure et liquide qui inonde chaque parcelle de mon corps. Mes talons claquent sur le pavé, mon souffle se brise en sanglots silencieux. Je tourne à l'angle de la rue Vasseur, je manque de tomber, je me rattrape à un mur, je continue.
Derrière moi : aucun bruit de course.
Ce silence est pire que tout. Il me dit qu'il n'a pas besoin de courir. Qu'il sait exactement où je vais finir par m'arrêter.
J'atteins mon immeuble sans oser me retourner une seule fois, je grimpe les escaliers quatre à quatre, je claque ma porte, je pousse la commode devant avec une force que je ne me connaissais pas, et je reste là, dos contre le bois, les mains tremblantes, incapable de composer le numéro de la police tant mes doigts refusent de m'obéir.
Il a vu mon visage.
Il a vu mon visage, et je viens de voir le sien.
Mais avant d'atteindre mon immeuble, avant même de tourner à l'angle de la rue Vasseur — il y a eu ce moment. Ce moment que j'ai essayé, depuis, d'effacer de ma mémoire, sans jamais y parvenir.
Je cours depuis moins d'une minute quand une main m'agrippe le bras et me tire en arrière avec une force qui me coupe le souffle.
Je n'ai même pas le temps de crier qu'une paume se plaque sur ma bouche, ferme, glacée, sentant vaguement la poudre et le cuir. Mon dos heurte un mur — le sien, je comprends, une seconde trop tard, que ce n'est pas le mur mais son torse contre lequel il vient de me plaquer, dans le renfoncement obscur d'une porte cochère.
— Ne crie pas.
Sa voix, à quelques centimètres de mon oreille, est presque un murmure. Et pourtant elle a la même autorité glaciale que celle que je viens d'entendre ordonner à un homme de le regarder avant de mourir.
Je ne bouge plus. Je ne respire plus. Mon cœur cogne si fort contre mes côtes que j'ai l'impression absurde qu'il pourrait nous trahir tous les deux, ce battement affolé résonnant dans le silence de la ruelle comme un tambour.
Il retire lentement sa main de ma bouche, mais ne recule pas. Il est trop près. Je sens la chaleur de son corps contre le froid de la nuit, je vois, même dans l'obscurité, le reflet mat de quelque chose à sa ceinture — une arme, *l'arme* — et mes jambes se mettent à trembler si fort que je crois un instant qu'elles vont céder sous moi.
— Qu'est-ce que tu as vu ?
Sa question tombe, nette, sans détour. Je devrais parler. Je devrais dire quelque chose. Mais ma langue semble s'être soudée à mon palais, et tout ce qui sort de ma gorge est un souffle informe, un début de mot qui ne va nulle part.
— Regarde-moi, dit-il.
Les mêmes mots. Exactement les mêmes mots qu'il vient de prononcer devant un homme à genoux, une seconde avant de le tuer. Un frisson glacé me traverse tout entière, et je relève malgré moi les yeux vers lui — je ne vois qu'une ombre, la ligne dure d'une mâchoire, l'éclat sombre d'un regard qui semble tout lire en moi sans effort.
— Je... je n'ai rien vu, je bafouille enfin, la voix brisée, méconnaissable. Je rentrais chez moi, c'est tout, je n'ai rien vu, je le jure, je —
— Tu n'as rien vu.
Ce n'est pas une question. C'est une phrase qu'il répète, presque pour lui-même, comme s'il en soupesait chaque mot, cherchant le mensonge dans le tremblement de ma voix.
— Alors pourquoi tu cours ?
La question me frappe plus fort que le coup de feu de tout à l'heure. Je n'ai pas de réponse. Il n'y en a pas, de bonne réponse, pas quand on vient de voir un homme mourir à genoux dans une ruelle et qu'on prétend n'avoir rien remarqué. Mes yeux se remplissent de larmes malgré moi, et je sens, plus que je ne le vois, quelque chose changer dans sa posture — une hésitation, infime, presque imperceptible, comme une fissure dans le marbre.
Une voix retentit au loin, portée par l'écho de la ruelle.
— Nox ! Tu l'as retrouvée ?
Mon sang se glace. Je ferme les yeux, certaine que c'est fini, que dans une seconde ce sera comme pour l'homme à genoux — regarde-moi, et puis le noir.
Un silence. Un silence qui dure une éternité, pendant lequel je sens son regard peser sur moi, immobile, indéchiffrable.
— Oui, répond-il enfin, sans quitter mon visage des yeux. Je l'ai retrouvée.
Le mot tombe comme une sentence. Je retiens un sanglot, tout mon corps se raidit dans l'attente de ce qui va suivre — et c'est là, dans cette seconde suspendue entre la vie et tout le reste, que je comprends que je ne sais absolument rien de ce que cet homme s'apprête à faire de moi.
Il ne bouge pas tout de suite. Il se contente de m'observer encore, un long moment, comme s'il cherchait la réponse à une question qu'il ne s'était encore jamais posée. Puis, sans un mot de plus, il relâche mon bras et recule d'un pas.
Chapitre 40LE POINT DE VUE DE NOXJe retrouve Vincent là où je savais qu'il serait — le même bar discret en périphérie de la ville, celui où nous avons partagé tant de verres après tant de missions menées à bien ensemble, au fil de ces huit années où je le croyais loyal comme un frère.Il est seul à notre table habituelle, au fond, dos au mur, une bière à moitié entamée devant lui. Il relève les yeux en me voyant approcher, une surprise fugace traversant son visage avant qu'il ne retrouve rapidement une contenance.— Nox, dit-il, sa voix hésitante. J'ai entendu dire que le boss t'avait libéré.— C'est vrai, dis-je, m'installant face à lui sans y être invité.— Alors qu'est-ce que tu fais encore ici ?— Je voulais te voir une dernière fois, dis-je, mon regard ne quittant jamais le sien. Avant de partir pour de bon.Il hoche la tête, un mélange de nervosité et de soulagement traversant ses traits, comme s'il espérait, malgré tout ce qu'il a fait, que je sois venu ici pour tourner défin
Chapitre 39LE POINT DE VUE DE SORAYAMes mains tremblent tout le long du trajet, tellement que je dois finalement les serrer l'une contre l'autre sur mes genoux pour tenter de calmer ce tremblement qui refuse obstinément de s'apaiser.— Ça va aller, dit Nox, sa main venant se poser un instant sur les miennes, un geste de réconfort qu'il m'offre sans jamais quitter la route des yeux.— Je sais, dis-je, la voix étranglée par l'émotion qui monte inexorablement à mesure que les rues familières défilent derrière la vitre.Nous arrivons enfin devant la maison, et cette fois, il ne s'arrête pas de l'autre côté de la rue, à distance prudente comme la dernière fois. Il se gare directement devant, coupe le moteur, et se tourne vers moi.— Vas-y, dit-il doucement. Je t'attends ici.Je descends de la voiture, les jambes flageolantes, et remonte l'allée du jardin que j'ai parcourue des milliers de fois depuis mon enfance, chaque pas résonnant comme un battement de cœur supplémentaire dans ma poit
Chapitre 38LE POINT DE VUE DE NOXLe boss reste silencieux un long moment, ses yeux ne quittant jamais les miens, et pour la première fois depuis que je le connais, je crois déceler chez lui quelque chose que je n'avais jamais vu auparavant — une forme d'hésitation véritable, presque humaine, fissurant cette armure de calcul froid qu'il porte habituellement sans la moindre faille.— Tu n'as jamais rien dit, murmure-t-il enfin, la voix plus basse, presque pour lui-même. Pendant dix ans.— Tu ne m'as jamais demandé, dis-je, sans baisser mon arme pour autant.Il détourne le regard un instant, vers la fenêtre, vers cette nuit noire qui s'étend au-delà des vitres, et quand il se retourne vers moi, quelque chose dans son expression a changé — plus fatigué, plus vieux, soudainement, que l'homme redoutable qui s'est introduit dans cette maison il y a quelques minutes à peine.— J'ai fait pareil, à ton âge, dit-il, la confession m'échappant de sa bouche avec une facilité qui me surprend presq
Chapitre 37LE POINT DE VUE DE NOX— Si tu es prêt à mourir pour cette femme, dit le boss, un sourire amer étirant ses lèvres, c'est que tu tiens vraiment à elle. Plus que je ne l'aurais jamais cru possible, venant de toi.— Baisse ton arme, dis-je, sans lui accorder la moindre réponse à cette remarque.— Tu sais que je pourrais tirer avant même que tu n'aies le temps de réagir, continu-t- il , ignorant délibérément mon ordre. Mais on sait tous les deux que ce ne serait pas vraiment vrai, n'est-ce pas ? Tu as toujours été plus rapide que moi, Nox. Plus précis. C'est bien pour ça que je t'ai choisi, à l'époque.Quelque chose se brise en moi à cet instant — dix ans de retenue, dix ans à ravaler chaque doute, chaque nuit blanche, chaque once de dégoût envers moi-même, tout cela remontant d'un coup avec une violence que je ne peux plus contenir.— Dix ans, dis-je, la voix tremblant de rage contenue, mon arme toujours pointée droit sur lui, sans le moindre tremblement cette fois. Dix ans q












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