LOGIN"Il y a quelque chose que vous devez savoir."Kaëlen s'était assis à la table de la bibliothèque avec le même calme mesuré qu'il avait toujours, mais ses mains, posées à plat sur le bois, trahissaient une tension qu'il ne cachait pas complètement."Edmond m'a parlé pendant trois jours," dit-il. "Longuement. Honnêtement, je crois, autant qu'il en est capable.""Qu'est-ce qu'il t'a dit ?" dit Sandra."Il m'a dit qu'il avait cherché pendant soixante ans à contourner la prophétie sans la comprendre entièrement. Qu'il a ordonné des actions dont il a perdu le contrôle. Que l'Ombre Blanche est devenue quelque chose de plus grand que lui." Kaëlen prit une longue pause. "Il ne dirige plus entièrement l'organisation qu'il a créée.""Il l'a perdue ?" dit Damien."En partie. Il y a des lieutenants qui ont pris une autonomie qu'il n'a jamais autorisée. Des gens qui veulent la destruction pure des Sangs-Clairs sans la nuance qu'Edmond lui-même avait au départ.""Ces gens-là. Ils savent qu'il est ic
"Elle ne va pas disparaître."Jack fermait la porte de la chambre derrière lui, et sa voix avait une qualité différente de tout ce qu'elle lui avait entendu. Pas de contrôle. Juste de la peur brute.Sandra était assise sur le lit. Elle n'avait pas bougé depuis qu'ils avaient quitté la grande salle."Jack.""Non. Ecoute-moi d'abord." Il s'avança. "Elise a dit que l'interprétation n'est pas certaine. Que personne ne sait vraiment. Ca signifie qu'on peut chercher une autre façon. On a le temps. Edmond ne va pas attaquer si on est en train de négocier. On peut...""Jack."Il s'arrêta."Assieds-toi."Il s'assit en face d'elle, les coudes sur les genoux, les mains jointes, le regard fixé sur elle avec une intensité qui lui serrait la gorge."J'entends ce que tu dis," dit-elle. "Et je comprends pourquoi tu le dis.""Mais ?""Mais je ne changerai pas ce que j'ai à faire parce que ça comporte un risque pour moi.""Ce n'est pas un risque. C'est peut-être une disparition.""Peut-être." Elle sout
"Assieds-toi."Sandra désigna une chaise. Edmond la regarda une seconde, puis s'installa avec la dignité prudente d'un homme qui n'a pas l'habitude d'obéir.Jack resta debout à deux mètres d'eux. Personne n'avait quitté la salle."Explique-moi la prophétie. Ta version," dit Sandra."Tu connais la version officielle ?""Le Sang-Clair réunifie les deux mondes. Certains y voient une harmonie. Toi tu y vois une menace.""La version officielle est incomplète." Il croisa les mains sur ses genoux. "La prophétie dit que la réunification sera menée par le dernier Sang-Clair suffisamment puissant. Et qu'après cette réunification, les frontières entre les deux mondes n'existeront plus.""C'est ce que tout le monde sait.""Mais personne ne parle de la suite." Il la regarda. "La suite dit que celui ou celle qui opère cette réunification en paiera le prix. Un prix que le texte original appelle la dissolution de soi."Sandra ne cligna pas des yeux. "Tu veux dire que celui qui accomplit la prophétie.
Il arriva à l'aube.Pas avec une armée. Pas avec une offensive spectaculaire. Il frappa à la porte principale de l'académie comme un visiteur ordinaire.Ce fut Verne qui l'annonça, le visage parfaitement neutre mais la voix tendue d'un degré."Edmond Moreau demande à être reçu. Il dit qu'il vient en paix.""En paix," répéta Jack."Ce sont ses mots."Sandra regarda les quatre Gardiens. Elise et Antoine étaient déjà debout, côte à côte, avec cette immobilité particulière des gens qui ont attendu ce moment pendant des décennies."On le reçoit," dit Sandra."Sandra..." dit Damien."On le reçoit. Dans la grande salle. Avec tout le monde présent. S'il vient en paix, qu'il le prouve en parlant devant témoins."Verne la regarda une seconde, puis hocha la tête. "Bien."La grande salle de réception n'avait pas servi depuis longtemps. Les professeurs s'y alignèrent d'un côté, les quatre Gardiens prirent position autour de Sandra, Elise et Antoine se placèrent légèrement en retrait.Edmond Moreau
"Tu penses à quoi ?"La voix de Jack était basse. Ils étaient côte à côte dans le jardin intérieur, l'heure avancée, les étoiles visibles au-dessus des murs de l'académie. La veille du délai qu'Elise avait fixé."A tout en même temps," dit Sandra. "Et à rien de précis.""C'est possible ça ?""Apparemment."Il tendit les jambes devant lui, appuyé contre la pierre du banc. "Tu as peur ?""Moins que je ne le devrais peut-être.""Pourquoi moins ?"Elle réfléchit. "Parce que depuis que je suis arrivée ici, j'ai eu l'impression de courir après quelque chose sans savoir ce que c'était. Maintenant je sais ce que c'est. Et même si c'est terrifiant, au moins c'est clair.""La clarté aide.""La clarté aide beaucoup." Elle se tourna vers lui. "Et toi ? Tu penses à quoi ?""A des choses que je ne devrais pas penser la veille d'une confrontation.""Dis-moi quand même."Il regarda le ciel un moment. "Je pense que si ça tourne mal demain, j'aurai des regrets sur des choses que je n'ai pas faites.""C
"Deux jours."Léo répéta ces mots comme s'il testait leur poids. Il était debout devant la fenêtre de la salle commune, les bras croisés, le regard posé sur la cour intérieure baignée de brume matinale."Deux jours pour quoi exactement ?" dit-il. "Pour fuir ? Pour se préparer ? Pour trouver un plan ?""Pour tout ça à la fois," dit Jack depuis l'autre bout de la pièce."Dans cet ordre-là ?""Non. Simultanément."Léo se retourna. "Tu as l'air reposé pour quelqu'un dont l'arrière-grand-père vient de ressusciter et dont la protégée a quarante-huit heures avant que le pire ennemi de sa lignée débarque en personne.""Je ne suis pas reposé. Je suis concentré. Ce n'est pas pareil."Sandra posa son café sur la table. "On arrête. Tous les deux."Ils la regardèrent."On a deux jours. Chaque heure passée à tourner en rond est une heure qu'on ne consacre pas à quelque chose d'utile." Elle regarda Jack. "Quel est le plan ?""Elise et Antoine travaillent sur les protections supplémentaires cette nui







