ANMELDEN"Tu penses à quoi ?"La voix de Jack était basse. Ils étaient côte à côte dans le jardin intérieur, l'heure avancée, les étoiles visibles au-dessus des murs de l'académie. La veille du délai qu'Elise avait fixé."A tout en même temps," dit Sandra. "Et à rien de précis.""C'est possible ça ?""Apparemment."Il tendit les jambes devant lui, appuyé contre la pierre du banc. "Tu as peur ?""Moins que je ne le devrais peut-être.""Pourquoi moins ?"Elle réfléchit. "Parce que depuis que je suis arrivée ici, j'ai eu l'impression de courir après quelque chose sans savoir ce que c'était. Maintenant je sais ce que c'est. Et même si c'est terrifiant, au moins c'est clair.""La clarté aide.""La clarté aide beaucoup." Elle se tourna vers lui. "Et toi ? Tu penses à quoi ?""A des choses que je ne devrais pas penser la veille d'une confrontation.""Dis-moi quand même."Il regarda le ciel un moment. "Je pense que si ça tourne mal demain, j'aurai des regrets sur des choses que je n'ai pas faites.""C
"Deux jours."Léo répéta ces mots comme s'il testait leur poids. Il était debout devant la fenêtre de la salle commune, les bras croisés, le regard posé sur la cour intérieure baignée de brume matinale."Deux jours pour quoi exactement ?" dit-il. "Pour fuir ? Pour se préparer ? Pour trouver un plan ?""Pour tout ça à la fois," dit Jack depuis l'autre bout de la pièce."Dans cet ordre-là ?""Non. Simultanément."Léo se retourna. "Tu as l'air reposé pour quelqu'un dont l'arrière-grand-père vient de ressusciter et dont la protégée a quarante-huit heures avant que le pire ennemi de sa lignée débarque en personne.""Je ne suis pas reposé. Je suis concentré. Ce n'est pas pareil."Sandra posa son café sur la table. "On arrête. Tous les deux."Ils la regardèrent."On a deux jours. Chaque heure passée à tourner en rond est une heure qu'on ne consacre pas à quelque chose d'utile." Elle regarda Jack. "Quel est le plan ?""Elise et Antoine travaillent sur les protections supplémentaires cette nui
"Elle peut nous aider."Jack l'écoutait, les bras croisés, le dos contre le mur de la chambre. Chloé était assise à l'autre bout de la pièce, Damien et Raphaël de part et d'autre d'elle, pas comme des gardiens mais comme une présence."Elle a accès aux canaux de communication de l'Ombre Blanche," dit Sandra. "Elle peut transmettre ce qu'on veut qu'Edmond croie.""Et si elle transmet autre chose ?""Jack.""C'est une question légitime.""Oui. Et Chloé peut y répondre elle-même."Tout le monde regarda Chloé."Je comprends que vous ne me fassiez pas confiance," dit-elle. Sa voix était mesurée. "Je ne vous demande pas de le faire. Je vous demande de me laisser prouver que je peux être utile." Elle regarda Jack directement. "Ce que j'ai fait est réel. Ce que j'ai transmis a causé du tort. Je ne peux pas l'effacer. Mais je peux le contre-balancer.""Comment ?" dit Léo."Il y a un rendez-vous prévu. Edmond devait recevoir mon rapport sur Sandra dans trois jours. Sur son niveau de maîtrise, s
"C'est Chloé."Raphaël dit ces deux mots à voix basse, le lendemain matin, dans la chambre de Sandra, la porte fermée. Les cinq d'entre eux et lui, debout en cercle serré.Personne ne parla pendant une seconde."Tu en es certain ?" dit Jack."J'ai passé la nuit à croiser les informations. Chaque fuite, chaque moment où l'Ombre Blanche a semblé avoir un coup d'avance. Chloé était présente à chaque fois." Raphaël posa une feuille sur le lit. "Elle a accès aux systèmes de protection parce qu'elle fait partie du groupe technique des étudiants avancés. C'est elle qui a pu désactiver la partie du périmètre.""Et hier soir," dit Damien. "C'est elle qui a amené Sandra dans la salle des archives.""Pour qu'elle lise le message d'Edmond en présence de tout le groupe," dit Léo. "Parfait angle d'observation."Sandra regardait la feuille. Elle pensait à Chloé, ses oreilles pointues, ses commentaires secs et justes dès le premier soir. À sa façon de regarder les choses avec précision."Elle savait
"Ne touche à rien avant qu'on ait regardé."Jack entra le premier dans la salle des archives, suivi de Sandra, Raphaël et Léo. Damien fermait la marche, les sens en alerte.La salle sentait la pierre froide et l'encre ancienne. Les murs étaient couverts de rayonnages du sol au plafond, des rouleaux, des volumes reliés, des boîtes d'archives étiquetées en langues que Sandra reconnaissait à peine.Au centre du mur du fond, quelque chose que personne n'avait visiblement vu avant ce soir.Des lettres gravées directement dans la pierre. Profondes, nettes, récentes, les bords encore nets comme si l'outil les avait tracées dans la journée."Qu'est-ce qu'il y a écrit ?" dit Léo.Sandra s'avança et lut à voix haute."Ma petite-nièce. Je n'ai jamais voulu ta mort. J'ai voulu le silence de ta lignée. Ce n'est pas pareil. Si tu viens me voir, seule, je te dirai pourquoi j'ai passé soixante ans à détruire la famille de ma soeur. Et je t'offrirai quelque chose que personne d'autre ne peut t'offrir.
"Vous deux."Sandra s'arrêta devant la porte entrebâillée du salon réservé aux visiteurs. Les voix à l'intérieur étaient basses, mais elle les entendit clairement.Elle allait s'éloigner quand la voix d'Elise dit son nom."Sandra a ton courage. Et ma lumière. C'est un mélange dangereux et magnifique.""Elle a surtout sa propre chose," dit Antoine. "Quelque chose que ni toi ni moi n'avons jamais eu.""Quoi ?""La certitude. Dès le premier jour, elle savait qu'elle était à sa place. Nous, il nous a fallu des années."Un silence."Tu me manquais," dit Elise. La voix de la femme forte, réduite à trois mots simples."Chaque jour." Sa voix à lui était identique. "Chaque jour depuis soixante ans.""Je t'en ai voulu. Longtemps.""Je sais.""Et puis j'ai compris. Pas tout de suite. Pas même rapidement. Mais j'ai fini par comprendre pourquoi tu avais choisi cette façon.""Elise...""Je ne te pardonne pas encore entièrement. Je veux que tu le saches." Un silence. "Mais je ne suis plus en colère.







