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CHAPITRE 2

Autor: Joseph
last update Fecha de publicación: 2026-09-29 08:18:49

— Qu'est-ce qui vient de se passer ? hoqueta Annie, se plaquant pratiquement le dos contre le mur en bois alors que les pas lourds des chevaux royaux commençaient à s'éteindre au loin. Elle tourna des yeux écarquillés d'incompréhension vers la fenêtre.

— Tu as vu ça ? Le Prince Héritier... il a regardé droit vers cette fenêtre !

Isabella se força à hausser les épaules, faisant jouer ses omoplates pour chasser le frisson soudain qui lui parcourait la colonne vertébrale.

— Tu te fais des idées, Annie. Le soleil tape sur les lattes en bois. Il vérifiait probablement juste qu'il n'y avait pas de tireurs d'élite à la frontière, il ne regardait pas à l'intérieur de la chambre d'un apothicaire.

Elle s'efforça de donner à sa voix son ton plat et indifférent habituel, mais sous ses côtes, son cœur martelait un rythme frénétique et irrégulier. Une pensée troublante lui traversait l'esprit. Il lui semblait familier.

— Il y a quelque chose de bizarre chez lui, murmura Isabella à haute voix en s'éloignant de la vitre pour se frotter les bras. Je l'ai senti jusqu'ici.

Annie laissa échapper un rire souffleux et nerveux, croisant les bras tandis que ses couleurs lui revenaient lentement.

— Ne me dis pas que tu as envie de te le taper lui aussi, Isabella, je connais ce regard. Parce que crois-moi, il est hors de notre portée, et en plus, il a une fiancée.

Isabella se retourna, un sourire lent et espiègle étirant ses lèvres alors qu'elle levait un sourcil.

— Et depuis quand cela m'a-t-elle déjà arrêtée ?

Les deux jeunes filles éclatèrent d'un fou rire, ce creux de démence brisant la tension suffocante que le cortège royal avait fait peser sur la pièce.

Isabella se laissa tomber à nouveau sur le lit étroit, glissant ses mains sous sa tête pendant qu'Annie se laissait glisser jusqu'au plancher, ramenant ses genoux contre sa poitrine.

— C'est quand, déjà, le truc de la pleine lune ? Père dit que c'est dans environ quatre semaines entières, mais tu sais qu'il n'est jamais bon avec les dates, dit Isabella.

— Il n'y a pas vraiment de date fixe pour la pleine lune, mais on peut évidemment la prévoir quand on est à deux semaines de l'échéance. On le sent, tu sais, notre loup nous le dit.

— Comment ça ? Il se met à hurler ou un truc du genre ? Isabella rit.

— Ma fille, bien sûr que non. Il te le fait simplement comprendre, répondit-elle en soupirant.

Cela faisait toujours de la peine à Annie de savoir qu'Isabella ne pouvait pas assister à l'événement puisqu'elle n'avait pas de loup et n'était pas liée à l'un d'eux. Tous les défaillants comme Isabella devaient rester à l'intérieur, alors Annie lui apportait toujours du thé.

Avant que leurs décollements de rire ne s'éteignent tout à fait, le grincement sec de la porte d'entrée s'ouvrant résonna dans le calme du chalet. Le bruit de talons de bottes lourdes franchissant le seuil fut immédiatement accueilli par la voix de Santiago, chaleureuse et étonnamment décontractée.

— Isabella !

La voix rauque et lourde de son père s'éleva du couloir, suivie du tintement de fioles en verre qu'on entassait dans une besace en cuir. Isabella s'assit sur le lit alors que Santiago passait sa tête grisonnante par la porte, son manteau déjà posé sur ses épaules maigres.

— Je pars, dit-il en essuyant ses mains tachées sur un chiffon. Une patrouille frontière a rapporté une escarmouche près de la rivière. Je dois aller soigner des blessés de guerre à la maison de meute de Mainstream. Je ne serai pas de retour avant l'aube.

— Ce soir ? Isabella fronça légèrement les sourcils. Les routes sont encore très surveillées après l'inspection royale, Papa.

— C'est bien pour cela que je pars maintenant, avant qu'ils ne verrouillent totalement les portes, dit Santiago.

Il regarda Annie, son expression s'adoucissant.

— Annie, reste là et mange quelque chose d'abord. Attends un peu avant de prendre le chemin du retour pour être sûre que l'Alpha et ses gardes ont fini de dégager la voie principale.

— Merci, Monsieur Santiago, dit Annie avec gratitude.

— Il y a le dîner sur le poêle, du mouton mijoté, ajouta Santiago en pointant un doigt gercé vers Isabella. Ne le fais pas brûler.

Avant qu'Isabella ne puisse sortir une réplique sarcastique, la porte d'entrée s'ouvrit et se referma, laissant la cabane silencieuse une fois de plus. Annie ricana à nouveau, appuyant sa tête contre le cadre du lit tout en levant les yeux vers Isabella.

— Est-ce que ton père a la moindre idée que tu as une liaison et que tu étais en pleine séance avec Marcus juste avant que les cors ne sonnent ?

Isabella renifla, jetant un petit bouton en bois sur la tête de son amie.

— Si mon père découvrait que je me faisais prendre derrière la cabane de la garnison par un garde frontière, il planterait ma tête sur une pique avant même que j'aie le temps de m'expliquer.

Elle s'interrompit, s'adossant au mur avec un rire sec.

— Et pour que ce soit clair, je n'ai pas d'histoire avec Marcus. Je ne tombe pas amoureuse, je profitais simplement de sa verge très épaisse et très efficace.

Annie s'étouffa avec sa propre salive, mourant de rire tout en se cachant le visage.

— Tu es terrible, Isabella ! Vraiment terrible !

— Je suis pragmatique, la corrigea Isabella avec aisance.

Alors que le rire s'apaisait, l'expression d'Annie devint un peu plus songeuse, ses yeux dérivant à nouveau vers la fenêtre aux volets clos.

— En parlant du Prince Rodrigo... tu sais que les gens disent qu'il n'a toujours pas trouvé sa véritable âme sœur ?

Isabella pencha la tête.

— Vraiment ? Je pensais que les lignées royales avaient leurs âmes sœurs prédestinées commandées d'avance par la Déesse de la Lune.

— Ils l'ont cherchée dans presque toutes les meutes du nord, chuchota Annie en se rapprochant comme pour partager des secrets d'État. Ils ont pisté chaque femelle de haut rang, vérifié chaque lignée. Rien. Les gens disent que sa véritable âme sœur est peut-être morte, ou qu'elle vit comme une renégate dans les territoires sauvages.

Annie secoua la tête, une pointe d'envie dans la voix.

— Mais cela n'a même aucune importance de toute façon. Il a déjà une fiancée, Lady Sienna. C'est une Oméga ultra-gâtée de la plus haute cour, et ils doivent se marier le jour de son couronnement, quand il deviendra officiellement le Roi Alpha.

Isabella appuya sa tête contre le mur en bois brut, fixant les poutres du plafond. Une Oméga gâtée, un grand couronnement, et une âme sœur disparue.

Cela ressemblait au même conte de fées doré et éculé que chaque meute royale racontait pour garder les roturiers sous le charme. Mais alors qu'Isabella fermait les yeux, l'image du regard sombre et glacial de Rodrigo traversa à nouveau son esprit, froid, dominant et chercheur. Il ne ressemblait pas à un homme qui attendait une douce Oméga de la cour. Il ressemblait à un prédateur en quête de quelque chose qu'il n'avait pas encore trouvé.

— Eh bien, murmura Isabella, un sourire acéré et dangereux dessinant ses lèvres dans la pièce silencieuse, bonne chance à Lady Sienna.

Annie jeta un coup d'œil à travers les lattes en bois de la fenêtre, ses yeux s'écarquillant lorsqu'elle remarqua les nuances d'ambre et de pourpre qui teintaient le ciel du soir.

— Grands dieux, hoqueta Annie, les couleurs quittant ses joues en un instant. Le soleil se couche déjà. Je m'en suis tellement laissé raconter...

Une appréhension immédiate et suffocante s'immisça dans sa voix alors qu'elle se relevait précipitamment du plancher, lissant sa jupe de ses mains frénétiques et tremblantes. Ses yeux se tournaient vers la porte comme ceux d'un animal piégé.

— Mon âme sœur va être furieuse... il attend son dîner.

Isabella s'assit sur le bord du lit, ses sourcils se fronçant en une ligne sombre et marquée.

— S'il te touche, Annie, mords-lui la bite. C'est simple.

Annie bégaya, ses doigts s'agrippant à son col.

— I-il ne me frappe pas, Isabella, ce n'est pas comme ça...

Toutes deux savaient qu'elle mentait. Les légères ecchymoses jaunissantes sur le cou d'Annie murmuraient la vérité bien assez fort. Mais Isabella vit la panique pure dans les yeux de son amie et sut qu'insister en ce moment ne ferait que lui faire plus de mal.

Réprimant un lourd soupir de frustration, Isabella se leva, fit un pas en avant et enlaça Annie dans une étreinte ferme et rapide.

— Vas-y alors. Rentre bien.

Elle ouvrit la porte, regardant Annie se hâter sur le chemin de terre jusqu'à ce que sa petite silhouette disparaisse dans le crépuscule. Après le départ d'Annie, Isabella décida de se rallonger et de se reposer quelques minutes avant de s'attaquer au mouton mijoté sur le poêle.

Elle se réveilla en sursaut, le soleil doré du matin lui frappant directement le visage. Isabella s'assit, clignant des yeux dans un incrédulité totale. Elle avait dormi toute la nuit. Choquée de voir que le matin était déjà là, elle bascula immédiatement ses jambes hors du lit et se précipita dans la chambre de son père pour voir si Santiago était rentré. Son lit de camp était fait avec soin et vide. Il n'était pas encore revenu.

Ce n'était pas tout à fait inhabituel. Si l'escarmouche à la rivière avait été sévère, les victimes blessées auraient demandé toute son attention jusqu'au bout de la nuit. Pourtant, la cabane silencieuse laissait ses pensées bourdonner d'un mal de tête sourd et lancinant.

Tentant de secouer cette torpeur, Isabella s'occupa des herbes de la boutique, arrosant les rangées de feuilles d'argent et de racines de sang alignées le long du rebord de la fenêtre. Une fois terminé, elle attrapa une serviette rêche et se dirigea vers le bord de rivière isolé pour nager et rafraîchir sa tête douloureuse.

Elle s'attendait à ce qu'Annie la rejoigne près du cours d'eau. Annie ne savait pas nager, comme la plupart des loups, elle nourrissait une haine instinctive pour l'eau profonde, et les femelles louves n'étaient autorisées nulle part près des cours d'eau royaux restreints sans permis de la cour. Pour contourner les gardes frontières stricts, Annie avait promis de se glisser dans le pantalon de son frère, une tunique en lin trop grande et une casquette.

Pour Isabella, le cours d'eau était un sanctuaire. Étant une défaillante, elle ne possédait aucun instinct de loup lui faisant craindre l'eau, et aucune sensibilité aux barrières territoriales royales. Lorsqu'elle atteignit la rivière, l'air du matin était frais et baigné de lumière dorée. À son insu, perché haut sur un rebord rocheux ombragé et caché par de denses feuilles de pin, le Prince Héritier Rodrigo se tenait seul. C'était aussi son espace personnel, une retraite paisible loin de la cour royale suffocante.

Les yeux sombres de Rodrigo se froncèrent lorsqu'il aperçut du mouvement près de l'eau.

Il observa dans un silence stupéfait une jeune femme s'avancer dans la clairière. Elle déboutonna sa robe et la laissa glisser de ses épaules, la laissant s'accumuler à ses pieds.

Le souffle de Rodrigo se bloqua dans sa gorge.

Caché dans l'ombre, ses yeux parcoururent avidement sa peau nue, l'archure cambrée de sa taille, la courbe généreuse de ses hanches et le galbe plein et doré de ses seins scintillant sous le soleil du matin. Elle était à couper le souffle. Une fascination brute et sombre s'empara de lui, une attirance qu'il ne pouvait expliquer. Elle était en effet la créature la plus exquise qu'il ait jamais vue de ses yeux.

Juste à ce moment-là, une silhouette sortit des buissons pour s'avancer sur la berge en contrebas, vêtue d'un pantalon lourd, d'une tunique ample et d'une casquette rabattue bas. L'homme semblait très intime avec elle, car elle renversait maintenant la tête en arrière dans un rire profond, ses seins nus hors de l'eau, ses tétons roses dressés en un bouton ferme.

Le sang de Rodrigo se glaça instantanément. La fascination enivrante qu'il avait ressentie quelques secondes plus tôt s'évapora dans une vague de rage et de jalousie. Le dégoût lui brûlait la gorge.

« Une simple traînée », pensa-t-il amèrement, son orgueil en prenant un coup.

Il descendit la pente à grands pas, ses bottes claquant sur le chemin de gravier. Elle sembla le remarquer seulement à ce moment-là, car elle s'enfonça plus profondément dans l'eau pour se couvrir. Son amant prit immédiatement la fuite, la laissant complètement à sa merci.

— Qu'est-ce que... qu'est-ce que vous faites ici ? demanda-t-elle, ses jolis sourcils froncés.

— Ton amant doit être un lâche bien mprédisable, dit Rodrigo en la toisant.

— Et pour qui vous vous prenez pour parler de mon amant comme ça, espèce de chien puant ? répliqua-t-elle.

Rodrigo fut pris de court. Celle-ci était différente, en effet, avec une langue bien pendue.

À ce stade, Isabella avait perdu tout son calme, elle n'en avait rien à foutre, prince ou pas, personne ne lui parlait comme si elle était une ordure. Elle était reconnaissante qu'Annie ait réussi à s'échapper, car elle aurait eu de grands ennuis en tant que femelle loup de pur sang.

— Tu ne manques pas d'air, ricana-t-il en s'approchant. Amener un homme sur un territoire royal restreint pour une partie de jambe en l'air matinale dans la boue ?

Isabella sentit la colère flamber dans ses veines. Elle croisa les bras sur sa poitrine sous l'eau, le foudroyant du regard.

— Vous n'avez rien de mieux à faire que d'espionner les gens, Votre Altesse ? Foutez le camp !

Rodrigo laissa échapper un rire moqueur et dur.

— Foutre le camp ? Tu te tiens dans ma rivière, sur mes terres. Je suis soufflé que tu sois venue jusqu'ici juste pour te tremper comme un rat noyé. Les loups détestent l'eau profonde. Quel genre de monstre es-tu ?

Le menton d'Isabella se redressa, sa voix dégoulinant de venin.

— Je suis une défaillante, espèce de connard arrogant ! Voilà pourquoi !

Rodrigo se figea une fraction de seconde, ses sourcils sombres se froncèrent sous le coup de la prise de conscience, avant qu'un rictus froid et méprissant ne s'installe sur ses traits.

— Ah, ronronna froidement Rodrigo, sa voix empreinte d'un dédain venimeux. Une défaillante inutile. Pas de loup, pas de statut, pas de dignité. Cela explique tout. Tu ne peux même pas te transformer, alors tu vends ton corps éhonté à des hommes derrière les buissons juste pour te sentir utile.

L'insulte frappa Isabella comme une gifle en plein visage. Ses mains se serrèrent en poings fermes sous l'eau, ses dents se grincèrent.

— Comment osez-vous...

— Silence ! aboya Rodrigo, sa voix dominante résonnant à travers les arbres silencieux comme un coup de tonnerre. Mets tes vêtements et sors de mes terres avant que je ne demande à ma patrouille de te jeter dans un cachot sombre pour violation de propriété.

Refusant de le laisser la voir se terrer, Isabella le fixa avec une haine pure. Lentement, la tête haute, elle sortit de la rivière. Les yeux de Rodrigo ne s'attendaient clairement pas à ce qu'elle sorte de l'eau entièrement nue.

La brise fraîche du matin frappa sa peau mouillée alors qu'elle posait le pied sur la berge, absolument pas dérangée par son état.

Elle se pencha, attrapa sa robe en lin dans l'herbe et la passa par la tête.

Pendant tout ce temps, Rodrigo resta immobile sur la berge, son regard sombre suivant le moindre de ses mouvements. Ses yeux lui brûlaient la gorge, s'attardant intensément sur la forme pleine et mouillée de ses seins qui tendaient le tissu humide avant qu'elle ne rabatte le vêtement sur sa taille.

Isabella lissa ses jupes, lui lançant un dernier regard meurtrier. Sans ajouter un mot, elle tourna les talons et remonta le chemin de terre d'un pas vif en direction de l'apothicairerie, laissant le Prince Héritier seul au bord de l'eau, sa poitrine soulevée par un désir furieux qu'il luttait pour contrôler.

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