MasukIl y avait un banc dans le petit parc derrière l'église de Downtown — un banc en bois, vieux, avec le nom de quelqu'un gravé dans l'écorce du bois par un couteau d'enfant, illisible maintenant. Ils s'assirent là, dans le froid de l'après-midi, les pigeons à leurs pieds, et Jospain parla.— À Kasane, dit-il, nous sommes arrivés en été. La meute était épuisée — nous venions de quitter notre territoire précédent à la hâte, et j'avais promis à tout le monde qu'on s'installerait là-bas pour de vrai. Le temps d'une génération au moins. — Il avait les coudes sur les genoux, les mains jointes, le regard sur les graviers. — La première année s'est bien passée. Puis Nkrumah a retrouvé notre trace.— Il te suivait déjà depuis cette époque.— Depuis la mort de ma mère. Depuis que Kofi Bamba a tué la mate de l'Alpha Ngozi de l'époque — l'ancien Alpha, le père de Nkrumah — en pensant la tuer, elle.Zola prit un moment pour absorber ça. — Il y a une confusion d'identité là-ded
Dogo Ferreira n'avait rien d'un monstre.C'était le problème avec les gens vraiment dangereux : ils ressemblaient souvent à des gens ordinaires. Taille moyenne, visage agréable, la cinquantaine, un sourire qui donnait l'impression d'être sincère. Il tenait la porte du cabinet médical pour une vieille dame, il remerciait la standardiste, il avait un café de chez l'artisan et une veste qui venait clairement d'une belle boutique.Zola le remarqua parce qu'elle remarquait tout le monde — réflexe d'infirmière — et aussi parce qu'il la regardait.Pas comme les hommes qui la regardaient parfois dans la rue, avec cette attention flottante et banale. Ferreira la regardait avec une précision qu'elle reconnut : c'était le regard de son père quand il travaillait. Un regard de cataloguage. Que suis-je en train d'observer, et qu'est-ce que ça m'apprend ?Il attendit que la salle d'attente soit à moitié vide pour s'approcher du comptoir.— Mademoiselle Bamba, dit-il. Je suis le
Amara Diallo avait les mains d'une femme qui connaissait les plantes.C'était la première chose que Zola remarqua en entrant dans le petit appartement que la meute Sewero occupait au nord de la ville — dans un bâtiment ordinaire, au troisième étage, derrière une porte qui n'annonçait rien d'extraordinaire. Amara l'attendait à la table avec deux tasses de thé et quelque chose qui ressemblait à des herbes séchées disposées en cercle, et ses mains, quand elle leva les yeux, étaient les mains de quelqu'un qui travaille avec du vivant depuis longtemps. Des mains qui soignent.Comme les siennes, pensa Zola.— Assieds-toi, dit Amara.Jabari était dans le couloir, visible par la porte ouverte. Il ne regardait pas dans leur direction — il regardait la fenêtre — mais sa présence était là, discrète et constante. Jospain lui avait dit qu'il ne serait pas là ce matin. C'est entre vous, avait-il dit. Ce que tu as besoin d'apprendre, Amara peut te l'expliquer mieux que moi.Ell
Son père l'écouta jusqu'au bout. C'était déjà quelque chose.Il écouta sans l'interrompre, sans croiser les bras, sans prendre cette expression fermée qu'il avait quand une conversation était terminée avant qu'elle ait commencé. Il s'assit dans son fauteuil de bureau, les coudes sur les genoux, les mains jointes, et il l'écouta.Zola parla pendant vingt minutes. Elle parla des Ngozi, des attaques de la matinée, de la façon dont les témoins décrivaient ces loups-là différemment des Sewero — plus agressifs, plus chaotiques, sans la discipline qui caractérisait une meute bien menée. Elle parla de ce qu'elle avait appris — sans dire comment — sur la façon dont Nkrumah Ngozi fonctionnait, harcelant les territoires de Jospain depuis deux ans. Elle parla, finalement, de la proposition.— Une trêve temporaire, dit-elle. Pas une alliance. Juste une trêve. Les Sewero contiennent les Ngozi sur le territoire forestier, les chasseurs de Downtown neutralisent les Ngozi qui opèrent en
La meute Ngozi arriva à Downtown comme la pluie : sans prévenir, de partout à la fois, et de façon à ce qu'on réalise son étendue seulement quand il était trop tard pour fermer les fenêtres.Zola le comprit en soignant les trois blessés de l'attaque — deux lacérations profondes sur le bras d'une femme de soixante-deux ans, une morsure au mollet sur un adolescent, une épaule disloquée sur un homme qui avait eu le réflexe de se débattre. Aucun d'eux ne comprenait vraiment ce qui s'était passé. Ils parlaient de chiens énormes, de bêtes, de yeux qui brillaient.Les yeux rouges, ça ne correspondait pas à la meute Sewero.Elle passa sa pause déjeuner à réfléchir en regardant le mur de la salle de repos, le sandwich de Thandi intact sur ses genoux. Son père avait appelé deux fois dans la matinée — elle avait laissé sonner. Elle n'était pas prête à avoir cette conversation. Elle n'était pas certaine d'être prête pour une conversation qui commençait par tu savais que les Sewero a
Le silence dura assez longtemps pour que Zola entende le tic-tac de l'horloge de la cuisine, un son qu'elle n'avait jamais remarqué de toute son enfance parce qu'il faisait partie du fond sonore normal de la maison. Ce soir il semblait résonner.Son père ne bougeait pas. Il avait les mains à plat sur la table, de chaque côté de la photo, comme s'il l'encadrais. Son expression n'était pas de la colère — ce n'était jamais de la colère simple avec Kofi Bamba. C'était quelque chose de plus complexe et de plus difficile à gérer : de la déception, peut-être, mêlée à ce que Zola interpréta comme une peur froide qu'il ne s'autoriserait jamais à montrer complètement.— Parle-moi, dit-il.— La photo est trompeuse, dit-elle.— Je t'ai appris à lire les photos, Zola. Tu étais à trente centimètres de lui.— Il attendait dehors de la clinique. Je ne savais pas qu'il allait être là.— Et le café ?Elle ne répondit pas à ça.— Combien de fois tu l'as vu ?— Papa—







