LOGINLe silence dura assez longtemps pour que Zola entende le tic-tac de l'horloge de la cuisine, un son qu'elle n'avait jamais remarqué de toute son enfance parce qu'il faisait partie du fond sonore normal de la maison. Ce soir il semblait résonner.
Son père ne bougeait pas. Il avait les mains à plat sur la table, de chaque côté de la photo, comme s'il l'encadrais. Son expression n'était pas de la colère — ce n'était jamais de la colère simple avec Kofi Bamba. C'était quelque chose de plus coElle le trouva dans le café en face de la clinique, le lendemain à neuf heures du matin.Ce n'était pas un hasard — Jabari avait tracé ses habitudes de la veille, et Duvivier commençait ses matinées par un café dans l'un des deux seuls établissements de Downtown qui servait du café européen. Zola avait demandé à Jabari de lui indiquer lequel ce matin, et avait fait le reste seule.Il était assis près de la fenêtre avec un journal et un café. Elle entra, commanda au comptoir, et alla s'asseoir à la table voisine.Il la vit. Bien sûr qu'il la vit — quelqu'un comme Duvivier avait passé trente ans à surveiller les espaces, à identifier les personnes, à lire les intentions dans la façon dont les gens s'installaient dans une pièce. Il vit. Il ne bougea pas.Elle attendit trente secondes.Puis elle se retourna vers lui.— Sander Duvivier, dit-elle. Je suis Zola Bamba.Son visage ne trahit rien. Les yeux gris derrière les lunettes rondes restèrent parfaitement st
Jabari apporta la nouvelle un mardi matin avec une expression qui ne promettait rien de bon.Il entra dans le bureau du territoire sud, posa son téléphone sur la table face vers le haut, et dit :— Duvivier est en route pour Downtown.Le silence dura deux secondes.— Depuis quand ? dit Jospain.— Il a pris un vol Bruxelles-Paris hier soir. Correspondance pour l'Afrique ce matin. Selon mon contact à l'aéroport, il avait une réservation d'hôtel à Downtown au nom d'un de ses alias habituels.— Il arrive quand ?— Ce soir. Vingt et une heures locales.Zola qui était assise en bout de table dit, sans lever les yeux de la tasse qu'elle tenait :— Il ne sait pas qu'on sait.— Non.— Alors on utilise ça.Elle posa la tasse. Regarda Jabari, puis Jospain.— Il arrive, il cherche à observer. Il n'a pas encore de position officielle — s'il en avait une, il ne se déplacerait pas sous un alias. Il vient en éclaireur. — Elle croisa les bras. — Ce qu'on fait, c'est qu'on lui montre ce qu'on veut qu'i
Amara avait des mains qui savaient des choses.Ce n'était pas de la magie — Zola avait arrêté d'utiliser ce mot depuis quelques semaines, parce qu'il ne rendait pas service à la précision. C'était de la connaissance, accumulée sur des décennies, transmise d'une femme à une autre dans la lignée de la meute Sewero depuis des générations. Les plantes, les préparations, les points de pression et les herbes qui agissent en dessous du vocabulaire de la médecine officielle. Différent de la médecine. Pas moins réel.Ce matin-là, Amara était venue à l'appartement que Zola et Jospain avaient commencé à préparer — une vieille maison en pierre à la limite du territoire sud et du centre-ville, mi-chemin entre deux mondes, comme tout dans leur vie. Pas encore habitée, mais en route. Des meubles, quelques cartons, une cuisine qui fonctionnait et une chambre principale.Amara posa son sac sur la table de la cuisine et en sortit des bouteilles, des sachets, des choses que Zola apprenait à identifier p
Jabari trouva le premier nom en moins d'une semaine.Il avait travaillé avec cette efficacité discrète qui lui était propre — des appels à des contacts dans trois territoires différents, des échanges de mails encodés, la lecture de procès-verbaux de réunions du Conseil qui remontaient à 1973 et que personne n'avait pris la peine de numériser depuis. Il avait fait ça seul, méthodiquement, sans se plaindre de la fatigue ni du temps.Le premier matin de mars, il posa une feuille sur la table du bureau devant Jospain, Kofi et Zola.Un nom. Une photo floue, probablement tirée d'une archive de journal. Un homme d'une soixantaine d'années, le visage carré, les yeux d'un gris froid derrière des lunettes rondes.— Sander Duvivier, dit Jabari. Membre fondateur du Sous-comité Dressi en 1973. Officiellement retraité du Conseil en 2001. Officieusement toujours actif — trois de mes contacts l'ont mentionné indépendamment comme la personne vers qui les demandes sensibles sont acheminées.— Il est où
La neige arriva en février.Ce n'était pas commun à Downtown — la ville avait un hiver sec habituellement, des matins froids mais clairs. Cette année-là, pour des raisons météorologiques que les habitants discutèrent pendant des jours, la neige arriva et resta. Deux centimètres sur les toits, les pavés, les branches nues des arbres du parc derrière l'église.Zola la vit depuis la fenêtre de la clinique un matin, à sept heures, avant les premiers patients. Elle avait six mois de grossesse. Ses sens continuaient leur acuité progressive — les odeurs plus riches, les sons légèrement plus détaillés, cette présence intérieure toujours là et qui s'affirmait doucement. Elle avait appris à vivre avec, à la façon dont on apprend à vivre avec n'importe quelle nouvelle réalité : progressivement, imparfaitement, en la laissant devenir normale.Elle prit son téléphone. Envoya un message à Jospain : Il neige.La réponse arriva trente secondes plus tard : Je sais. Je suis dehors.
Asante répondit en moins de quarante-huit heures.Pas par lettre cette fois — un message court, crypté, transmis par un intermédiaire que Kofi connaissait depuis longtemps. Trois mots et un nom :Faites attention. Dressi.Kofi mit deux jours à trouver ce que Dressi signifiait. Ce n'était pas un nom de personne — c'était un nom de comité. Le Comité Dressi, officiellement le Sous-comité d'Évaluation des Phénomènes Liminaux, créé en 1973, officiellement dissous en 1987. Officieusement.— Il existe toujours, dit Kofi.Ils étaient dans le bureau. Zola avait cinq mois de grossesse maintenant — le ventre commençait à se voir clairement, quelque chose qui changeait la dynamique de l'espace autour d'elle de façon subtile, les gens qui bougeaient légèrement différemment quand elle était là. Elle ne le mentionnait jamais. Elle le remarquait.— Combien de membres ?— Asante n'a pas dit. Mais un comité de ce genre — quatre à sept personnes, probablement. Des membres a







