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Chapter 590

Auteur: S.j maria
last update Date de publication: 2026-11-03 19:01:12

La troisième lettre

Le soir du dix-neuf octobre, la veille du départ, Capucine monta dans sa chambre, ferma la porte, posa sur son lit les deux valises à moitié pleines. Elle s'assit au bord du matelas, tira de son carnet à couverture de tilleul une petite enveloppe de papier bleu : la troisième lettre de Noah, pour ses vingt ans.

— Tu l'ouvres ? dit Lucas, qui était venu la rejoindre.

— Je crois.

— Tu veux que je sorte ?

— Reste.

— D'accord.

— Mais ne dis rien.

— Je ne dirai rien.

Elle décache
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    La fleurLe douze avril au matin, jour du cent sixième anniversaire de Noah, Capucine, réveillée avant l'aube dans son ancienne chambre, descendit dans la cuisine en pyjama. La maison dormait encore. Elle traversa le couloir, poussa tout doucement la porte de la petite chambre du fond, où brûlait une veilleuse.— Fatima ?— Je suis là.— Je ne te réveille pas ?— Je ne dormais pas.— Tu ne dors jamais.— Je dors la nuit, dit Fatima. Le matin, j'attends.— Tu attends quoi ?— Toi.Elle était assise dans son lit, adossée à ses oreillers, le visage plus mince, plus lumineux. Sur la table de nuit, dans le pot de terre cuite, la capucine déployait ses larges feuilles rondes. Au bout d'une longue tige retombante, un bourgeon éclatait, à demi ouvert, orange vif.— Elle est en train, souffla Capucine.— Depuis cette nuit.— Elle fleurit.— Elle fleurit.— Tu l'as vue s'ouvrir ?— Oui. Cela fait trois heures que je la regarde.— Tu n'as pas dormi.— Pas du tout.— Pourquoi ?— Parce que je vou

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    L'avionÀ dix-huit heures trente, dans un avion à moitié vide, Capucine, la tête appuyée contre le hublot, regardait défiler les nuages. Lucas, à côté d'elle, feuilletait un magazine sans le lire. Entre eux, sur la tablette, le coffret de chêne reposait, refermé.— Tu as peur ? dit-il.— De quoi ?— D'arriver trop tard.— Je n'arriverai pas trop tard.— Comment tu le sais ?— Parce qu'elle m'a envoyé le bourgeon, dit Capucine. Si elle avait voulu partir, elle ne l'aurait pas fait.— Tu crois ?— Elle attend la fleur.— Et après ?— Après, je ne sais pas.— Tu as le papier ?— Quel papier ?— Celui qu'elle t'a laissé en janvier.— Dans mon manteau.— Tu veux le relire ?— Non.— Pourquoi ?— Parce que je le connais par cœur.— Qu'est-ce qu'il dit ?— « Une saison de plus. »— Oui, dit Lucas.— Elle l'a écrit avec beaucoup de difficulté.— Tu me l'as dit.— Je le redis.— D'accord.— Tu sais ce que j'ai pensé, quand je l'ai lu ?— Non.— Que c'était un testament, dit Capucine. Pas de bi

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    Le message de NourLe dix avril, au début de l'après-midi, le téléphone de Capucine vibra sur la table du jardin. Un message de Nour, accompagné d'une photographie. Elle l'ouvrit d'un pouce distrait, regarda l'image, s'immobilisa.— Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Lucas.— Un bourgeon.— Quoi ?— Karim.— Il a un bourgeon ?— Oui.— Où ça ?— Sur la tige.Elle lui tendit le téléphone. Sur l'image, on voyait, dans un pot de terre cuite, posé sur le rebord d'une fenêtre, la capucine, grandie, vigoureuse, dont les longues tiges retombaient comme des cheveux. Au bout de l'une d'elles, un petit bouton vert, très serré, pointait vers la lumière.— Il va fleurir.— Dans quelques jours.— Qu'est-ce qu'elle dit, Nour ?— Lis.— « Elle va fleurir bientôt. Fatima dit qu'elle veut que tu sois là. Mais elle ne veut pas que tu viennes pour ça. Elle dit que si tu viens pour ça, elle ne se le pardonnera pas. »— Elle est compliquée.— Elle est Fatima, dit Capucine.— Qu'est-ce que tu fais ?— Je ne sai

  • L'Antre du Lion   Chapter 617

    Le sursisLe lendemain matin, un article en première page du quotidien local titrait : « Quatre cents voix pour un jardin. » En dessous, une photographie de Capucine, micro à la main, entourée de Teresa et de Seu Armando. Dans le petit appartement de la colline, Lucas, avachi sur une chaise, lisait à voix haute.— « Une jeune Française de vingt ans a fait basculer une réunion publique. » Ils ont bien compté.— Pour une fois.— Ils ont même écrit ton prénom sans faute.— Ils ont dû se concentrer.— C'est un journal, dit Lucas. Ils font ce qu'ils peuvent.— « Elle a déclaré : "Une graine déménage mal." » C'est devenu une phrase célèbre.— Ah non.— Si. Regarde les réseaux.— Je ne veux pas.— Elle est partout.— Je n'ai pas voulu ça.— Tu as dit une vérité, dit Lucas. Les gens aiment ça.— Je n'ai pas dit de vérité. J'ai dit une chose que je crois.— C'est pareil.— Pas du tout, dit Capucine.On frappa. Teresa, hors d'haleine, déboula, un téléphone à la main.— Ils ont appelé !— Qui ?

  • L'Antre du Lion   Chapter 616

    La réunionLe vingt mars, à dix-huit heures, la salle polyvalente de l'école du quartier était bondée. Quatre cents personnes, serrées sur des chaises, debout contre les murs, se tenaient dans une chaleur moite, rythmée de conversations agitées. Au fond de la salle, derrière une longue table, siégeaient trois élus municipaux, dont l'un, grand, chauve, en costume anthracite, tapotait nerveusement sa montre.— Mesdames et messieurs, dit-il, en frappant la table. Un peu de silence, s'il vous plaît.Le brouhaha s'apaisa. Teresa, au premier rang, flanquée de Capucine, de Lucas et de Seu Armando, serrait un dossier sur ses genoux.— Nous sommes réunis ce soir, reprit l'élu, pour discuter du projet d'aménagement de la parcelle 412-B.— De quoi on discute ? lança une voix dans la foule. Vous avez déjà décidé.— Rien n'est décidé.— Alors pourquoi la lettre ?— C'est une consultation.— Une consultation après la décision ! dit une femme.Des rires, des applaudissements. L'élu, rouge, s'épongea

  • L'Antre du Lion   Chapter 615

    La lettre de la mairieLe premier lundi de mars, en arrivant au jardin, Teresa avait le visage fermé. Elle serrait contre elle une enveloppe de papier bulle, sur laquelle on distinguait le sceau de la mairie. Capucine, qui l'avait vue descendre l'escalier de pierre d'un pas rapide, rangea son arrosoir.— Qu'est-ce qu'il y a ?— Lisez.— Je ne lis pas bien le portugais.— Alors je traduis.Elle déplia la lettre, la tint à bout de bras, comme si elle risquait de brûler.— « Madame la présidente de l'association "Jardins de la colline". Nous vous informons que la parcelle numéro 412-B, actuellement occupée à titre précaire par votre association, fait l'objet d'un projet de cession à un promoteur immobilier. »— Une cession ?— Une vente.— Du jardin ?— Du terrain.— À qui ?— Un promoteur.— Pour quoi faire ?— Un immeuble, dit Teresa. Dix étages, avec parking souterrain.— Quand ?— Dans six mois.— Mais c'est le jardin de Seu Armando !— Ce n'est pas le jardin de Seu Armando, dit Tere

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