로그인Deux jours s'écoulèrent comme un cauchemar éveillé.
Quarante-huit heures pendant lesquelles Élise ne dormit pratiquement pas, tournant et retournant le contrat dans ses mains jusqu'à ce que le papier commence à se froisser. Quarante-huit heures à peser chaque mot, chaque clause, chaque implication de ce qui lui était proposé. Luna avait été d'un soutien ambigu, oscillant entre le "c'est complètement fou, refuse" et le "mais pense à tout ce que tu pourrais faire avec cet argent". Élise lui en voulait presque de ne pas être plus catégorique dans un sens ou dans l'autre. Le mercredi soir, comme chaque semaine, Élise se rendit au Mount Sinai Hospital pour voir sa mère. Elle prit le métro bondé, serrant son sac contre elle, le contrat caché au fond comme un secret honteux. Catherine Monroe était éveillée lorsqu'elle entra dans sa chambre. La maladie l'avait terriblement amaigrie, mais ses yeux – les mêmes yeux bleus qu'Élise – brillaient toujours de cette douceur qui avait bercé toute son enfance. — Ma chérie, murmura-t- elle en lui tendant une main tremblante. Élise la prit délicatement et s'assit sur la chaise à côté du lit, celle qui portait l'empreinte de toutes ses visites. — Comment tu te sens aujourd'hui, maman ? — Mieux, mentit- elle avec un sourire fatigué. Les infirmières sont adorables. Elles m'ont apporté de la glace à la vanille ce matin. Élise sourit, mais son cœur se serra. Sa mère avait toujours été ainsi, minimisant sa propre souffrance pour ne pas l'inquiéter. Même maintenant, alors que le cancer la dévorait de l'intérieur. Elles parlèrent de tout et de rien. Élise lui raconta des anecdotes de la galerie, évitant soigneusement de mentionner le gala, Damien Blackwood, ou la proposition qui hantait chacune de ses pensées. Sa mère lui parla de l'infirmière de nuit qui lui lisait des poèmes de Rumi, de la vue sur Central Park qu'elle pouvait apercevoir de sa fenêtre. — Tu as l'air fatiguée, Élie, observa-t- elle après un moment. Quelque chose te tracasse ? Élise hésita. Elle ne lui avait jamais menti, mais comment lui expliquer ça ? — C'est juste... le travail. Les factures. Tu sais comment c'est. Les yeux de sa mère se remplirent de larmes. — Je suis tellement désolée, mon bébé. Si j'avais pu éviter tout ça... — Maman, non, la coupa Élise en serrant sa main plus fort. Ce n'est pas ta faute. Rien de tout ça n'est ta faute. — Je me sens tellement inutile. Tellement... coupable de te faire porter ce fardeau. — Tu n'es pas un fardeau. Tu es ma mère. Et je ferais n'importe quoi pour toi. N'importe quoi. Les mots résonnèrent dans sa tête avec un poids nouveau. Elle resta jusqu'à ce que sa mère s'endorme, épuisée par la simple conversation. Avant de partir, elle s'arrêta au bureau des infirmières. — Comment va-t- elle vraiment ? demanda-t- elle à l'infirmière en chef, une femme compétente nommée Sharon qu'elle avait appris à connaître au fil des mois. Sharon eut cette expression qu'elle redoutait, ce mélange de compassion et de professionnalisme clinique. — Élise... nous faisons tout notre possible pour la garder confortable. Mais le cancer progresse. Sans un traitement plus agressif, plus expérimental... Elle laissa la phrase en suspens, mais Élise comprit. Plus cher. — Combien de temps ? murmura-t- elle. — Peut-être trois mois. Peut-être six si nous avons de la chance. Élise hocha la tête, incapable de parler. Sharon posa une main réconfortante sur son épaule. — Il y a de nouveaux protocoles d'immunothérapie qui montrent des résultats prometteurs pour ce type de cancer. Mais ils ne sont pas couverts par l'assurance, et... — Combien ? coupa Élise. — Au moins 200 000 dollars pour le traitement complet. Le chiffre la frappa comme un coup de massue. 200 000 dollars. Une somme qu'elle n'aurait jamais. Jamais, sauf... Sauf si tu acceptes. Elle quitta l'hôpital dans un état second, marchant sans but précis dans les rues de Manhattan. Ses pas la menèrent devant la Blackwood Tower, gratte-ciel de verre et d'acier qui se dressait comme un monolithe vers le ciel nocturne. Quatre-vingt-dix étages. Damien Blackwood était là-haut, quelque part, dans son bureau ou son penthouse, vivant dans un monde où 200 000 dollars n'étaient qu'une goutte d'eau dans un océan de richesses. Le portable d'Élise vibra. Un message de Marcus Chen : "Monsieur Blackwood attend votre réponse. Le délai expire dans quatre heures." Froid. Impersonnel. Comme tout dans cet univers. Élise regarda l'écran, puis le gratte-ciel, puis à nouveau l'écran. Ses doigts tremblaient lorsqu'elle composa le numéro inscrit dans le message. Une sonnerie. Deux. — Élise, répondit la voix grave de Damien, et quelque chose dans son ton suggérait qu'il avait attendu cet appel. — Je... j'ai lu le contrat. — Et ? Un silence. Dans ce simple mot, il y avait une attente, presque palpable. — Je ne peux pas accepter, lâcha Élise d'une traite. Le silence qui suivit fut assourdissant. Élise ferma les yeux, s'attendant à ce que Damien raccroche, à ce que tout s'arrête là. — Pourquoi ? demanda finalement l'alpha, sa voix dangereusement calme. — Parce que je ne suis pas à vendre. Parce que ce que vous proposez est... c'est obscène. Vous voulez faire de moi un objet, une possession que vous contrôlez selon votre bon vouloir. Je vaux plus que ça. — Je vois, dit Damien après un moment. C'est votre dernier mot ? — Oui, répondit Élise, même si chaque fibre de son être hurlait de protester. — Très bien. Dans ce cas, bonne chance, Élise Monroe. J'espère que votre fierté vous tiendra chaud les nuits où vous ne pourrez pas payer le chauffage. Le ton était glacial, blessant, et Élise sentit quelque chose se briser en elle. — Allez vous faire foutre, siffla-t- elle avant de raccrocher. Elle resta plantée là, tremblant de rage et de désespoir, son téléphone serré si fort dans sa main que ses jointures blanchirent. Elle avait fait le bon choix. Le choix digne. Le choix honorable. Alors pourquoi se sentait- elle comme si elle venait de commettre la plus grande erreur de sa vie ? --- Vingt minutes plus tard, alors qu'Élise était dans le métro qui la ramenait à Brooklyn, son téléphone sonna à nouveau. Numéro inconnu. Elle décrocha, irritée. — Quoi ? — Mademoiselle Monroe, ici Sharon, du Mount Sinai, répondit la voix surprise de l'infirmière. Je... je voulais vous informer qu'il s'est passé quelque chose d'extraordinaire. Le cœur d'Élise se serra. — Ma mère... — Oh non, elle va bien ! Enfin, aussi bien que possible. C'est juste que... nous venons de recevoir un don. Un don anonyme destiné spécifiquement au traitement de Catherine Monroe. Le monde s'arrêta de tourner. — Un... don ? — Oui. Un million de dollars. Avec des instructions explicites pour utiliser les fonds pour le nouveau protocole d'immunothérapie, les meilleurs oncologues disponibles, et tous les soins palliatifs nécessaires. Je... je n'ai jamais rien vu de tel. Non. — Qui ? demanda Élise d'une voix blanche. Qui a fait ce don ? — C'est anonyme, comme je vous l'ai dit. Le virement vient d'un compte offshore. Mais Élise... c'est un miracle. Votre mère va avoir une chance. Une vraie chance. Élise raccrocha sans répondre, ses mains tremblant si fort qu'elle faillit laisser tomber son téléphone. Autour d'elle, les autres passagers du métro la regardaient avec curiosité, mais elle ne les voyait pas. Damien. Ça ne pouvait être que lui. Qui d'autre aurait pu ? Qui d'autre aurait su ? Un nouveau message apparut sur son écran. Toujours Marcus Chen : "Monsieur Blackwood souhaite que vous sachiez que ce don n'a aucune condition attachée. Votre mère recevra les meilleurs soins possibles, que vous acceptiez sa proposition ou non. Il vous respecte suffisamment pour ne pas utiliser cela comme levier de chantage." Un second message suivit immédiatement : "Cependant, M. Blackwood a une nouvelle proposition. 10 millions de dollars au lieu de 5. Les termes du contrat restent les mêmes. Cette offre expire demain à midi. Réfléchissez bien." Élise fixa l'écran, incrédule. Dix millions. Et le traitement de sa mère déjà payé. C'était... C'était la manipulation la plus cruelle et la plus brillante qu'elle ait jamais vue. Damien lui donnait ce qu'elle voulait – les soins pour sa mère – tout en éliminant la raison principale qui aurait pu justifier l'acceptation du contrat. Et dans le même mouvement, il doublait l'offre, rendant le refus encore plus difficile. Élise voulait le détester. Voulait être furieuse de cette manipulation éhontée. Mais tout ce qu'elle ressentait, c'était une admiration horrifiée pour le génie machiavélique de cette manœuvre. --- Elle rentra chez elle dans un état second. Luna était sortie, laissant un mot sur la table de la cuisine : "Chez Sophie pour dîner. Rentre tard. Des restes de pizza dans le frigo." Élise n'avait pas faim. Elle s'effondra sur le canapé, fixant le plafond où une tache d'humidité formait une carte abstraite de son désespoir. Dix millions de dollars. Avec cet argent, elle pourrait recommencer sa vie après l'année. Reprendre ses études. Ouvrir sa propre galerie. Vivre sans le poids constant de l'inquiétude financière. Une année. Douze mois de sa vie. "Aucun attachement émotionnel ne devra être développé par aucune des parties..." Pouvait- elle faire ça ? Vivre avec Damien, partager son lit, accompagner ses événements, tout en gardant son cœur verrouillé ? Ses instincts d'oméga lui criaient déjà que c'était impossible. Que Damien Blackwood était dangereux précisément parce qu'il était compatible. Que tomber amoureuse de cet alpha serait aussi inévitable que douloureux. Mais peut-être... peut-être qu'elle pourrait se protéger. Garder une distance émotionnelle. Considérer cela comme un travail, rien de plus. Qui essaies-tu de convaincre ? Son téléphone vibra encore. Cette fois, un message directement de Damien : "Je sais que vous me détestez en ce moment. C'est compréhensible. Mais sachez une chose : je n'ai pas payé pour le traitement de votre mère pour vous manipuler. Je l'ai fait parce qu'aucun enfant ne devrait avoir à choisir entre sa dignité et la vie de sa mère. Votre mère vivra, Élise. Que vous acceptiez ou non. Maintenant, la question est : que voulez-vous pour VOUS ?" Élise lut et relut le message, cherchant le piège, la manipulation cachée. Mais elle n'en trouva pas. Juste une franchise brutale qui lui ressemblait tellement. Que veux-tu pour toi ? Elle ne savait plus. Elle ne savait plus rien. ---Dans la Bentley qui les ramenait au penthouse, le silence régna pendant les premières minutes. Élise regardait défiler les lumières de la ville, encore sous le choc d'avoir survécu – non, d'avoir réussi – sa première soirée mondaine. — Tu as été parfaite, dit soudainement Damien. Élise se tourna vers lui, surprise. L'alpha la regardait avec une intensité qui lui coupa le souffle. — Parfaite, répéta Damien. J'avais espéré que tu t'en sortirais bien. Je n'avais pas anticipé que tu les charmerais complètement. Tanaka-san ne s'enthousiasme jamais autant. Tu as transformé une négociation d'affaires en moment de connexion culturelle. C'est... tu es incroyable. Le compliment fit rougir Élise. — J'ai juste... parlé de ce que j'aime. — Exactement. Tu as été authentique. Pas calculatrice, pas fausse. Juste toi. Et ça a tout changé. Damien se pencha, sa main venant capturer le menton d'Élise. — Tu réalises ce que tu viens de faire ? Tu viens de sécuriser un deal de 500 millions de dollar
Le restaurant Masa était une légende parmi les légendes. Situé au quatrième étage du Time Warner Center, avec vue panoramique sur Central Park et Columbus Circle, c'était l'un des restaurants les plus chers et exclusifs d'Amérique. Réservation obligatoire des mois à l'avance, menu omakase à 1 200 dollars par personne – sans le vin. La Bentley les déposa devant l'entrée VIP. Damien descendit le premier et tendit la main à Élise, un geste chevaleresque qui surprit cette dernière. Leurs doigts s'entrelacèrent, et immédiatement, les phéromones de Damien l'enveloppèrent comme un cocon protecteur. — Reste près de moi, murmura l'alpha. Souris. Et laisse-moi gérer la conversation. À l'intérieur, ils furent accueillis par le maître d'hôtel comme des dignitaires. Le restaurant était un havre de zen minimaliste : bois de hinoki blond, éclairage tamisé, et un comptoir en bois massif de 26 places où officiait le chef Masa Takayama en personne. Mais ils ne s'arrêtèrent pas au comptoir. On les g
Marcus Chen arriva à quatorze heures pile, impeccable dans un costume gris perle. Il avait l'efficacité d'un général planifiant une bataille. — Mademoiselle Monroe, le salua-t-il avec un sourire chaleureux qui contrastait avec son professionnalisme. Prête pour votre transformation ? — Je ne suis pas Cendrillon, répliqua Élise. — Non, vous êtes bien mieux. Cendrillon n'avait qu'un bal. Vous, vous avez toute une vie sociale à conquérir. Ils prirent la Bentley – Élise commençait à s'habituer au luxe de cette voiture – et se dirigèrent vers la Cinquième Avenue. Première étape : Bergdorf Goodman. Le magasin de luxe était un temple de l'élégance. Marcus la guida à travers les étages avec l'assurance d'un habitué. Des vendeurs se précipitèrent dès qu'ils les virent, ayant visiblement été prévenus de leur arrivée. — Monsieur Chen, quelle joie de vous revoir ! minaudait une vendeuse élégante nommée Patricia. Et vous devez être mademoiselle Monroe. Monsieur Blackwood nous a appelés ce ma
Le lendemain matin, Élise fut réveillée par la lumière dorée du soleil qui inondait sa chambre. Pendant quelques secondes de confusion, elle ne sut pas où elle était. Puis la réalité la frappa : le penthouse. Damien. Le contrat. Sa nouvelle vie. Elle se redressa dans le lit king-size, remarquant qu'un plateau avait été déposé sur la table basse près du canapé. Comment quelqu'un était-il entré sans qu'elle l'entende ? Pieds nus sur le marbre chauffant – le marbre chauffant, quelque chose qu'elle n'avait jamais imaginé exister – elle s'approcha du plateau. Croissants encore tièdes, fruits frais coupés en formes artistiques, yaourt grec au miel, jus d'orange fraîchement pressé, et un café dont l'arôme seul était plus luxueux que tout ce qu'elle avait bu dans sa vie. Une note manuscrite était posée à côté : "Rejoins-moi dans mon bureau quand tu seras prête. Prends ton temps. - D" L'écriture était précise, anguleuse, à l'image de l'homme lui-même. Élise mangea lentement, savourant c
La salle de bain était un rêve de marbre blanc et d'or. Une baignoire en forme d'œuf assez grande pour deux personnes trônait devant une fenêtre donnant sur la ville. La douche à l'italienne aurait pu accueillir une famille entière, avec des jets multiples et un pommeau de la taille d'une assiette.Élise se déshabilla lentement, regardant ses vêtements simples – jean H&M, t-shirt Gap – qui semblaient tellement déplacés dans cet environnement de luxe. Elle les plia soigneusement et entra dans la douche.L'eau chaude fut un baume sur ses nerfs tendus. Elle resta là longtemps, laissant la vapeur l'envelopper, essayant de rassembler ses pensées éparses.Qu'est-ce que je fais ?Mais elle connaissait la réponse. Elle survivait. Elle faisait ce qu'il fallait pour sa mère. Et peut-être – juste peut-être – elle découvrait aussi ce que c'était que de ne pas avoir à se battre seule, pour une fois.Lorsqu'elle sortit, enveloppée dans un peignoir en soie plus doux que n'importe quoi qu'elle ait ja
Le contrat fut signé trois jours plus tard dans le bureau d'avocats le plus prestigieux de Manhattan, Whitmore & Associates. Élise avait insisté pour avoir son propre avocat – payé par Damien, ironiquement – qui avait épluché chaque clause, chaque virgule, cherchant les pièges potentiels.Il n'y en avait pas. Ou du moins, pas de pièges légaux. Les pièges émotionnels, en revanche, étaient évidents pour quiconque savait lire entre les lignes.Maintenant, debout devant l'immeuble résidentiel le plus exclusif de l'Upper East Side – la Blackwood Residences, naturellement – Élise contemplait la nouvelle réalité de son existence. Trois valises contenant toute sa vie étaient posées à ses pieds. Luna l'avait accompagnée, refusant de la laisser affronter seule ce moment.— C'est pas trop tard pour changer d'avis, tu sais, murmura son amie en regardant le gratte-ciel qui semblait percer les nuages.Élise secoua la tête.— Si, Luna. C'est trop tard. J'ai signé.— Les contrats peuvent être rompus.







