LOGINLa réception se tint dans la grande salle de bal du château, transformée en conte de fées moderne. Lustres de cristal, tables drapées de blanc et or, centres de table de roses blanches et de branches de cerisier en fleurs. Les fenêtres immenses offraient une vue sur les jardins illuminés, et au loin, la Tour Eiffel qui commençait à scintiller avec la tombée du soir.
Le dîner fut somptueux – préparé par un chef triplement étoilé – mais Élise et Damien touchèrent à peine àÀ seize heures trente, James sortit de l'école avec son sac à dos bleu et trouva Élise et Damien tous les deux dans la cour. Il les regarda. — Vous êtes là tous les deux. — On voulait savoir comment ça s'était passé, dit Damien. — C'est beaucoup de monde pour savoir comment ça s'est passé. — On est deux personnes. — C'est deux fois plus que d'habitude. — Tu as raison, dit Élise. Mais on était curieux. James réfléchit à si cette explication était acceptable. — D'accord, dit-il finalement. Ils marchèrent vers la rue. — Alors ? dit Damien. — La maîtresse s'appelle Madame Chen comme tu as dit. Il y a un garçon qui s'appelle Théo qui a un sac à dos rouge. Et on a fait du jardinage.
Trois ans plus tard. James avait quatre ans et demi. Clara presque trois. Le penthouse avait évolué avec eux — non pas physiquement dans ses murs mais dans son atmosphère, dans ce que les pièces contenaient et comment elles étaient utilisées. Le salon avait une zone délimitée par un tapis coloré où les blocs, les puzzles et les livres d'images occupaient un espace permanent. La bibliothèque avait une étagère basse ajoutée, à hauteur d'enfant, avec les livres qu'Élise avait choisis pour eux — des albums illustrés, des premières encyclopédies, des histoires dans plusieurs langues. La cuisine avait un tabouret stable que James utilisait pour regarder ce qu'on préparait, ou parfois pour participer à des degrés divers de compétence et d'enthousiasme. Marcus avait son propre tiroir dans le bureau de Damien maintenant, ce qui était moins une décision formelle qu'un glissement naturel q
Été L'été de leurs deux ans et de leurs dix-neuf mois — parce que le temps se mesurait maintenant en âges d'enfants autant qu'en mois calendaires. Lucas et Soo-Yeon se marièrent en juillet, dans un jardin botanique du Queens, avec une cérémonie qui dura vingt minutes et une réception qui dura jusqu'à minuit. Élise fut témoin. Damien fit un discours que personne n'attendait et qui fut extraordinaire dans sa brièveté et sa précision — deux phrases sur ce qu'il avait observé de Lucas depuis trois ans, sans effusion, avec la sincérité directe qui était la sienne maintenant. Lucas pleura. Soo-Yeon ne pleura pas mais lui prit la main. James dormait dans sa poussette à côté de la table d'Élise. Clara dansait — si on pouvait appeler ça danser, ce mouvement de rotation sur elle-même qu'elle avait développé en réponse à la musique — avec une concentration totale. — Elle danse, dit Soo-Yeon
Automne Septembre revint avec ses matins plus froids et ses lumières dorées, et James eut dix mois et Clara huit, et le penthouse acquit une nouvelle géographie. La géographie de deux enfants en mouvement. James rampait depuis juillet — d'abord en arrière, ce qui l'avait frustré considérablement, puis en avant avec une efficacité croissante qui nécessitait une vigilance nouvelle. Il avait développé un intérêt particulier pour les coins bas des bibliothèques, les fils électriques que Marcus avait soigneusement redirigés, et une prise de courant dans le couloir qu'on pensait avoir sécurisée et qui s'avéra ne pas l'être suffisamment. Clara ne rampait pas encore. Elle s'asseyait — solidement, avec une satisfaction visible d'être verticale — et observait James ramper avec une expression qui semblait évaluer si le jeu en valait la chandelle. — Elle attend de voir si ça lui convient avant d'essayer, dit Élise. — C'est raisonnable, dit Damien. — Pour un bébé de huit mois c'est déconce
Marcus Okonkwo et Damien s'étaient retrouvés debout côte à côte près de la fenêtre, regardant le parc en contrebas, avec Kofi entre eux qui avait décidé que les adultes avaient l'air de gens avec qui on pouvait tenir compagnie. — Clara commence à s'asseoir un peu, dit Damien. — Kofi a commencé à huit mois. Il est tombé souvent. — James aussi. Le tapis de jeu est là pour ça. — Le premier enfant on s'inquiète à chaque chute. Le deuxième on compte les secondes avant de réagir. Damien regarda Kofi qui regardait les voitures en bas. — Vous allez en avoir un troisième ? dit-il. Marcus Okonkwo considéra la question sérieusement. — Sarah parle d'un autre, oui. Pas maintenant. Mais éventuellement. — Et vous ? — Moi je pense que deux c'était bien et que trois c'est peut-être trop mais que si Sarah veut trois alors ce sera trois parce qu'on a déc
Juin arriva avec sa chaleur précoce et ses jours qui ne finissaient plus, et James eut sept mois et Clara cinq et demi, et quelque chose changea dans l'atmosphère du penthouse d'une façon que ni Élise ni Damien n'auraient su nommer précisément mais que tous les deux reconnaissaient. Les enfants devenaient des personnes. Pas dans le sens où ils ne l'avaient pas été avant — ils l'avaient été depuis le premier souffle — mais dans le sens où les contours de qui ils étaient commençaient à être visibles. James avait une façon de regarder les objets avant de les attraper qui ressemblait à quelqu'un qui évaluait avant d'agir. Clara avait une façon de sourire qui attendait d'abord que l'autre sourie, comme si elle testait quelque chose. — Elle est prudente, dit Damien un matin en regardant Clara observer Lucas depuis la couverture. Lucas faisait des grimaces pour obtenir un sourire. Clara l'observait avec une neutralité clinique. — Elle attend de savoir si ça vaut la peine de répondre, d
La salle de bain était un rêve de marbre blanc et d'or. Une baignoire en forme d'œuf assez grande pour deux personnes trônait devant une fenêtre donnant sur la ville. La douche à l'italienne aurait pu accueillir une famille entière, avec des jets multiples et un pommeau de la taille d'une assiette.
Le contrat fut signé trois jours plus tard dans le bureau d'avocats le plus prestigieux de Manhattan, Whitmore & Associates. Élise avait insisté pour avoir son propre avocat – payé par Damien, ironiquement – qui avait épluché chaque clause, chaque virgule, cherchant les pièges potentiels.Il n'y en
Cette nuit-là, Élise ne dormit pas. Elle resta éveillée jusqu'à l'aube, regardant les premières lueurs du jour teinter le ciel new-yorkais de rose et d'or. À 10h du matin, elle prit une douche brûlante, enfila ses meilleurs vêtements – dérisoires comparés au monde dans lequel elle s'apprêtait à pé
Deux jours s'écoulèrent comme un cauchemar éveillé. Quarante-huit heures pendant lesquelles Élise ne dormit pratiquement pas, tournant et retournant le contrat dans ses mains jusqu'à ce que le papier commence à se froisser. Quarante-huit heures à peser chaque mot, chaque clause, chaque implication







