LOGINCette nuit-là, Élise ne dormit pas. Elle resta éveillée jusqu'à l'aube, regardant les premières lueurs du jour teinter le ciel new-yorkais de rose et d'or.
À 10h du matin, elle prit une douche brûlante, enfila ses meilleurs vêtements – dérisoires comparés au monde dans lequel elle s'apprêtait à pénétrer – et sortit. Elle savait où elle devait aller. La Blackwood Tower se dressait devant elle, intimidante et imposante. Le hall d'entrée était un chef-d'œuvre de marbre et de verre, avec une immense sculpture abstraite en son centre. Des dizaines de personnes en costume allaient et venaient, tous absorbés dans leurs affaires importantes. Élise s'approcha du bureau de réception où une jeune femme impeccable l'accueillit avec un sourire professionnel. — Bonjour, comment puis-je vous aider ? — Je... j'ai rendez-vous avec Damien Blackwood, mentit- elle. — Votre nom ? — Élise Monroe. La femme tapa sur son ordinateur, et son expression changea immédiatement. Surprise, puis respect. — Oh, Mademoiselle Monroe ! Bien sûr. Monsieur Chen a laissé des instructions. Veuillez suivre l'agent de sécurité jusqu'aux ascenseurs privés. Il vous conduira directement au quatre-vingt-dixième étage. Tout était orchestré. Damien savait qu'elle viendrait. Cette certitude aurait dû irriter Élise, mais étrangement, elle la rassurait. Au moins, l'un d'eux deux savait où tout cela menait. L'ascenseur privé était aussi luxueux que la Bentley – panneaux de bois précieux, miroirs dorés, et une ascension si fluide qu'Élise sentit à peine le mouvement. Les chiffres défilaient : 50... 60... 70... 80... 90. Les portes s'ouvrirent sur un espace à couper le souffle. Le quatre-vingt-dixième étage était entièrement ouvert, un loft gigantesque avec des plafonds de six mètres de haut. Un côté était clairement la zone de bureau – bureaux en verre, écrans multiples, bibliothèque remplie de livres rares. L'autre côté était plus personnel – canapés de cuir italien, bar de marbre noir, œuvres d'art contemporain aux murs. Et au centre, devant les immenses baies vitrées offrant une vue à 360 degrés sur tout Manhattan, se tenait Damien Blackwood. Il portait un pantalon de costume gris anthracite et une chemise blanche dont les manches étaient retroussées sur des avant-bras musclés. Ses cheveux étaient légèrement ébouriffés, comme s'il y avait passé la main à plusieurs reprises. Il ne se retourna pas immédiatement, laissant Élise s'avancer. — Je me demandais si vous viendriez, dit-il finalement, sa voix résonnant dans l'espace. — Vous saviez que je viendrais, répliqua Élise. Damien se retourna enfin, et Élise fut frappée par l'intensité de son regard. Il y avait de la fatigue là, comme s'il n'avait pas dormi non plus. — Espérer n'est pas savoir, murmura l'alpha. Ils se fixèrent à travers l'espace qui les séparait, l'air chargé de non-dits et de possibilités. — Pourquoi avez-vous payé pour ma mère ? demanda Élise. La vraie raison. Damien s'avança lentement, chacun de ses pas mesuré, prédateur. — Parce que j'ai perdu mon frère par manque de moyens financiers, même si je ne l'ai compris que plus tard. Parce que personne ne devrait avoir à regarder quelqu'un qu'il aime mourir quand il existe une possibilité de le sauver. Et parce que... Il s'arrêta à quelques pas d'Élise. — Parce que je voulais que votre choix soit libre. Vraiment libre. Pas dicté par le désespoir. — Et maintenant ? Quel est mon choix ? Un sourire lent, dangereux, étira les lèvres de Damien. — C'est pour ça que vous êtes là, non ? Vous avez déjà choisi, Élise. Sinon, vous seriez restée chez vous. C'était vrai. Dieu, c'était tellement vrai que ça faisait mal. — Dix millions, dit Élise, sa voix à peine plus qu'un murmure. Un an. Et après, je suis libre. — Complètement libre, confirma Damien. — Et pendant cet an... vous me traiterez avec respect. Je ne suis pas votre propriété. — Vous êtes ma responsabilité, corrigea Damien. Nuance importante. Élise prit une profonde inspiration, sentant qu'elle était sur le point de franchir un point de non-retour. — J'ai une condition supplémentaire. Les sourcils de Damien se haussèrent, surpris. — Je vous écoute. — Si... si à un moment pendant cette année, l'un de nous deux développe des sentiments réels, l'autre doit être honnête. Pas de mensonges. Pas de manipulation. Juste la vérité. Quelque chose de complexe passa dans les yeux de Damien. — Vous pensez que c'est possible ? Développer des sentiments dans un arrangement contractuel ? — Je pense que nous sommes compatibles d'une façon que ni vous ni moi ne pouvons vraiment contrôler. Et je refuse de vivre dans le mensonge pendant un an. Damien s'approcha encore, jusqu'à ce qu'il soit assez proche pour que leurs souffles se mêlent. Ses phéromones enveloppèrent Élise comme une caresse possessive. — D'accord, murmura-t-il. Honnêteté totale. Vous avez ma parole. Il tendit la main. — Marché conclu, Élise Monroe ? Élise regarda cette main tendue. Grande, forte, capable de signer des contrats de milliards de dollars et de briser des empires. Une main qui pourrait aussi la tenir, la caresser, la posséder. Elle prit une dernière inspiration de femme libre, et glissa sa main dans celle de Damien. — Marché conclu. La poigne de Damien était ferme, chaude, et électrique. Pendant un long moment, ils restèrent ainsi, mains jointes, scellant un pacte qui changerait leurs deux vies à jamais. — Bienvenue dans mon monde, Élise, murmura Damien. J'espère que vous êtes prête. Élise n'était pas prête. Pas du tout. Mais il était trop tard pour reculer maintenant. L'année venait de commencer.Le lundi matin, Élise se réveilla à six heures, son alarme la tirant brutalement des bras de Morphée. Premier jour de retour au travail après la lune de miel, et elle avait ce rendez-vous mystérieux avec la directrice du MET.Damien était déjà debout, dans la cuisine, préparant du café. Il portait un pantalon de costume et une chemise à moitié boutonnée, ses cheveux encore humides de la douche.— Bonjour, ma femme, dit-il en tendant une tasse à Élise.— Bonjour, mon mari, répondit Élise avec un sourire. Ça ne vieillit pas.— Jamais.Ils prirent leur petit-déjeuner ensemble – une nouvelle routine qu'ils essayaient d'établir, au moins les matins où leurs horaires le permettaient. Damien avait des réunions à partir de huit heures. Élise devait être au musée pour neuf heures.— Appelle-moi après ton rendez-vous avec la directrice, dit Damien en ajustant sa cravate. Je veux savoir quelle est cette "opportunité majeure".
Les deux semaines de lune de miel à Bora Bora furent un rêve éveillé. Damien avait loué une villa sur pilotis privée avec accès direct au lagon turquoise, et ils avaient passé leurs journées à alterner entre faire l'amour, nager, et ne rien faire du tout. Pas de téléphones – enfin, presque. Marcus avait insisté pour avoir un moyen de les joindre en cas d'urgence absolue, mais le téléphone était resté silencieux dans un tiroir. Mais maintenant, alors que leur avion privé atterrissait à Teterboro, la réalité les rattrapait. Élise regarda par le hublot les gratte-ciel de Manhattan qui se profilaient au loin et sentit un mélange d'excitation et d'appréhension. — Prête à reprendre nos vies ? demanda Damien en prenant sa main. — Nos vies de personnes mariées, corrigea Élise avec un sourire. Ça fait bizarre. — Le meilleur genre de bizarre. Marcus les attendait sur le tarmac avec la Bent
La réception se tint dans la grande salle de bal du château, transformée en conte de fées moderne. Lustres de cristal, tables drapées de blanc et or, centres de table de roses blanches et de branches de cerisier en fleurs. Les fenêtres immenses offraient une vue sur les jardins illuminés, et au loin, la Tour Eiffel qui commençait à scintiller avec la tombée du soir. Le dîner fut somptueux – préparé par un chef triplement étoilé – mais Élise et Damien touchèrent à peine à leur nourriture, trop occupés à se regarder, à se toucher, à réaliser qu'ils étaient vraiment mariés. Les discours commencèrent après le plat principal. Lucas fut le premier, naturellement. — Bonjour à tous. Je suis Lucas, le meilleur ami d'Élise et celui qui a dû supporter tous ses appels paniqués pendant cette relation. Rires dans la salle. — Quand Elise m'a dit qu'elle avait rencontré quel
Le matin du mariage se leva sur le Château de Villeneuve avec un ciel d'un bleu parfait. Avril à Paris avait tenu ses promesses : les cerisiers étaient en pleine floraison, leurs pétales roses et blancs dansant dans une brise légère, et la température était idéale – dix-huit degrés, ensoleillé avec juste assez de nuages pour rendre le ciel dramatique. Élise se réveilla seule dans sa chambre du château – tradition oblige, Damien et elle avaient dormi séparés pour la première fois depuis des mois. Elle regarda par la fenêtre les jardins à la française qui s'étendaient à perte de vue, la Tour Eiffel visible au loin comme une sentinelle bienveillante. Aujourd'hui, je me marie. La pensée lui coupa le souffle – dans le bon sens. On frappa à la porte. Lucas entra, déjà habillé dans son smoking noir impeccable, portant un plateau avec du café et des croissants. — Bonjour, future mariée. Prête pour le plus beau jour de ta vie ? — Nerveuse, admit Élise en acceptant le café. Et si
Deux semaines avant le mariage, Damien emmena Élise dans un voyage surprise. — Où allons-nous ? demanda Élise pour la dixième fois alors que le jet privé décollait. — Tu verras dans cinq heures, répondit Damien avec un sourire mystérieux. Cinq heures plus tard, ils atterrissaient à... Tokyo. — Tokyo ? Pourquoi Tokyo ? — Parce que, expliqua Damien en la guidant hors du jet, il y a quelque chose que je veux te montrer. Quelque chose d'important. Ils furent conduits à travers la ville jusqu'à un temple bouddhiste ancien, niché dans un quartier tranquille loin de l'agitation de Shinjuku et Shibuya. — J'ai grandi en allant dans des églises, dit Damien alors qu'ils entraient dans les jardins du temple. Protestant, comme ma mère. Mais après sa mort, après Adrian... je n'ai plus trouvé de paix dans ces endroits. Il guida Élise jusqu'à un petit jardin zen à l'arrière du tem
Mars - Deux mois avant le mariage Le chaos régnait dans le penthouse. Marcus était assis à la table de la salle à manger, entouré de trois ordinateurs portables, deux iPads, et assez de dossiers pour construire un petit fort. Son téléphone ne cessait de sonner – traiteurs, fleuristes, photographes, tous appelant depuis Paris avec des questions urgentes. — Non, les pivoines blanches, pas roses, disait-il en français dans son oreillette Bluetooth. Mademoiselle Monroe-Sinclair a été très claire. Blanc et or uniquement... Oui, je sais que c'est plus cher. Envoyez-moi la factue. Élise, assise sur le canapé avec son propre ordinateur, essayait de travailler sur une nouvelle proposition d'exposition pour le MET tout en gérant simultanément les textos frénétiques de Lucas, Sophie et Mia sur leurs tenues. Lucas: "Est-ce que 'smoking violet' est trop pour un témoin de mariage ?" Élise: "OUI. Smoking clas







