로그인Le lendemain matin, Damien Blackwood n'avait pas dormi.
Debout devant les baies vitrées de son bureau au quatre-vingt-dixième étage de la Blackwood Tower, il contemplait Manhattan qui s'éveillait lentement sous les premières lueurs de l'aube. Sa main serrait un verre de whisky Macallan 1926, un geste inhabituel pour six heures du matin, mais la nuit avait été... perturbante. L'odeur d'Élise Monroe refusait de quitter ses narines. Vanille. Jasmin. Et cette note subtile, presque imperceptible, qui faisait vibrer chaque fibre de son être alpha. Cela faisait dix ans qu'il n'avait pas ressenti une telle réaction face à une oméga. Dix ans qu'il s'était juré de ne plus jamais ressentir quoi que ce soit. Et pourtant. Il vida son verre d'un trait et appuya sur l'interphone. — Marcus. Mon bureau. Maintenant. Trois minutes plus tard, Marcus Chen, son assistant personnel et bêta de confiance depuis quinze ans, pénétrait dans le sanctuaire de verre et d'acier. À quarante ans, Marcus était l'efficacité incarnée : costume impeccable, iPad toujours à portée de main, et une discrétion absolue qui valait son pesant d'or. — Monsieur Blackwood, vous avez besoin de... — Élise Monroe, coupa Damien sans se retourner. Je veux tout savoir sur elle. Où elle vit, où elle travaille, sa situation financière, ses fréquentations, ses antécédents médicaux si tu peux les obtenir. Tout. Marcus ne cilla pas. Ce n'était pas la première fois que son patron lui demandait d'enquêter sur quelqu'un, mais il y avait quelque chose de différent dans le ton de Damien. Une urgence qu'il ne lui connaissait pas. — Bien sûr, monsieur. Puis-je savoir dans quel délai... — Ce matin. Marcus arqua un sourcil, mais se contenta d'hocher la tête. — Je m'y mets immédiatement. --- Quatre heures plus tard, Marcus était de retour, une tablette à la main et une expression légèrement préoccupée sur le visage. — J'ai ce que vous avez demandé, annonça-t-il en déposant l'iPad sur le bureau massif en noyer de Damien. Ce dernier se redressa dans son fauteuil en cuir, l'attention soudainement focalisée. — Parle. Marcus fit glisser son doigt sur l'écran, faisant défiler les informations. — Élise Monroe, vingt-trois ans, oméga de type rare — phéromones de classe A selon les analyses olfactives préliminaires. Elle travaille depuis huit mois comme assistante à la galerie Whitmore de Chelsea. Salaire : 45 000 dollars par an. Damien fronça les sourcils. Un salaire dérisoire pour Manhattan. — Continue. — Elle vit dans un appartement de deux chambres à Brooklyn, quartier de Williamsburg, que elle partage avec une colocataire : Luna Rivera, vingt-quatre ans, bêta, graphiste freelance. Loyer mensuel : 2 800 dollars, partagé entre les deux. Marcus marqua une pause avant de poursuivre, sa voix se faisant plus grave. — Il y a des complications financières. Sa mère, Catherine Monroe, cinquante-deux ans, est hospitalisée depuis six mois au Mount Sinai Hospital. Cancer du pancréas en phase quatre. Les factures médicales s'élèvent à 340 000 dollars. L'assurance d'Élise ne couvre que 40% des frais. Quelque chose se tordit dans la poitrine de Damien. Une émotion qu'il refusait de nommer. — Elle a des dettes ? — Importantes. Elle a contracté un prêt de 150 000 dollars auprès d'une banque, avec un taux d'intérêt de 8%. Elle rembourse 3 000 dollars par mois, ce qui représente plus de 80% de son salaire après impôts. Elle survit avec le reste. — Comment... commença Damien, avant de se reprendre. Quelle est sa situation personnelle ? Marcus fit apparaître une photo sur l'écran. Élise, souriante, en robe simple, devant une galerie d'art. Elle avait l'air si... lumineuse. Si loin du monde de Damien. — Aucune relation amoureuse connue. Quelques fréquentations occasionnelles au cours des deux dernières années, mais rien de sérieux. Pas de scandales, pas de casier judiciaire. Elle a obtenu son diplôme de commerce et histoire de l'art à NYU il y a deux ans, avec mention. C'était une étudiante brillante qui a dû abandonner ses études de master à cause de la maladie de sa mère. Damien se leva et fit les cent pas, ses phéromones emplissant progressivement la pièce. Marcus, habitué, ne broncha pas. — Des amies proches ? — Luna Rivera est sa meilleure amie depuis l'université. Elles sont très proches. Élise fréquente aussi régulièrement un petit groupe d'omégas rencontrées dans un centre communautaire de Brooklyn : Sophie Chen, infirmière, et Mia Johnson, enseignante. Des personnes sans histoires. Damien s'arrêta devant la fenêtre, observant la ville qui s'étendait à ses pieds. Élise Monroe vivait là, quelque part dans cette jungle de béton, se battant seule contre des dettes écrasantes, travaillant pour un salaire de misère, veillant sur une mère mourante. Et pourtant, la veille au soir, elle avait relevé le menton face à lui. Elle avait osé le regarder dans les yeux, même tremblante. Cette force dans la fragilité... c'était exactement ce qui avait fasciné Damien. — Autre chose ? demanda-t-il sans se retourner. Marcus hésita une fraction de seconde. — Elle se rend à l'hôpital tous les mercredis et dimanches soirs pour voir sa mère. Elle y reste environ deux heures. Selon les infirmières que j'ai... consultées, elle lui lit des romans, lui parle de sa semaine, la fait rire malgré la douleur. Le personnel médical l'adore. Un long silence s'installa dans le bureau. — C'est quelqu'un de bien, monsieur Blackwood, ajouta doucement Marcus. Quelqu'un de véritablement bien. Je me permets de vous le faire remarquer. Damien se retourna brusquement, ses yeux gris aussi froids que l'acier. — Je ne t'ai pas demandé ton opinion, Marcus. Je t'ai demandé des faits. — Avec tout le respect que je vous dois, monsieur, les faits montrent exactement ce que je viens de dire. Les deux hommes se jaugèrent un instant. Finalement, Damien détourna le regard. — Organise un rendez-vous. Je veux la voir. — Quand ? — Ce soir. Réserve une table au Le Bernardin. Vingt heures. Marcus nota l'information sur sa tablette. — Et... comment voulez-vous que je formule l'invitation ? Un sourire prédateur étira les lèvres de Damien. — Dis- lui que Damien Blackwood souhaite poursuivre leur conversation d'hier soir. Et que je n'accepte pas de refus. — Très bien, monsieur. Autre chose ? Damien retourna à son bureau et se rassit, reprenant son masque de PDG imperturbable. — Oui. Fais préparer un contrat par le département juridique. Type... arrangement personnel. Durée d'un an. Clauses de confidentialité standard. Compensation financière... laisse le montant en blanc pour le moment. Marcus leva les yeux de sa tablette, surpris. — Un contrat, monsieur ? — Tu as bien entendu. — Puis-je me permettre de vous demander... — Non, coupa sèchement Damien. Tu ne peux pas. Marcus hocha la tête et se dirigea vers la porte. Alors qu'il posait la main sur la poignée, la voix de Damien l'arrêta. — Marcus. — Oui, monsieur ? — Assure-toi que l'hôpital où se trouve sa mère reçoive un don anonyme. Suffisant pour couvrir tous les frais médicaux en cours et à venir. Et arrange-toi pour que les meilleurs oncologues du pays soient consultés pour son cas. Marcus se retourna lentement, un léger sourire au coin des lèvres. — Tout de suite, monsieur. Puis-je dire que vous êtes quelqu'un de bien également ? — Dehors, Marcus. — J'y vais, monsieur. La porte se referma en silence, laissant Damien seul avec ses pensées et l'odeur fantôme de vanille et de jasmin qui refusait de le quitter. Il regarda à nouveau la photo d'Élise sur l'écran de l'iPad. Ces yeux bleus qui semblaient voir à travers toutes ses défenses. — Qu'est-ce que tu m'as fait, Élise Monroe ? murmura-t-il dans le vide de son bureau. Mais au fond de lui, il connaissait déjà la réponse. Pour la première fois depuis la mort d'Adrian, il ressentait quelque chose. Et cette sensation, aussi terrifiante soit-elle, était également enivrante. Il allait avoir Élise Monroe. Peu importait le prix. --- En fin d'après-midi, dans le modeste appartement de Williamsburg, Élise fixait son téléphone avec incrédulité. Le message était là, formel et impersonnel : "Monsieur Blackwood vous attend ce soir à 20h au restaurant Le Bernardin. Une voiture passera vous prendre à 19h30. Tenue de soirée exigée. Cordialement, Marcus Chen, Assistant de M. Blackwood." — C'est une blague ? murmura Élise. Luna, affalée sur le canapé élimé avec son MacBook, leva les yeux. — Quoi ? — Blackwood. Il... il veut me voir ce soir. Au Le Bernardin. Luna siffla entre ses dents. — Le Bernardin ? Tu sais que c'est trois étoiles Michelin, non ? Qu'il faut réserver six mois à l'avance ? Et qu'un repas là-bas coûte plus cher que notre loyer ? Élise sentit la panique monter. — Je ne peux pas y aller. Je ne peux pas... C'est de la folie. Je ne le connais même pas ! — Tu le connais suffisamment pour que tes phéromones aient failli mettre le feu au gala hier soir, répliqua Luna avec un sourire narquois. Tout le monde en a parlé. Vous deux, c'était comme... une réaction nucléaire. Élise rougit violemment. — Ce n'était que... des phéromones. De la chimie. — Ouais. De la chimie qui vaut des milliards de dollars et qui te regarde comme si tu étais la huitième merveille du monde. — Luna, sérieusement... — Sérieusement, Élie, coupa son amie en se redressant. Cet homme est Damien Blackwood. Il pourrait avoir n'importe quelle oméga de la planète. Et c'est toi qu'il veut voir. Peut-être que... — Peut-être que quoi ? Qu'il va me sauver comme dans un conte de fées ? Je ne suis pas une demoiselle en détresse. Luna lui lança un regard compatissant. — Non, tu es ma meilleure amie qui se tue au travail, qui survit avec des nouilles instantanées, et qui a pleuré la semaine dernière en recevant la dernière facture de l'hôpital. Va à ce dîner, Élie. Qu'est-ce que tu as à perdre ? Élise ouvrit la bouche pour protester, mais aucun son n'en sortit. Parce que Luna avait raison. Qu'avait- elle à perdre, vraiment ? À part peut-être son cœur face à un alpha aux yeux gris tempête qui sentait le cèdre et la menthe, et dont la simple présence avait fait vibrer son âme d'une façon qu'elle n'avait jamais connue. — D'accord, murmura-t- elle finalement. J'irai. Luna sourit. — Parfait. Maintenant, parlons de ce que tu vas porter, parce que ta unique robe de soirée de chez Zara ne va clairement pas suffire. Malgré sa nervosité, Élise ne put s'empêcher de rire. À 19h30 précises, une Bentley Continental noire s'arrêterait devant leur immeuble. Et la vie d'Élise Monroe ne serait plus jamais la même.Dans la Bentley qui les ramenait au penthouse, le silence régna pendant les premières minutes. Élise regardait défiler les lumières de la ville, encore sous le choc d'avoir survécu – non, d'avoir réussi – sa première soirée mondaine. — Tu as été parfaite, dit soudainement Damien. Élise se tourna vers lui, surprise. L'alpha la regardait avec une intensité qui lui coupa le souffle. — Parfaite, répéta Damien. J'avais espéré que tu t'en sortirais bien. Je n'avais pas anticipé que tu les charmerais complètement. Tanaka-san ne s'enthousiasme jamais autant. Tu as transformé une négociation d'affaires en moment de connexion culturelle. C'est... tu es incroyable. Le compliment fit rougir Élise. — J'ai juste... parlé de ce que j'aime. — Exactement. Tu as été authentique. Pas calculatrice, pas fausse. Juste toi. Et ça a tout changé. Damien se pencha, sa main venant capturer le menton d'Élise. — Tu réalises ce que tu viens de faire ? Tu viens de sécuriser un deal de 500 millions de dollar
Le restaurant Masa était une légende parmi les légendes. Situé au quatrième étage du Time Warner Center, avec vue panoramique sur Central Park et Columbus Circle, c'était l'un des restaurants les plus chers et exclusifs d'Amérique. Réservation obligatoire des mois à l'avance, menu omakase à 1 200 dollars par personne – sans le vin. La Bentley les déposa devant l'entrée VIP. Damien descendit le premier et tendit la main à Élise, un geste chevaleresque qui surprit cette dernière. Leurs doigts s'entrelacèrent, et immédiatement, les phéromones de Damien l'enveloppèrent comme un cocon protecteur. — Reste près de moi, murmura l'alpha. Souris. Et laisse-moi gérer la conversation. À l'intérieur, ils furent accueillis par le maître d'hôtel comme des dignitaires. Le restaurant était un havre de zen minimaliste : bois de hinoki blond, éclairage tamisé, et un comptoir en bois massif de 26 places où officiait le chef Masa Takayama en personne. Mais ils ne s'arrêtèrent pas au comptoir. On les g
Marcus Chen arriva à quatorze heures pile, impeccable dans un costume gris perle. Il avait l'efficacité d'un général planifiant une bataille. — Mademoiselle Monroe, le salua-t-il avec un sourire chaleureux qui contrastait avec son professionnalisme. Prête pour votre transformation ? — Je ne suis pas Cendrillon, répliqua Élise. — Non, vous êtes bien mieux. Cendrillon n'avait qu'un bal. Vous, vous avez toute une vie sociale à conquérir. Ils prirent la Bentley – Élise commençait à s'habituer au luxe de cette voiture – et se dirigèrent vers la Cinquième Avenue. Première étape : Bergdorf Goodman. Le magasin de luxe était un temple de l'élégance. Marcus la guida à travers les étages avec l'assurance d'un habitué. Des vendeurs se précipitèrent dès qu'ils les virent, ayant visiblement été prévenus de leur arrivée. — Monsieur Chen, quelle joie de vous revoir ! minaudait une vendeuse élégante nommée Patricia. Et vous devez être mademoiselle Monroe. Monsieur Blackwood nous a appelés ce ma
Le lendemain matin, Élise fut réveillée par la lumière dorée du soleil qui inondait sa chambre. Pendant quelques secondes de confusion, elle ne sut pas où elle était. Puis la réalité la frappa : le penthouse. Damien. Le contrat. Sa nouvelle vie. Elle se redressa dans le lit king-size, remarquant qu'un plateau avait été déposé sur la table basse près du canapé. Comment quelqu'un était-il entré sans qu'elle l'entende ? Pieds nus sur le marbre chauffant – le marbre chauffant, quelque chose qu'elle n'avait jamais imaginé exister – elle s'approcha du plateau. Croissants encore tièdes, fruits frais coupés en formes artistiques, yaourt grec au miel, jus d'orange fraîchement pressé, et un café dont l'arôme seul était plus luxueux que tout ce qu'elle avait bu dans sa vie. Une note manuscrite était posée à côté : "Rejoins-moi dans mon bureau quand tu seras prête. Prends ton temps. - D" L'écriture était précise, anguleuse, à l'image de l'homme lui-même. Élise mangea lentement, savourant c
La salle de bain était un rêve de marbre blanc et d'or. Une baignoire en forme d'œuf assez grande pour deux personnes trônait devant une fenêtre donnant sur la ville. La douche à l'italienne aurait pu accueillir une famille entière, avec des jets multiples et un pommeau de la taille d'une assiette.Élise se déshabilla lentement, regardant ses vêtements simples – jean H&M, t-shirt Gap – qui semblaient tellement déplacés dans cet environnement de luxe. Elle les plia soigneusement et entra dans la douche.L'eau chaude fut un baume sur ses nerfs tendus. Elle resta là longtemps, laissant la vapeur l'envelopper, essayant de rassembler ses pensées éparses.Qu'est-ce que je fais ?Mais elle connaissait la réponse. Elle survivait. Elle faisait ce qu'il fallait pour sa mère. Et peut-être – juste peut-être – elle découvrait aussi ce que c'était que de ne pas avoir à se battre seule, pour une fois.Lorsqu'elle sortit, enveloppée dans un peignoir en soie plus doux que n'importe quoi qu'elle ait ja
Le contrat fut signé trois jours plus tard dans le bureau d'avocats le plus prestigieux de Manhattan, Whitmore & Associates. Élise avait insisté pour avoir son propre avocat – payé par Damien, ironiquement – qui avait épluché chaque clause, chaque virgule, cherchant les pièges potentiels.Il n'y en avait pas. Ou du moins, pas de pièges légaux. Les pièges émotionnels, en revanche, étaient évidents pour quiconque savait lire entre les lignes.Maintenant, debout devant l'immeuble résidentiel le plus exclusif de l'Upper East Side – la Blackwood Residences, naturellement – Élise contemplait la nouvelle réalité de son existence. Trois valises contenant toute sa vie étaient posées à ses pieds. Luna l'avait accompagnée, refusant de la laisser affronter seule ce moment.— C'est pas trop tard pour changer d'avis, tu sais, murmura son amie en regardant le gratte-ciel qui semblait percer les nuages.Élise secoua la tête.— Si, Luna. C'est trop tard. J'ai signé.— Les contrats peuvent être rompus.







