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Chapitre VI

Author: dainamimboui
last update publish date: 2026-01-24 03:16:04

Le matin est frais et lumineux, et Lila s’affaire à nettoyer la grande pièce. Les rayons du soleil glissent à travers les vitres, illuminant la poussière qui tourbillonne dans l’air. Elle essuie les meubles avec soin, chaque mouvement précis et méthodique, concentrée sur sa tâche. Son esprit, pourtant, est occupé par Julien, qui vient chaque midi déposer le déjeuner. La routine de ces derniers jours l’a troublée plus qu’elle ne veut l’admettre. Une part d’elle se surprend à attendre ses visites, sans le montrer, bien sûr, mais avec cette curiosité qu’elle refuse encore d’appeler autrement.

Alors qu’elle replie un chiffon, une voix claire et directe s’élève derrière elle.

— Alors comme ça, Julien Dyne te rend visite tous les midis, hein ?

Lila sursaute légèrement et se retourne pour voir Céline, sa collègue, qui la regarde avec un mélange de malice et de sérieux. Elle a les bras croisés et un regard qui trahit qu’elle n’est pas là pour plaisanter. Lila respire profondément, sentant une tension familière remonter dans sa poitrine.

— Céline… murmure-t-elle, un peu nerveuse, ce n’est rien… ce ne sont que des connaissances.

Céline s’approche, son pas sûr et déterminé.

— Lila, écoute-moi. Je te connais à peine depuis quelques jours, mais je remarque des choses. Ce type… il n’est pas juste quelqu’un qui apporte un repas. Il y a quelque chose dans son regard, dans sa manière de rester silencieux, de te faire sentir… je ne sais pas, spéciale, mais pas forcément pour ton bien. Tu dois être prudente.

Lila fronce les sourcils, sa main toujours posée sur le chiffon qu’elle utilise pour essuyer le comptoir. Elle sent une pointe d’agacement.

— Céline… je t’apprécie, vraiment, mais je suis assez grande pour décider ce que je fais. Julien n’est pas mon ami, pas mon confident, juste quelqu’un qui vient avec des repas. Et je peux réfléchir par moi-même, ajoute-t-elle, sa voix ferme mais calme.

Céline laisse échapper un léger soupir et croise les bras plus étroitement.

— Je comprends… mais tu dois comprendre que ce genre de personne peut manipuler, même sans le vouloir. Et tu es seule ici, dans cette ville, fragile. Il ne faut pas confondre gentillesse et… je ne sais pas… quelque chose de plus.

Lila regarde Céline, le visage neutre, mais au fond d’elle, une petite tension apparaît. Elle sait que Céline a raison sur un point : la ville n’est pas tendre avec les naïfs. Mais elle refuse de se sentir infantilisée. Elle a vingt ans, elle a déjà survécu à tant de choses, elle a pris soin de sa mère, elle a travaillé dur et continue de le faire. Elle inspire profondément.

— Céline, merci pour ton conseil… vraiment. Mais je dois vivre mes propres expériences. Je sais ce que je fais, même si tu ne me crois pas. Et pour Julien… il n’y a rien entre nous. Il vient, il dépose le repas, il part. Voilà tout.

Céline reste silencieuse un instant, la regardant avec un mélange de méfiance et de respect.

— Très bien, dit-elle finalement, mais promets-moi juste de rester prudente. La ville n’est pas tendre, et certains sourires cachent des intentions… étranges.

Lila hoche la tête, même si elle se sent à la fois agacée et reconnaissante. Elle comprend l’avertissement, mais elle ne veut pas que cela définisse sa manière de vivre. Elle se tourne vers le chiffon et continue à essuyer les meubles, laissant la conversation derrière elle. La voix de Céline résonne encore dans son esprit, mais elle décide de ne pas s’y attarder. Elle a appris à survivre, à faire ses propres choix, et ce principe restera sa ligne de conduite.

Alors que Céline s’éloigne, Lila respire profondément et se recentre sur son travail. Ses pensées dérivent vers Julien, mais cette fois, avec plus de lucidité. Elle se rappelle ses gestes, sa patience, sa constance. Elle reste sur ses gardes, mais elle ne peut nier que sa présence apporte un sentiment de chaleur inattendu. Elle sait que la prudence est nécessaire, mais elle refuse de laisser la peur guider ses décisions.

Le temps passe, et la matinée s’étire. Lila nettoie, range, et prépare la maison pour le déjeuner. Chaque mouvement est méthodique, mais son esprit est occupé par l’idée que, malgré tout, elle est capable de prendre ses propres décisions. Elle ne laissera personne, pas même la ville, ni Céline, ni Julien, dicter ce qu’elle ressent ou comment elle agit.

À midi, comme d’habitude, Julien arrive avec son sac. Lila le voit à travers la porte, le visage calme et presque impassible. Elle inspire profondément, sentant cette étrange tension en elle. Elle se surprend à sourire légèrement, juste un peu, mais rien de plus. Elle ne veut pas montrer sa curiosité, ni l’effet qu’il a sur elle. Elle reste concentrée sur la prudence qu’elle s’impose depuis son arrivée dans la ville.

— Bonjour, dit Julien en déposant le sac sur le comptoir.

— Bonjour, répond Lila, sa voix neutre, maîtrisée.

Julien incline légèrement la tête et reste un instant, comme s’il voulait observer sa réaction. Lila se concentre sur la vaisselle, ses mains occupées, mais ses pensées sont ailleurs. Elle se rappelle l’avertissement de Céline et se promet de rester vigilante. Elle prend le sac sans mot dire, et Julien s’éloigne après un sourire fugace.

Seule à nouveau, Lila s’assoit sur une chaise et ouvre le sac. Le repas est simple, mais suffisant. Elle sent une petite satisfaction monter en elle. Elle a appris à apprécier la constance des petits gestes, mais elle se rappelle aussi qu’elle est maîtresse de sa vie. Chaque décision, chaque mot, chaque geste qu’elle fait est sous son contrôle. Elle n’est pas naïve, elle n’est pas vulnérable : elle est consciente, prudente et capable.

Tout en mangeant, elle repense à Céline. Sa collègue a voulu l’avertir, la protéger, mais Lila comprend que certaines leçons ne peuvent venir que de ses propres expériences. Elle ne peut pas vivre sa vie en fonction des peurs des autres. Elle inspire profondément, laissant le calme revenir, et décide que chaque midi, chaque geste de Julien, sera analysé avec attention, mais qu’elle ne se laissera pas guider par la peur.

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