LOGIN— À rien, répond Lila après un court silence.Ce n’est pas tout à fait vrai. Mais c’est suffisant.La gare est déjà animée. Les annonces résonnent. Des familles s’embrassent. Des voyageurs s’énervent. Des départs, des retours, des adieux.Lila serre son sac contre elle.C’est étrange. Elle pensait ressentir de la joie. De l’impatience. Mais ce qu’elle ressent est plus complexe. Un mélange de soulagement et de peur. Comme si la liberté avait un poids qu’elle n’avait jamais porté avant.Elise s’arrête devant le quai.— Voilà, dit-elle simplement.Lila la regarde. Longuement.— Merci, murmure-t-elle.— Pour quoi ?— Pour ne pas m’avoir laissée tomber quand je ne savais plus qui j’étais.Elise sourit, les yeux brillants.— Tu savais déjà. Tu avais juste oublié.Elles s’étreignent. Ce n’est pas une étreinte désespérée. C’est une étreinte solide. Ancrée. Humaine.— Écris-moi quand tu arrives, dit Elise.— Je le ferai.Lila recule d’un pas, puis d’un autre. Elle monte dans le train. Elle tro
— Marco, ça suffit. Sa voix est ferme. Tranchante. Marco sursaute. Il n’a pas l’habitude de ce ton-là. — Mais maman…, commence-t-il. — On a déjà parlé de ça, dit Marcia en s’approchant. Ce sujet est terminé. Elle pose une main sur l’épaule de son fils, trop lourde pour être rassurante. — Va jouer ailleurs. Marco baisse la tête. Il regarde Victor, cherchant quelque chose dans son regard. Une confirmation. Une protection. Victor reste silencieux. Alors Marco se détourne, lentement, et retourne à ses jouets. Mais son énergie a changé. Il joue sans vraiment jouer. Ses gestes sont plus lents. Victor sent un malaise s’installer. — Marcia…, commence-t-il. Elle lui lance un regard immédiat. — Non. — Je veux juste comprendre. — Il n’y a rien à comprendre. Elle se rassoit en face de lui, croise les jambes avec élégance. — C’était une employée. Elle est partie. Fin de l’histoire. Victor observe son visage. Il n’y voit aucune hésitation. Aucune fissure. — Mar
Dans la villa silencieuse, Victor Palacios reste éveillé jusqu’à l’aube, hanté par une femme sans visage, une chambre sans nom, et un homme qu’il ne reconnaît pas… avec la certitude terrible que son passé n’est pas vide il est enfoui. Le travail n’est pas grand-chose. Mais pour Lila, c’est énorme. Elle se tient derrière un petit comptoir en bois clair, dans une boutique étroite qui sent le savon artisanal et les herbes séchées. Le propriétaire lui a simplement demandé si elle savait compter, sourire, et arriver à l’heure. Elle a répondu oui à tout, la voix basse, le regard sérieux. Il ne lui a pas posé d’autres questions. C’est un travail modeste. Honnête. Invisible. Exactement ce dont elle a besoin. Elle plie des sachets, range des étagères, nettoie le sol quand il le faut. Ses mains travaillent pendant que son esprit essaie de rester au présent. Chaque geste simple est une ancre. Elle respire mieux ici. Personne ne crie. Personne ne la surveille. Personne ne lui impose quo
Il secoue la tête, comme pour chasser cette impression. À la villa, Marco joue dans le salon. Il lève la tête en voyant son père. — Papa ! Victor s’arrête. Le mot résonne encore étrangement en lui, mais il sourit. Il s’accroupit pour être à sa hauteur. — Salut, dit-il doucement. Marco se jette dans ses bras avec une confiance totale. Victor le serre contre lui, surpris par l’intensité de ce contact. Là, au moins, il ressent quelque chose. Une responsabilité. Une présence réelle. Marcia observe la scène à distance. — Il faut que tu passes plus de temps avec lui, dit-elle plus tard. Il a besoin de stabilité. — Oui, répond Victor. Toujours oui. Le soir tombe sur la villa. Les lumières s’allument une à une. Marcia dîne rapidement, déjà absorbée par les affaires du lendemain. Victor mange en silence, mécaniquement. Il se couche tôt. Allongé dans l’obscurité, il fixe le plafond. Le vide est là, encore. Constant. Il se demande vaguement s’il a toujours été comme ça. Si c’es
Les minutes n’ont plus de sens. Peut-être que des heures passent. Peut-être que ce n’est qu’un instant. Son souffle devient irrégulier, puis de plus en plus lent. La crise s’épuise comme une vague trop forte qui finit par se briser sur le rivage. Son corps cède. Le noir l’engloutit doucement. Quand Lila rouvre les yeux, la lumière est différente. Plus douce. Plus basse. Elle met quelques secondes à comprendre où elle se trouve. Son corps est lourd, engourdi. Une couverture est posée sur elle. Elle n’est plus sur le carrelage froid. Elle est allongée sur un lit. Un lit simple, avec des draps propres qui sentent la lessive. Elle cligne des yeux. Sa gorge est sèche. Sa tête bourdonne. Elle essaie de bouger et grimace légèrement : chaque muscle lui rappelle qu’il a trop longtemps été en tension. La porte s’ouvre doucement. Lise apparaît. — Tu es réveillée…, dit-elle à voix basse. Elle s’approche sans brusquerie, s’assoit sur le bord du lit. — Tu as fait un malaise. Rien de g
La question tombe simplement, sans accusation, sans émotion apparente. Mais Marcia se fige à peine une fraction de seconde. Suffisant pour qu’un œil attentif le remarque. Victor, lui, ne sait pas encore lire ces micro-réactions.— Lila ? répète-t-elle, feignant la surprise.— Oui. La jeune femme… qui s’occupait souvent de Marco.Marcia referme doucement le dossier. Elle croise les jambes avec lenteur, maîtrise parfaite de son corps, de sa voix.— Elle n’est plus ici.Victor cligne des yeux.— Plus ici ? Pourquoi ?Il s’assoit en face d’elle, le regard fixe, sincèrement intrigué. Ce n’est pas de la colère. Ce n’est pas de l’inquiétude non plus. C’est une incompréhension profonde, presque enfantine.— Elle a démissionné, répond Marcia.Le mot résonne étrangement dans l’air.— Démissionné…, répète Victor.Il laisse passer quelques secondes.— Elle ne m’a rien dit.— Tu étais encore en convalescence, explique Marcia sans hausser la voix. Elle ne voulait pas te déranger.Victor baisse les
Dès que Marcia referme la porte du bureau, le silence retombe, épais, lourd. Elle reste immobile quelques secondes, la main encore posée sur la poignée, le regard perdu. Elle sait ce qu’elle s’apprête à faire. Elle sait aussi que, quoi qu’il arrive, il n’y aura plus de retour possible. Elle trave
Après la dispute, Victor ne retourne pas dans son bureau. Il monte directement à l’étage. Le couloir est silencieux, trop silencieux, comme si la villa elle-même retenait son souffle. Il s’arrête devant la porte de la chambre de Lila. Il n’hésite pas. Il n’a jamais hésité ici. Il ouvre. Lila es
La dispute éclate sans prévenir. Elle ne commence pas par des cris, mais par un silence trop long, trop tendu, celui qui précède les catastrophes. Victor est immobile au centre du salon, les mâchoires serrées, les poings crispés le long de son corps. Marcia, elle, fait les cent pas, ses talons cl
— Non. Le mot claque dans la pièce. Court. Sec. Définitif. Un souffle de surprise traverse le regard de Marcia, vite étouffé. Elle avance d’un pas, son élégance tranchante comme une lame. — Victor, tu ne comprends pas. Cette fille… prend trop de place. Dans la maison. Dans la vie de Marco. Et







